RELATIONS DE GUÉREC AVEC LA FRANCE ET L’ ANJOU
martyrisé par les Normands de 843(1) — ce qui n'a point empêché cette vénérable crypte d’être martyrisée à son tour... par les chanoines : d’abord par ceux du XVIII® siècle qui en détruisirent la voûte et remplirent le reste de décombres, puis par ceux de notre temps qui se sont ligués avec un évêque normand pour empêcher la reconstruction de la voûte, proposée par l’architecte, et pour transformer cette crypte si intéressante en une sorte de cachot fétide et malsain. — Passons.
Outre le chevet, Guérec releva plusieurs autres parties de la cathédrale, que la Chronique de Nantes ne désigne pas nommément (2). Vers 983, il se rendit à la cour du roi de France Lothaire pour lui faire serment de fidélité et se mettre sous sa suzeraineté directe, ce qui était le meilleur moyen de décliner le vasselage que voulait lui imposer un ambitieux voisin. Le comte d’Anjou Grisegonelle avait déjà, en effet, réclamé le prix du secours prêté par lui à Guérec en 981 à la bataille de Conquereuil, mais Guérec avait fait la sourde oreille. Malheureusement, en revenant de la cour du roi Lothaire il manqua de prudence : pour regagner plus vite Nantes il traversa l’Anjou. Grisegonelle, en vrai brigand le guettant au passage, le fit arrêter, le jeta en prison, et lui jura qu’il n’en sortirait qu’après avoir reconnu sa suzeraineté sur Nantes et sur tout le territoire jadis tenu en Bretagne par son père Foulque le Bon. Craignant de demeurer sous les verrous le reste de ses jours, Guérec se soumit à tout (3); puis reprenant son chemin vers Nantes, il rencontra vers la frontière de son comté sa femme Aremburge qui avait employé le temps de son absence à construire là, sur la limite angevino-bretonne, un château bien remparé appelé Ancenis (4), qui pouvait à l’occasion être un argument très efficace contre les prétentions du comte d’Anjou.
Quelque temps auparavant Guérec avait renouvelé sans difficulté, avec le comte de Poitiers Guillaume Fièrebrace fils de Guillaume Tête d’Etoupes (5). le règlement de frontière arrêté (en 942) entre ce dernier et Alain Barbetorte, et qui donnait au comté Nantais les trois territoires dits pays de Mauge, de Tifauge et d’Herbauge. Le traité de 942 ayant été maintenu sans aucun changement (voir ci-dessus p. 407-409), Guérec à son retour de France, au sortir de la prison de Grisegonelle, eut justement l’occasion de s’en prévaloir. En traversant le pays de Mauge il rencontra un homme noble, Rainald Turring ou Torench, qui faisait dans les forêts de ce pays un vrai massacre de bêtes fauves, cerfs, sangliers, ours, etc. C’était un délit flagrant et des plus graves contre le seigneur du pays de Mauge, c’est-à-dire contre Guérec. Aussi celui-ci arrêta le terrible
(1) Voir ci-dessus, p. 76. Le corps de S. Gohard avait été porté à Angers où il était encore conservé au XVl* siècle. Mais à Nantes on en avait quelques reliques. Albert Legrand (3« édition , p. 233) dit : cc Ils ont à Nantes , au trésor de l’église cathédrale , un chef d’argent dans lequel est enchâssé l’os du » col de ce saint martyr, la chasuble dont il disoit la messe quand il fut égorgé, et ils montrent une 3» chapelle souterraine où se voit la pierre de Vautel sur lequel il célébrait la messe » — l’autel sur lequel le martyr fut immolé. Cette chapelle souterraine, c’est la crypte de Guérec, et l’autel du saint martyr, placé là , prouve bien que cet antique sanctuaire était consacré à son culte.
(2) « Plura alia, quæ usque hodie apparent, restituit » (Chron. Namn. éd. Merlet, p. 121).
(3) « Quum autem ad curiam regis Lotbarii Guerech perrexisset et inde rediret per pagum AndegaVensem, a Gosfrido Grisonella comité, per omnes vias ei tendente insidias, captus est, et ab ejus captione minime valens exire nisi urbem Namneticam et partem Rritanniæ quam Fulco cornes tenuerat, ab illo principe [Gosfrido] Guerech reciperet, timens ne unquam de captione ilia evadere posset, fecit sicut ille Gosfridus postulavit » (fd. Ibid. p. 121-122).
(4) Chron, Namnet. Ibid., p. 122.
(5) Id. Ibid. p. 119-120. — Guillaume Fièrebrace fut comte de Poitiers de 963 à 994.