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MORT DE GUÉREC EN 988 ET DE SON FILS ALAIN EN

chasseur, Temmena avec lui à Nantes et ne le relâcha qu’après lui avoir fait prendre l’engagement de donner au comte de Nantes la moitié de tout le gibier qu’il tuerait; à ce prix il recouvra sa liberté et acquit celle de la chasse dans tous les bois et forêts du pays de Mauge. Mais ce Turring ayant demandé à Guérec la permission de construire une maison forte au lieu de Chàteauceaux, Guérec refusa net (1) : car si Grisegonelle avait voulu quelque jour donner suite à ses prétentions sur le Nantais, c’eût été là pour lui une position très avantageuse et des plus dommageables au comte de Nantes.

Six ans environ après la bataille de Conquereuil, c’est-à-dire en 987, sans y avoir été provoqué par le comte de Rennes, Guérec reprit activement (dit la Chronique de Nantes) la guerre contre Conan le Tort. Au reste, depuis 981, il n’y avait pas entre les deux comtés un état de paix normal mais seulement, en fait, absence d’hostilités. La campagne ouverte par Guérec ne donna pas lieu à une action militaire sérieuse ayant pour objectif un siège ou une bataille. Ce prince se borna à porter dans le pays de Rennes des ravages, qui furent sans doute rendus plus ou moins à celui de Nantes (2). Pour faire davantage, Guérec attendait probablement le secours des Angevins, acheté par l’humiliante soumission qu’il avait acceptée. Mais en cette année 987, Geofroi Grisegonelle mourut, et l’année suivante (988) Guérec lui-même.

Comme celle du comte Hoël, cette dernière mort ne manqua point — suivant cartains bruits recueillis par la Chronique de Nantes — d’être attribuée à une trahison suscitée et payée par Conan le Tort. Cette fois, c’était l’abbé de Redon, médecin ordinaire du comte de Nantes, qui à la requête de celui de Rennes avait dû tuer Guérec en le saignant avec une lancette empoisonnée. Heureusement, selon la Chronique elle-même, le comte ayant été inhumé dans l’abbaye de Redon, c’est là une évidente réfutation du crime prêté à l’abbé (3).

Guérec laissait un fils appelé Alain qui pouvait avoir sept ans à peine, son père s’étant marié au plus tôt en 981, après avoir renoncé à l’épiscopat et à l’église ; il le confia à la garde de sa mère Aremburge, femme de tête et de cœur, qui au nom de son fils, gouverna alors le comté de Nantes. Mais deux ans environ après son père, « Alain detenu de grave infirmeté (de grave maladie) mourut. Et ainsi » (selon la Chronique de Nantes traduite par Le Baud) ainsi fut esteinte toute la » lignée de Barbetorte, et n’en demeura nul, fors deux enfants fils du comte D Hoël, appelez Judicaël et Hoël, qu’il avoit eus d’une concubine, lesquels leur y> aïeule appelée Judith nourrissoit (4). »

(1) Toute l’histoire de Rainald Turring est racontée dans la Chron. de Nantes, chap. 42, édit. Merlet, p. 122-123. — « Ce personnage, dit M. Merlet, est connu par plusieurs chartes des cartulaires de S‘-Florent de Saumur et de S*-Maurice d’Angers (où il figure sous le nom de Torench). 11 était père de Rainaud, évêque d’Angers de 974 à 1005. Cf. Marchegay, Archives d'Anjou, I, 282 ; Mabille, Introd. aux Chroniques des comtes d'Anjou, p. lxxvi note 1, lxxix et lxxx. *

p) « Guerech vero acrius et fortius comitem Conanum Hedonensem quàm antea consueverat debellayit, ita ut Conanus nullum locum tutum haberet prœter Redonensem civitatem » {Chron. Namn., édit. Merlet, p. 123-124). Formule ordinaire du chroniqueur pour caractériser ces expéditions.

(3) Voir cette histoire ou plutôt cette légende dans la Chronique de Nantes, édit. Merlet, chap. 43, p. 124-126. L’abbé de Redon mis en cause est appelé Heroîcus, nom assez singulier qu’on ne trouve nulle part ailleurs. Mais dans une charte du Mont S^-Michel de 990, on rencontre un Arufus abbas Sancti Salvatoris, qui est évidemment un abbé de Redon, et dont le nom peut fort bien avoir été changé en Heroîcus par les scribes qui ont copié et recopié la Chronique de Nantes.

(4) Chronic. Namnet., édit. Merlet, p. 126-127.

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