CONAN LE TORT DUC DE BRETAGNE EN
§3. — Lutte de Conan le Tort contre Foulque Nerra, comte d’Anjou. Triomphe de la Maison de Rennes (990-9951.
L’occasion était belle pour Conan le Tort : n’étant pas homme à laisser le grain dans la paille, il en profita sans retard. A Nantes la mort l’avait débarrassé de tous ses concurrents, car les bâtards du bâtard Hoël, très jeunes et sans crédit, ne comptaient pas. Conan envahit le comté Nantais avec une forte armée sans rencontrer aucune résistance. Il entra à Nantes, il s’empara du château rétabli par Barbetorte autour de la cathédrale et où ce prince, ainsi que ses deux successeurs Hoêl et Guérec, avait eu sa résidence : il n’éprouva nulle opposition. En homme prudent il lui sembla nécessaire d’augmenter les fortifications de Nantes : au confluent de la Loire et de l’Erdre, mais sur la rive gauche de cette dernière rivière, vers l’Est, il éleva un second château avec une très forte tour, qu’on appela le Bouffai. Il fortifia la ville même en bouchant tellement quellement — peut-être avec des palissades provisoires — les brèches de l’enceinte gallo-romaine, et en recreusant les fossés. Dans les deux châteaux il mit une garnison et donna le commandement de la place à l’évêque de Vannes Orscand (Auriscandus) , qui lui était très dévoué et, malgré sa crosse, bon homme de guerre (1).
Conan profita aussi de la circonstance pour joindre à son domaine le Bro-Werec, en déshérence comme le comté de Nantes, et qui depuis lors resta à la maison de Rennes (2). Il possédait ainsi à ce moment toute la Bretagne, moins la Cornouaille et le Léon. Dans la première moitié de l’année 990, il se proclama ou se fit proclamer duc de Bretagne par les comtes et les principaux seigneurs (3). — On a une charte de lui du 28 juillet de cette année, où il prend le titre de a prince des Bretons, Britannorum princeps > et trône en souverain au milieu des neuf évêques de Bretagne, auxquels il intime des ordres et qui le reconnaissent pour leur seigneur ; c Ces neuf évêques (est-il dit dans cet acte) ont été témoins de cette charte par » l’ordre de Conan leur seigneur (4). » Et parmi ces évêques figure celui de Nantes. Ainsi son autorité était reconnue dans toute la Bretagne.
Non seulement Conan, en Bretagne, ne trouvait plus de résistance, mais le comte d’Anjou Foulque Nerra (successeur de Grisegonelle depuis 987) ne semblait nullement disposé à prendre les armes dans l’intérêt des bâtards d’Hoêl. Toutefois Conan était trop politique pour avoir confiance en l’attitude pacifique de l’Angevin ;
(1) Chron, Namnet., édit. Merlet, p. 127-128.
(2) L’historien Richer nous le montre, en 992, faisant des préparatifs de guerre dans le Bro-Werec : « Conanus in exterioribus Britanniœ partibus, qui locus Bruerech dicitur, de rebus bellicis apud suos pertractabat » (Histor., lib. IV, cap. 82).
(3) « Âdonc s’esleva de tous points Conan le comte de Rennes , qui lors envahit et occupa toute la
Bretagne et la retint sous sa puissance... 11 vint à la cité de Nantes . Et après ces choses, se fit
Conan duc sur les Bretons et régenta toute Bretaigne universelment et tint ladite cité de Nantes par deux ans » — de 990 à 992. {Chron. Namnet., trad. par Le Baud, édit. Merlet, p. 127-128).
(4) Cette charte contient une donation de Conan à l’abbaye du Mont Saint-Michel ; la donation avait été faite à Dol le 28 Juillet in una crypta S. Sansonis, la charte fut écrite à Rennes le 9 août suivant. En voici la souscription : « Signum Conani. Goffredi Conani filii. Main archiepiscopus testis, Auriscandus episc. t., Constantinus ep. t., Oratius ep. Cornugalliœ t., Roaldus ep. t., Rethwalatrus ep. t., Dredcandus ep. t., Deotbaldus ep. Redonensis t., Ugo Nanetensis ep. t. Hi nouem episcopi, jussu Conani eorum domini, testes sunt huic cartulæ. » On trouve aussi parmi les témoins l’abbé de Redon « Arufus, abbas S. Salvatoris » (D. Morice, Preuves 1, col. 361).
Digitize(j by