‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 338 sur 392 · INVASION DU COMTÉ DE NANTES PAR FOULQUE NERRA · texte numérisé non relu

INVASION DU COMTÉ DE NANTES PAR FOULQUE NERRA

rétablir le fils aîné d’Hoël dans le comté de Nantes et en reprendre lui-même la suzeraineté.

Foulque se laissa convaincre aisément. Mettant sur pied une armée il envahit soudain le Nantais et vint, au commencement de juin 992, assiéger la ville de Nantes. Il s’y trouvait certainement des partisans de la dynastie d’Alain Barbetorte plus ou moins légitimement prolongée, adversaires forcés de la maison de Rennes. Foulque d’ailleurs prodiguait l’or et les promesses. Il rencontra donc sans peine dans cette cité des traîtres, ou plus exactement, des ennemis de Conan le Tort pour lui en ouvrir les portes. Toutefois il semble s’être un peu défié des habitants, car il exigea d’eux des étages pour s’assurer de leur fidélité (1). Quant au fort de la cathédrale et à celui du Bouffai où Conan avait mis garnison, il ne put réussir à s’en emparer (2). Il retourna en hâte à Angers chercher de nouvelles forces pour les réduire.

La nouvelle de cette invasion inopinée trouva Conan le Tort dans le Bro-Werec où, prévoyant une guerre prochaine, il était occupé à lever des troupes. A la tête de ces troupes il vient à Nantes et il bloque la place par terre pendant qu’une flotte normande, fournie par son allié le duc de Normandie Richard la bloque par la Loire (3), Concurremment avec cette double attaque du dehors, les deux forts toujours fidèles à Conan ne cessent de harceler les citadins partisans de Foulque et les accablent de projectiles : assaillis à la fois du dehors et du dedans, les habitants se trouvent dans une situation très périlleuse dont ils n’eussent pas tardé à se lasser (4). Instruit de ces circonstances. Foulque Nerra se hâte de rentrer en Bretagne avec une grosse armée. Mais au lieu de se présenter devant Nantes, il donne rendez-vous à Conan dans les landes de Conquereuil. Le 27 juin 992, les deux armées sont là fidèles au rendez-vous et se livrent une grande bataille (5).

De cette bataille il reste trois récits : l’un de Raoul Glaber, historien du milieu du XF siècle, répété mot pour mot par les Gestes des comtes d'Anjou, il est absurde ; un autre dans la Chronique de Nantes, beaucoup plus raisonnable mais incomplet; le troisième et de beaucoup le meilleur dans VHistoire de Richer.

Sachant que la grande force des Angevins était une cavalerie nombreuse et redoutable, les Bretons pour paralyser cette force usèrent de stratagème. Avant l’arrivée des ennemis ils creusent sur la lande de longs et profonds fossés

(1) « A civibus jure sacramenti obsides accepit » (Richer, Histor,, lib. IV, cap. 81).

(2) Selon la Chronique de Nantes (édit. Merlet p. 129), Foulque se présenta devant Nantes au mois de juin et « devant icelle (c’est-à-dire devant les forts de la cathédrale et du Bouffai) tint son siège 9 par l’espace de trois sepmaines. » — La seconde bataille de Conquereuil ayant eu lieu le 27 juin 992, cela met l’entrée de Foulque à Nantes dans les premiers jours de ce mois.

(3) c Collectum exercitum Conanus urbi (Namneticæ) inducit , eique ad unum latus obsidionem per terram ordinat. Ad alterum vero per Ligerim classem piratarum adhibet. Undique ergo obsidioue disposita, a piratis per fluvium, a Brittannis per terram, urbani vehementer urgentur » (Richer, Hist,, IV, 82). Puisque Conan tenait encore le fort de la cath^rale et le Bouffai , ce qu’il assiège ici parterre et par eau, c’est la ville de Nantes elle-même, preuve que son enceinte murale avait été réparée, sans doute par Conan lui-même quand il s’empara de cette cité en 990.

(4) Voir Richer, Ibid,

(5) La Chronique du Mont Saint-Michel et le Chronicon Briiannicum donnent le quantième du mois : « dccccxcii. Secundum bellum Britannorum et Andegavorum in Concruz, ubi occisus est Conanus Britanniæ consul, v. kal. Julii. » {Chron. Brit,, dans D. Morice, Preuves 1,4.) — «dccccxcii. Secundum bellum fuit in Concurrum, in quo Fulco cornes Andegavensis victor fuit, et Conanus Brito occisus est, v. kal. Julii » (Labbe, Noua bibliotheca libr, mss., II, p. 350, et Bec, des hist. de Fr., X, p. 175).

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