‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 339 sur 392 · SECONDE BATAILLE DE CONQÜEREUIL · texte numérisé non relu

SECONDE BATAILLE DE CONQÜEREUIL

qu’ils couvrent de légères claies, puis ils amassent sur ces claies quantité de fougère dont la lande était remplie : de telle sorte qu’on ne pouvait se douter du piège. Derrière ces fossés les Bretons établissent leurs lignes de bataille, déclarant leur intention formelle de repousser vigoureusement l’ennemi, mais de l’attendre sans bouger afin de lui laisser tout le tort, tout l’odieux d’une agression injuste. Les Angevins voient là un effet de la peur, et d’autant plus animés, ils se précipitent

sur les Bretons lance en avant, tête baissée . Tous les escadrons de leur première

ligne viennent s’engouffrer à grand bruit les uns sur les autres dans les fosses des Bretons. Richer, dont les récits militaires ont toujours de fort gros contingents, prétend que ces fosses perfides absorbèrent jusqu’à vingt mille Angevins, chevaux et cavaliers, qui s’étouffèrent, s’écrasèrent les uns les autres ou se brisèrent dans cette chute. Il faut évidemment beaucoup rabattre de ce nombre, mais enfin tout le premier corps de bataille tombant dans ce fossé est détruit, massacré par les Bretons. Le second corps, voyant ce désastre, tourne bride et s’enfuit au galop sans demander son reste, Foulque en tête, qui ne songe qu’à sauver sa vie (1).

Voilà donc l’armée angevine ruinée, anéantie, les Bretons pleinement vainqueurs. Malheureusement, comme dit la Chronique de Nantes, leur prince avait une audace beaucoup trop bouillante et téméraire. Les vainqueurs s’étant lancés à la poursuite des fuyards, Conan en tête, celui-ci dans la chaleur de cette poursuite se trouva isolé de ses troupes, n’ayant avec lui que trois des siens. Accablé de fatigue et de chaleur — on était au 27 juin — il avise un bouquet d’arbres, va se reposer à leur ombre, et pour mieux se rafraîchir se débarrasse de son armure. Pendant qu’il était là sans défiance, un groupe de fuyards errant à l’aventure l’aperçoit, le reconnaît, fond sur lui et le tue à l’improviste, sans défense (2). Cette mort change complètement l’issue de la bataille. L’armée bretonne attérée par la mort de son chef se débande et se disperse. Les Angevins se reforment. Foulque, fuyard il y a une minute, fait son entrée à Nantes en glorieux vainqueur; les défenseurs du Bouffai et du fort de la cathédrale se rendent à lui aussitôt sans résistance (3). En un mot, il triomphe sur toute la ligne.

D’après la Chonique de Nantes :

« Falco entrant en la lande environna des siens le fossé que les Bretons y avaient fait » — c’est-à-dire qu’ayant reconnu le piège, au lieu de tomber dans les fosses, les Angevins en firent le tour — « et lesdits Bretons Fulco vigoureusement assaillit. Mais il ne les trouva pas sans résistance. Car de première vue ilz se défendirent par tel hardement

(1) « Cumque Britanoos meta hærentes (Ândegavi) arbitrarentur, telis obnitentes ad fossas irruunt ; precipitatique cum equis immerguntur, ac cæca ruina confusi ad viginti millia immersi atque compressi sunt. At posterîor exercitus, priori prœcipitato, terga dédit. Unde et Fulco vitœ tantum consulens, profugio eripi conabatur » (Richeri Hist., IV, 85). — Ce chiffre de 20.000 est au moins quatre ou cinq fois trop fort.

(2) « Quem (Fulconem) cum fuga exagitaret, Conanus intérim in dumetum cum tribus sese recipit, armisque depositis, corporis fervorem ad auram mitigabat. Quem quidam adversariorum intuitus, facto impetu ilium adorsus gladio transOxit... Fulco, animo resumpto, Namtas (Namnetas) repetit atque ingreditur » (Richeri Histor., IV, 86). — Comme il est invraisemblable qu'un seul fuyard ait pu triompher, même par surprise, des trois compagnons de Conan, il faut admettre que le meurtrier de ce prince iàisait partie d'un groupe de sept ou huit fugitifs.

(3) Richer, Ibid.

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