‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 340 sur 392 · ET MORT DE CONAN LE TORT EN · texte numérisé non relu

ET MORT DE CONAN LE TORT EN

qu*ilz emplirent leurs fossez de leurs ennemis morts et navrez y et illecques Haymon le vicomte, oncle de Judicaël [fils d’Hoél], qui portoit l’enseigne, chut mort avec maints autres de la partie de Fulco. Mais Conan le prince des Bretons, homme bouillant, chaud et peu amodéré, par se trop aventurer aux dangiers de ses adversaires fut illec navré et occis. Après la mort duquel perdirent les Bretons toute espérance de victoire, et tristes et dolents se mirent à fuir, et le comte Fulco, avec ses gens qui de la bataille estoient eschappez, s’en retourna à petit de triumphe (1), car lui, le vicomte de Thouars et presque touz leurs gens avoient esté griefvement navrez en cette bataille. »

Ce récit est très intelligible, quoique moins complet et moins exact que celui du contemporain Richer (2). Mais que dire de celui de Raoul Glaber, tout rempli de fiel contre les Bretons, et qui prétend que les Angevins, y compris Foulque Nerra, après être tombés dans les fosses eu ressortirent frais et gaillards avec la plus grande facilité, alors que — tout le monde le sait — il était complètement impossible à un cavalier du moyen-âge chargé de son armure, du moment où il était tombé à terre, de se remettre sur pied sans l’aide d’autrui. Glaber termine par une double erreur : selon lui, Conan fut dans cette bataille blessé à la main, puis fait prisonnier et livré vif à Foulque Nerra (3). Ces deux circonstances sont fausses. Sans la mort de Conan, tout accidentelle et due à son imprudence, la victoire pleine et entière était à lui. Voilà la vérité.

Foulque Nerra dans cette bataille avait joué tout à fait le rôle d’un suzerain combattant pour maintenir le droit de son vassal :

€ Quand il eut tous les siens appareillez et très bien ordonnez à faire bataille (dit la Chronique de Nantes traduite par Le Baud), Fulco se fit présenter Judicaël, l’enfant du comte Hoël, et recorda à touz, espécialement aux Nantois qui estoient de sa part, que à lui plus justement et plus droiturièrement appartenoit la cité de Nantes que à nul autre quelconque. Puis print de sa main la bannière portant le signe de ses armes et la commit et bailla à Haymon le vicomte, oncle de cestui Judicaël, afin qu’il la portas! à la bataille pour faire la vengeance de la mort de ses frères (Hoël et Guérec) et acquérir le droit de son neveu (4). »

C’est absolument le suzerain donnant l’investiture à son vassal, et dans la circonstance ce vassal étant mineur, âgé de douze à treize ans (5) Foulque le mit sous la tutelle d’un seigneur de ses amis, Haimeri vicomte de Thouars, qui s’était distingué à la bataille de Conquereuil, où même il avait été blessé. On le voit vers 992-993, prendre avec son titre de vicomte de Thouars celui de comte de Nantes (6); mais en 994 il renonce à ce dernier (7), parce que sa mission

(1) Avec un petit triomphe. Chron. Namn., trad. de Le Baud, dans l’édit. Merlet, p. 131-132. — 11 s’agit ici d’Haimeri III vicomte de Tliouars de 987 à 997.

(2) La Chronique de Nantes, en effet, se contredit formellement, puisque, après avoir montré les Angevins déjouant les pièges des Bretons, elle avoue que les fossés des Bretons « furent remplis de leurs ennemis morts et navrés, s En fait ils y étaient donc tombés, comme Richer l’sifQrme positivement.

(3) Voir Glabri Rodulphi Historiar. lib. II, cap. 3, dans Rec, des hist. de Fr. X, p. 15, Cf. Gesta consul. Andegao. dans Chroniques d* Anjou édit. Marchegay, p. 94-95.

(4) Chron. Namnet. Ibid. p. 131.

(5) Comme le prouve fort bien M. Merlet (Chron. Namnet. p. 131 note 1), qui remarque aussi très judicieusement, d’après le texte relatif à Drogon (ci-dessus p. 420, note 2), que « l’âge de la majorité pour les princes bretons de ce temps était quinze ans. »

(6) Voir une charte de l’abbaye de Bourgueil dans D. Morice, Preuves I, 352; et Histor. S. Florenlii Salmur. dans Marchegay, Chroniques des églises d* Anjou (1869), p. 259 et 262.

(7) Voir Livre Noir de S. Florent n® xxx, dans Marchegay, Archives d'Anjou, I, p. 246.

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