SUITE DE LA GUERRE ENTRE LES COMTES DE RENNES ET DE NANTES
de tuteur est terminée et que le jeune comte de Nantes est devenu majeur.
En ce vicomte de Thouars, qui exerçait toute Tautorité comtale au pays Nantais, Foulque avait certainement toute confiance, car dans les années qui suivent la bataille de Conquereuil on ne voit pas une seule fois le comte d’Anjou paraître ni intervenir d’aucune façon dans les affaires du comté de Nantes. Il s’en occupait pourtant, mais sur un autre théâtre, dans la Touraine, le Blésois, le pays chartrain, où il menait rude guerre contre Eude comte de Chartres et de Blois, allié, protecteur, suzerain prétendu de Conàn le Tort. L’occasion de cette guerre, ce fut en effet les affaires de Bretagne, l’historien Richer le dit formellement (1). Lequel des deux comtes fut l’agresseur? Eude probablement, car il prétendait venger la mort de Conan à Conquereuil. Cette guerre dura bien deux ou trois ans, de 993 à 995, avec des fortunes diverses. Tantôt l’un, tantôt l’autre des adversaires l’emportait. Dans un moment où le comte de Blois avait l’avantage. Foulque se fit devant lui très petit, très humble;' il promit entre autres choses de lui payer, pour racheter la mort de Conan le le Tort, cent livres pesant d’argent, et de lui remplacer ce vassal qu’il lui avait enlevé en lui donnant pour vassal son propre fils (2). Mais tout à coup le roi Hugues Capet étant venu au secours de Foulque, celui-ci renia toutes ses promesses. Cependant Eude, qui avait beaucoup d’alliés, détruisit les châteaux construits en Touraine par Foulque, entre autres Montbazon, Langeais (9 février 995), et il aurait fini peut-être par l’emporter définitivement dans cette lutte, si frappé d’une cruelle maladie il n’était mort cette année même à Marmoutier sous l’habit de saint Benoit, non sans avoir fort affaibli son rival (3).
Dans le temps même où cette guerre se démenait au centre de la France, en Bretagne, au comté de Nantes, se produisaient d’autres événements, qui eurent pour résultat de fixer définitivement le sort de la suzeraineté de la Bretagne, cause première et principale de la lutte acharnée des deux comtes.
Sauf la reprise du comté de Nantes par Judicaêl fils d’Hoël , le désastre de Conquereuil n’avait pas ébranlé la puissance de la maison de Rennes. Au lendemain de la mort de Conan le Tort, son fils aîné Geofroi prit le titre de duc de Bretagne, et toute la Bretagne, le reconnaissant pour son chef, le lui confirma (4). Il assembla son armée pour venger la mort de son père, envahit et ravagea le comté de Nantes (993); les années suivantes (994 et 995), il renouvela cette invasion avec des forces plus considérables, avec des recrues fournies par toute la Bretagne :
« Finalement, conclut la Chronique de Nantes, tant contraignit le duc celui comte Judicaêl de Nantes par puissance d’armes et par batailles souvent faictes et recommencées, qu’il lui convint choir et venir à la miséricorde du duc Geffroi. Car il vint à lui, à sa merci, lui dépriant quHl lui laissast sans contens (5) possider le
(1) a Cum enim tirannorum insidiis Odonis et Fulconis de Britanniœ principatu rixa resurgeret » etc. (Richer, Hist. IV, 90).
(2) « Itaque Fulco per legatos Odonis amicitiam expetit; pro Conani intenta centum pondo argenti sese impensurum mandat ; loco militis interfecti filium suum pro eo militaturum offert » (Id, IV, 91).
(3) Voir Art de vérifier les dates in-fol. t. II, p. 612 col. 2.
(4) Selon M. Merlet, Geofroi n’aurait été a duc de Bretagne » que vers 995 /'Chro/i. de Nantes, p. 131 note 3). Le texte de la Chronique suppose (et cela est beaucoup plus vraisemblable) qu’il succéda immédiatement à son père dès 992 : « Après que Geffroi (dit-elle) fut par les Bretons receu duc de Bretagne, 1» il assembla son exercite pour venger la mort de son père » (Ibid. p. 131).
(5) Sans contestation.