‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 342 sur 392 · TRIOMPHE DE LA MAISON DE RENNES · texte numérisé non relu

TRIOMPHE DE LA MAISON DE RENNES

comté de Nantes, et il le tiendroit de lui et il lui en ferait obéissance. Ainsi lui pardonna Geffroi son maltalent (1), et par le conseil de ses barons lui octria sa demande sous la condition dessusdicte, c^est assavoir qu*il tiendroit le comté de lui et lui en ferait obéissance. — Et cela fait, furent pacifiez (2) Geffroi et Judicaêl, et par ainsi demoura Bretagne sans guere (3).

Ce résultat dut se produire vers 995.

§4. — Causes du triomphe de la maison de Rennes.

Ainsi, malgré le désastre de Conquereuil qui semblait devoir écraser la maison de Rennes, Tissue de cette longue lutte fut de fixer définitivement dans cette maison la dignité ducale et la suzeraineté de toute la Bretagne. JCe résultat, à première vue, parait étrange ; la race du libérateur, la descendance d’Alain Barbetorte semble naturellement désignée pour conserver après lui le commandement de la nation, la direction souveraine de la Bretagne. Au contraire, à peine le héros mort, cette dignité passe dans une autre maison, dans une dynastie rivale. D’où vient cela?

En premier lieu, de la défectueuse descendance de Barbetorte. Si l’expulsion des païens et la délivrance du sol natal n’étaient pas un de ces services qui, dans la vie d’une nation, doivent être payés par l’éternelle reconnaissance de la race, on serait tenté d’en trouver le mérite fort affaibli par le danger dans lequel la succession d’Alain Barbetorte jeta la Bretagne et qui n’allait à rien moins qu’à abaisser son indépendance sous le joug de l’une des dynasties féodales plantées sur sa frontière, et à compromettre l’intégrité du sol breton.

Barbetorte croyait peut-être avoir paré à ce danger en remettant la garde de Drogon au comte de Chartres et de Blois, qui n’était point limitrophe de la Bretagne et s’en trouvait séparé par une dynastie rivale. Mais Thibaud provoqua lui-même l’ambition de cette dynastie limitrophe du sol breton, en partageant le gâteau avec le comte d’Anjou. Si Foulque le Bon avait montré en 960 un peu moins de couardise, s’il avait vaillamment défendu Nantes contre les Normands, c’en était fait : la dynastie angevine s’implantait dans le comté Nantais et absorbait ce beau fief dans ses domaines ; la séparation de Nantes et de la Bretagne eût peut-être été irrévocable. En se donnant pour seigneurs les deux fils naturels de Barbetorte, Hoél et Guérec, princes braves et intelligents, les Nantais prirent sans doute dans la circonstance le meilleur parti ; mais ces princes, par trop de fierté, par une idée très fausse de leur droit, donnèrent lieu à la lutte cruelle qui désola pendant une vingtaine d’années la moitié de la Bretagne et qui amena de nouveau, avec tous ses périls, l’intervention armée de l’étranger.

Tandis qu’Hoël et Guérec, exclus de tout par leur bâtardise, ne devaient qu’au libre choix des Nantais le comté de Nantes, ils s’imaginèrent avoir succédé en

(1) Sa rébellion.

(2) Furent réconciliés.

(3) Chron. Ncunnet., édit. Merlet, p. 133-134, traduction de Pierre Le Baud.

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