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LA MAISON DE NANTES PERPÉTUÉE PAR BATARDISE

tout aux droits de leur glorieux père, y compris la dignité ducale des Bretons. Les Bretons pour deux motifs rejetèrent cette prétention :

1® Les comtes, les seigneurs bretons étaient trop fiers pour courber le front devant un suzerain marqué de la tache dlllégitimité ;

2® Tous les Bretons tenaient pour suspecte, au point de vue de Tindépendance nationale, cette dynastie nantaise vassale des comtes d*Anjou, constamment obligée de réclamer leur appui contre les Rennais, — au point que dans les deux batailles de Conquereuil les meilleures chroniques du temps donnent pour adversaires au comte de Rennes non pas les Nantais mais les Angevins. Et de fait, si les comtes de Nantes Hoêl, Guérec, Judicaêl, avaient possédé la dignité ducale de Bretagne, le duc de Bretagne, c’est-à-dire la Bretagne entière serait tombée avec eux sous la suzeraineté de l’Anjou.

Contre une pareille éventualité l’instinct national de tous les Bretons, le vif sentiment de leur indépendance fraîchement reconquise se soulevant avec violence, protestait contre les prétentions nantaises et soutenait avec ardeur l’ambition de la maison de Rennes. Mais, dira-t-on, si la maison de Nantes était dans le vasselage de l’Anjou, celle de Rennes n’était-elle pas pareillement dans celui des comtes de Chartres? En réalité, la situation des Rennais à cet égard différait beaucoup de celle des Nantais. Séparé des Bretons par de grands fiefs rivaux ou ennemis, le comte de Chartres ne mit jamais le pied en Bretagne, n’y intervint jamais en personne ; c’était bien moins un suzerain qu’un allié, qui réclamait pour prix de son alliance quelques sommes d’argent ; le jour où l’on voudrait rompre tout lien avec lui, rien ne serait plus facile. En Bretagne tous voyaient cela, et ce sentiment général fit la fortune des prétentions rennaises.

Cette chance si favorable à la maison de Rennes, le chef de cette maison sut admirablement s’en^ servir. Ce Conan le Tort n’est pas brillant, mais il a le type breton fortement empreint dans toute son histoire et toute sa personne ; on l’appellerait volontiers Conan le Têtu. Il projette devant lui sa volonté avec une telle obstination et une telle force, que rien ne peut l’arrêter ni la faire dévier, ni l’empêcher à travers tous les obstacles d’atteindre le but. Il trouva sa famille dans le plus triste abaissement par suite de la vieillesse de son père. Il résolut de la relever au premier rang, d’en faire la première famille, la famille souveraine des Bretons ; pour arriver à ce but longue et dure fut la route — une lutte de trente ans semée de nombreux échecs. Malgré tout, toujours peinant et cheminant, il arriva.

Dans cette volonté tenace et dure comme du fer, dans la faveur des Bretons pour la maison de Rennes git le secret du triomphe de cette maison sur celle de Nantes, douée peut-être de plus brillantes qualités. Et ce triomphe avait été si solidement édifié par Conan le Tort, que, loin de l’ébranler, la mort de celui-ci et le désastre de Conquereuil ne servirent qu’à le rendre plus incontesté, plus éclatant. Conquereuil amena même un résultat d’une importance capitale : ce fut de rompre, par la mort même de Conan, le dernier lien entre la maison de Rennes et les comtes de Blois et de Chartres issus de Thibaud le Tricheur. Ainsi fut affranchie définitivement de toute tutelle extérieure la Bretagne et sa dynastie ducale, dont nous verrons le règne se développer dans les prochains chapitres.

TROP INFÉODÉE AUX COMTES d’ANJOü.

Le triomphe de la maison de Rennes eut, à tout point de vue, sur les futures destinées de la Bretagne une influence décisive. Cette époque, de la fin du X« siècle jusqu’au milieu du XI®, vit s’élaborer chez les Bretons l’organisation des fiefs et se former pièce à pièce la vaste construction féodale qui pendant tout le moyenâge fut le principal et le plus fort rempart de la Bretagne contre les attaques du dehors. Dans l’édification de ce rempart, et surtout dans la constitution des fiefs qui gardaient la frontière du duché, le duc eut nécessairement une très grande part. Si la dignité ducale eût été alors aux mains des comtes de Nantes dominés, nous l’avons vu, par la puissance prépondérante des comtes d’Anjou, ceux-ci, qui tenaient à intervenir activement dans les affaires de Bretagne, par conséquent à se ménager en ce pays une entrée facile, auraient empêché l’établissement d’une défense sérieuse de la frontière bretonne, et le territoire du duché serait resté, par cette brèche, à la merci de l’étranger.

Avec les comtes de Rennes rien de tel à craindre, et — nous le verrons en effet — ils eurent un soin tout particulier de confier ces postes périlleux de la frontière à des hommes, à des groupes d’hommes de sang et de cœur vraiment breton, qui propagèrent là le sentiment très vif de la nationalité bretonne et surent défendre énergiquement l’indépendance du duché et de la nation.

Le ler*h de Plumergat.

(Ci-dessus, p. 290 et ci-dessous Note sur les Ur^hs.)

NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

LüSiEüRS lecteurs de notre premier volume , regrettant de n*y trouver rien sur Conan Mériadec, ont témoigné le désir de connaître la pseudo-histoire de ce fabuleux personnage et les principaux motifs qui nous font rejeter cette histoire dans la fable. Nous allons déférer à ce désir.

La colonisation de la péninsule armoricaine par les Bretons insulaires fut le résultat d’une longue suite d’émigrations partielles de ces Bretons, chassés de leur île par l’invasion anglo-saxonne et qui se réfugièrent en Armorique depuis l’an 460 environ jusque vers la fin du siècle. Nous avons établi ce fait dans notre premier volume.

Mais, dans l’île de Bretagne, certains chroniqueurs et même certaines traditions plus ou moins populaires , trouvant cette origine trop modeste, voulurent y substituer une prétendue conquête ou colonisation militaire qui se serait produite un siècle ou deux avant la véritable colonisation accomplie par les émigrés bretons.

Guillaume de Malmesburi donne aux Bretons d’Armorique une haute origine : selon lui, ce sont les troupes bretonnes emmenées en Gaule par Constantin le Grand en l’an 306, et qui par leurs exploits lui donnèrent la victoire et l’empire ; « Pour les T» récompenser (dit Malmesburi) il les plaça dans une certaine partie des Gaules, à » l’Ouest, sur le rivage de l’Océan. Leurs descendants s’y trouvent encore aujourd’hui » (au XII« siècle) ; leur population s’y est accrue d’une façon prodigieuse, et leurs mœurs » différent assez peu de celles des Bretons de rîle(l). » — Guillaume de Malmesburi écrivait de 1114 à 1123 environ, c’est-à-dire plus de 800 ans après Constantin, et comme l’hypothèse émise par lui sur l’origine des Bretons d’Armorique n’est soutenue d’aucun autre témoignage, elle n’a aucune valeur et n’a été d’ailleurs suivie par personne.

§ 1*L — La légende de Conan Mériadec avant Geofroi de Monmoath.

Une autre opinion — qui, si elle n’est pas plus vraie, a du moins réuni plus d’adhérents, — attribue l’établissement des Bretons en Armorique à une conquête mili-

(1) c Constantina*... magnam manam Britannoram militam abdoxit, per quomm induatriam, triomphia ad vota flaentibua, brevi renim potitua, emeritoa et laboribaa fanctoa in qnadam parte GaUiæ ad Occidentem super littoa Oceani coUocavit : ubi hodie poateri eorum manentes immane quantum coaluere, moribus lingnaque nonnihil a noatris Britonibus dégénérés » (WUl. Malmeabur. Gtsta. regum Angloritm, lib. I, cap. 1, dans Bligne, PatroL lat. t. 179, col. 959-960).

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

taire exécutée, à la suite de l’usurpation du tyran Maxime en l’an 383, par un chef breton appelé Conan Mériadec attaché à la fortune de ce tyran.

D’où sort cette légende? Les deux plus anciens historiens de l’île de Bretagne, Gildas et Bède , n’en disent mot.

La première mention, non pas de Conan Mériadec mais de la conquête violente de l’Armorique par les Bretons de Maxime, se trouve dans un recueil de traditions populaires presque toutes fabuleuses , orné du titre menteur ù'Historia Brilonum (Histoire des Bretons), attribue (au siècle) à un certain Nennius qui n’est qu’un nom supposé, mais en réalité compilé par un auteur anonyme en 822 (1), c’est-à-dire quatre siècles et demi après 383, date supposée de la prétendue conquête. Cette compilation est sans crédit auprès des meilleurs critiques, dont aucun n’admet qu’on puisse fonder sur Tunique témoignage de ce Nennius (2) la réalité d’un fait historique contestable et contesté (3).

Selon cette compilation il n’y aurait eu que sept empereurs romains, neuf tout au plus, à exercer leur domination sur Tîlede Bretagne, savoir : !<> Jules César, 2® Claude, 3« Septime Sévère, 4® le tyran Carausius, 5® Constance Chlore, 6o le tyran Maxime, 7® le même Maxime légèrement déguisé sous le nom de Maximien, 8® un second Sévère qui ne peut être que la doublure du premier, 9® Constance ou Constantin, souvenir altéré de Constantin le tyran. — Sur le septième de ces empereurs VHistoria Britonum s’exprime ainsi :

« Septimus imperator regnavit in Brit- « Le septième empereur qui régna en tannia Maximianus (par, Maximus). Ipse Bretagne fut Maximien (c’est-à-dire Maxime),

perrexit cum omnibus militibus Brittonum U partit de la Bretagne avec tous les guer-

a Brittannia, et occidit Gratianum regem riers bretons, tua Gratien roi des Romains,

Romanorum, et imperium tenuit totius tint sous ses lois toute l’Europe, et ne

Europæ, et noluit dimittere milites, qui voulut point renvoyer en Bretagne à leurs

perrexerunt cum eo, ad Brittanniam ad femmes, à leurs fils et à leurs biens, les

uxores suas et ad filios suos et ad posses- guerriers qui en étaient venus avec lui.

siones suas. Sed dédit illis multas regiones. Mais il leur donna de nombreuses régions, a stagno quod est super verticem Montis depuis Tétang situé à la cime du Mont-Jou

Jovis usque ad civitatem quæ vocatur jusqu’à la cité de Cantgaic et jusqu’au

Cantguic et usque ad Cumulum Occiden- Sommet Occidental dit (en breton) Crac talem, id est. Crue Ochidient. Hi sunt Ochidien/. Ce sont les Bretons Armoricains,

(1) Dans une excellente et très savante dissertation critique intitulée De ecclesiasticæ Brilonum Scotorumqtu historim fontibus, imprimée k Berlin en 1851 , M. Charles-Guillaume Schœll démontre que l’auteur anonyme de VHistoria Britonum écrivait dans la 4* année du roi breton Mervin, qui d’après les Annales ou Chronique du pays de Gwent commença de régner en 818, et mourut, selon les Annales CambrUet en 844. \JHistoria Britonum fut donc écrite en 832 : voir SchœU, p. 34-35, et A. de la Borderio, VHistoria Britonum et VHistoria Britannica (f 15, 16, 17, p. 16 à 20) où 80 trouve commentée et développée l’opinion de M. Schœll. — La plupart des manuscrits de VHistoria Britonum (il y en a plus de 30) sont anonymes ou, ce qui revient an même, ils attribuent l’ouvrage à Gildas. Le copiste du ms. F. f. i. 37 de Cambridge (fin do XII* siècle , chargé d’interpolations singulières) imagina do mettre en tête un prologue au nom de l’inconnu Nennius, où ce pseudo-personnage déclare avoir écrit ce livre c en l’an 858, dans la 34* année du roi Mervin » {Nennius, édit. Stevenson , p. 3) : grossier anachronisme (Mervin étant mort en 844) où se trahit maladroitement la main du faussaire, mais qui n’a point empêché récemment (on 1893) un professeur allemand M. Zimmer d’adopter comme vraie, d’après ce manuscrit, l’existence de Nennius et sa paternité au moins partielle à l’égard de VHistoria Britonum : opinion d’ailleurs bien propre k donner une Juste idée de l’étrange critique et des nuageuses hypothèses do Nennius vindicatus {iXire de l’ouvrage de Zimmer), qui ne sauraient un seul instant ébranler ni balancer les conclusions de la parfaite critique de M. Schœll.

(3) Pour abréger nous appelons Nennius — bien que ce soit un faux nom — l’auteur inconnu de VHisloria Bri~ tonum,

(3) Schœll dit de l’auteur de VHistoria Britonum : « 111e fabulas nullo discrimine ac Judicio undiqne eongessit » (De ecclesiasticm etc., p. 24), et plus loin : « Inter istius manus scriptoris omnia in fabulas versa sunt • {Ibid., p. 37). De son côté, le meilleur des éditeurs de VHistoria Britonum, J. Stevenson, après avoir cité quelques fables tirées de ce livre, conclut : • Après de tels faits avancés sérieusement, rapportés sans aucune marque de doute ou d’incrédulité, personne, croyons-nous, ne voudra s’aventurer jusqu’à donner facilement créance aux assertions qui n’ont d’autre appui que l’autorité de Nennius i* {Nennitts , édit. Stevenson (1838), préface p. xix). — L’établissement des Bretons do Maxime dans l’Armorique est l’une do cos assertions-là.

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

Brittones Armorici, et nunquam reversi qui jusqu’à présent ne sont jamais rentrés sunt usque in hodiernum diem À» (Historia dans Tîle de Bretagne. »

Britonum, édit. Stevenson § 27 ; édit. Gale et Pétrie , § xxiii).

Cette légende est parfaitement incohérente : on prétend donner ici Torigine de rétablissement en Gaule des Bretons armoricains, — et les limites indiquées ne sont nullement celles de T Armorique. Les érudits anglais établissent fort bien que le Mont- Jou (Mons JoüisI c’est le mont Saint-Bernard, Cantguic le village de Quentawic en Picardie, et tout le monde reconnaît dans Crue Ochidient le cap Saint-Mathieu de Fineterre près Brest. — Mais cela, ce n’est pas seulement T Armorique, c’est toute la Gaule; l’auteur de VHistoria Britonum, qui prétend parler de l’Armorique, ne sait même pas de quoi il parle et accouche d’une absurdité flagrante, au dessous de toute discussion (1). C’est donc là une base ruineuse pour la théorie de la conquête de l’Armorique par les Bretons de l’île en 383.

Quant à Conan Mériadec, le plus ancien texte où il paraisse est de l’an 1019 ; c’est le préambule historique d’une Vie de saint Goêznou écrite par un prêtre appelé Guillaume et dédiée par lui à Eudon évêque de Léon (2). En voici la traduction :

« On lit dans l’Histoire Britannique fin Historia Britannica) que les Bretons , sous Brutus et Corinéus. ayant par leur vaillance conquis Albion fAlbidiaJ, qui reçut d’eux le nom de Bretagne, et les îles circonvoisines, virent croître leur nombre et prospérer leur empire au point que Conan Meriadoc, bon catholique et très brave guerrier (3), suivi d’une multitude infinie qui ne pouvait plus tenir dans l’île , passa la mer et vint aborder en Gaule au rivage armoricain.

« Là sa première résidence fut près du fleuve Guilidon en Plou-Coulm, au lieu qui retient encore le nom de Castel-Mériadec (4). Avec ses Bretons il conquit glorieusement toute cette région d’une mer à l’autre jusqu’à la cité d’Angers, y compris les pays de Rennes et de Nantes, et tua tous les indigènes qui étaient encore païens et, pour ce motif, nommés Pengouët, c’est-à-dire Têtes chenues (5). Quant au femmes, leur ayant seulement coupé la langue pour les mettre dans l’impuissance d’altérer l’idiôme breton, les compagnons de Conan usèrent d’elles en mariage et aux différents offices que pouvaient requérir les circonstances.

« Puis en divers lieux ils bâtirent des églises pour y chanter les louanges de Dieu ; ils partagèrent en plous et en trêves le pays entier, qui depuis lors par la grâce divine fut dit petite Bretagne. Et ainsi les Bretons armoricains et les Bretons de l’île, usant des mêmes lois, s’aimant en frères, turent longtemps soumis à une même autorité, comme s’ils avaient habité une même région (6). &

(1) L’abbé Gallet, il est vrai, veut voir dans Cantguic Condevincum (Nantes) qui n’y ressemble guère, dans Mons Jovis le Mont Saint-Michel qui n’a jamais porté ce nom, et dans l’étang situé au sommet du Mont-Jon (super verticem Montis Jovis) les marécages existant au pied du Mont Saint-Michel. Commentaire bien digne du texte. — Quentawic est aujourd’hui Saint-Josse ou Staples, prés de Montreuil sur Mer, Pas-de-Calais.

(2) Voici le texte de cette dédicace : « Venerabili domino et patri in Christo Eudoni episcopo, fratribusque cum eo in Christi servicio congorentibus, Guillelmus eorum presbiter in Domino salutem, anno ab Incamatione Domini M* dccimo nono, qui est xxiiiia» episcopatus tiii, domine Episcope » (Vêtus coU. ms. de reb. Brit, p. 48).

(3) « Conanus Meriadocus, vir catholicus et bellicosus (Ibid.)

(4) fl Cujus prima sedes fuit juxta fluvium Guilidonam, in finibus Plebis Columbæ, in loco qui adhuc dicitur Castrum Meriadoci • (Ibid). Plougoulm, auj. commune du canton de Saint*Pol de Léon, arr. de Morlaix, Finistère.

(5) fl Interfectis omnibus indigenis qui adhuc pagani erant, nnde et Pengouet, quod sonat Canica Capita, vocabantur. • (Ibid.)

(6) « Et ita Armorici (Brittones) et insulani Britonts^ eisdem legibus utentes et fratema dilectione sese tractantes, tanquam populus unius sub uno reg^onis imperio multo tempore regebantur. • (Ibid.) — Voir ce texte entier publié par nous dans L’hi.storia britonum attribuée à Nennius et ruiSToniA britannica avant Geofroi de Monmouth. p. 91-92 (Paris, Champion, 1883).

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

UHistoria Britannica d’où le prêtre Guillaume tire ces notions sur Conan est évidemment une édition amplifiée, avec variantes, de VHistoria Britonum de Nennius, et la mention de Brutus et de Corinéus comme fondateurs de la nation bretonne prouve bien que nous nageons ici en plein dans les légendes fabuleuses auxquelles le Brut g Brenined et Geofroi de Monmouth donnèrent, au XII® siècle, leur expression complète et leur forme définitive. Aussi est-ce là que nous allons maintenant nous adresser.

§ 2. — La légende de Conan Mériadec chez Geoffroi de Monmouth.

C’est Geofroi de Monmouth, un Breton-Gallois du XU® siècle (1), qui par son ouvrage latin Historia regum Britanniœ (Histoire des rois de la Bretagne insulaire), connu de toute l’Europe, a versé dans le grand courant de la littérature historique la légende de Conan Mériadec, empruntée par lui, comme toute son Histoire, à un livre analogue rédigé dans le même siècle, écrit en breton-gallois et intitulé Brut y Brenined (Histoire traditionnelle des Rois). Sans Geofroi de Monmouth Conan Mériadec n’existerait pas ; c’est chez lui que tous nos historiens l’ont pris , sauf à le transformer plus ou moins. Il est donc indispensable de faire connaître exactement le Conan Mériadec de Geofroi de Monmouth. Nous allons résumer ou traduire les chapitres de VHistoria regum Britanniœ relatifs à ce héros fabuleux.

Chez Geofroi, comme dans presque tous les récits bretons, la légende de Conan est liée à l’histoire du tyran Maxime qui, en 383, sortit de File de Bretagne, vainquit à Paris et fit tuer près de Lyon l’empereur Gratien, conquit la Gaule et l’Espagne et porta la pourpre dans Trêves avec le titre impérial pendant cinq ans, jusqu’en l’an 388, où il fut à son tour vaincu et tué par Théodose le Grand. Mais chez Geofroi de Monmouth, l’histoire de Maxime est fortement altérée, brodée, amplifiée. Geofroi nous présente d’abord un prince breton appelé Octavius (fabuleux, bien entendu) qui, vers 375-380, aurait été roi indépendant de l’île de Bretagne. N’ayant qu’une fille, il veut faire de son neveu, Conan Mériadec, son gendre et son héritier. Mais Caradoc duc de Cornwall, d’une faction opposée à Conan, fait venir de Rome un sénateur appelé Maximien (2) , autrement Maxime , censé d’origine bretonne, et travaille si bien l’esprit du vieil Octavius, que celui-ci donne à Maxime et sa fille et son royaume, au détriment de Conan Mériadec. De là entre Conan et Maxime longue et rude guerre, à la suite de laquelle ils finissent par faire la paix, Maxime ayant promis à Conan des compensations (3). En effet, cinq ans après cette paix, il rassemble une armée, équipe une flotte, fait tous les préparatifs d’une grande expédition outre mer.

c Le royaume de Grande-Bretagne, dit Geofroi (4), ne lui suffisait plus, il voulait soumettre les Gaules. Ayant traversé la mer, il débarqua d’abord dans le royaume d’Armorique nommé aujourd’hui la petite Bretagne, et il attaqua le peuple gaulois qui l’habitait. Les Gaulois, sous les ordres de leur duc Imbalt , vinrent lui livrer bataille , mais bientôt, se voyant en grand péril, ils prirent la fuite, et Imbalt fut tué en cette

(1) Le livre de Geofroi de Monmouth est dédié à Robert comte de Gloceeter mort en 1147, fils du roi d’Angleterre Henri !•'.

(2) Geofroi de Monmouth, Histor. reg. Brit., lib. V, cap, 8 à 11. Geofroi donne toujours à Maxime le nom do Maximien, nous rétablissons celui de Maxime pour marquer l’identité incontestable du personnage.

(3) « Erat autem Maximiano senatori pater Britannus, quia Leoninus (ou Leolinus) Constantini avunculus eum genuerat. Matre vero et natione Romanus, ex utroque sanguine rcgalem forobat originem » (Galfrid. Monemnt., Hist, reg. Brit.f V, 9). Fable encore l’origine bretonne de Maxime.

(4) Galfiid. Monemnt., Hist, reg. Brit., lib. V, cap. 12. — A partir d’ici nous traduisons fidèlement le latin de Geofroi.

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

rencontre avec quinze mille des siens. Maxime eut grande joie d’une telle victoire, bien sûr qu’après un pareil massacre de ses ennemis il soumettrait facilement toute cette contrée. Il appela donc Conan et l’ayant fait sortir des rangs , il lui dit avec un léger sourire (1) :

« Voici que nous avons conquis l’un des meilleurs royaumes de la Gaule, et nous )) avons bon espoir de soumettre tout le reste. Hâtons-nous de nous emparer des villes » et des places fortes avant que le bruit de cette victoire, se répandant par les Gaules, » excite tous les peuples à se lever en armes contre nous. Car si nous pouvons achever » la conquête de ce royaume (armoricain), nous soumettrons certainement toute la » Gaule à notre puissance. N’aie donc plus regret, Conan, de m’avoir cédé le royaume ' » de (Grande) Bretagne que tu avais eu l’espoir de posséder ; tout ce que tu as perdu » là-bas, je te le rendrai ici. Je te ferai roi de ce royaume, nous en chasserons tous » les indigènes, nous le remplirons d’hommes de notre race, et ce sera une autre Bre- » tagne(2). Ce pays est fertile en blé, plein de rivières poissonneuses, de forêts superbes, V de campagnes riantes : il n’est pas, à mon avis, de terre plus agréable. »

€ Ayant ou! ces paroles , Conan incline la tête , rend grâces à Maxime et jure de le servir fidèlement jusqu’à sa mort. »

« Puis ralliant leurs escadrons les Bretons marchent sur Rennes et prennent cette ville le jour même (3). Epouvantés par le massacre d’Imbalt et de sa troupe et par la cruauté des Bretons, tous les Rennais s’étaient hâtés de fuir, ne laissant dans la cité que les femmes et les enfants. Les habitants de toutes les autres villes et places du pays suivent cet exemple, et en livrent l’entrée aux Bretons sans résistance. Ceux-ci, partout où ils entrent, tuent les mâles et ne laissent la vie qu’aux femmes. Enfin après avoir détruit tous les indigènes du sexe masculin , ils établissent dans les villes, dans les forteresses, sur les promontoires, des garnisons bretonnes.

» Quant à Maxime, ayant beaucoup grossi son armée il se jugea assez fort pour soumettre toute la Gaule (4). Mais avant de porter ses armes plus loin, il voulut pacifier le royaume conquis par lui et le remplir d’une population bretonne. Il ordonna par édit de rassembler dans l’île de Bretagne cent mille plébéiens et de les lui envoyer avec trente mille chevaliers pour défendre ce peuple des irruptions de l’ennemi (5). Quand ils furent arrivés, il les distribua dans les diverses régions du royaume armoricain, dont il fit une autre Bretagne qu’il donna à Conan Mériadec. Puis avec le reste de ses guerriers, il entra dans la Gaule ultérieure, la soumit ainsi que la Germanie à force de combats , et établit le siège de son empire à Trêves.

« Cependant (6), les Gaulois de l’Aquitaine fatiguaient de leurs fréquentes irruptions Conan et les Bretons de l’Armorique ; ceux-ci leur résistant et leur rendant coup pour coup défendaient énergiquement la terre qui leur avait été confiée. Les ayant vaincus, Conan voulut donner des épouses à ses compagnons d’armes, pour que celte terre demeurât à tout jamais aux mains de leurs héritiers. Mais par décret il interdit toute union entre le sang breton et le sang gaulois, il fallut donc faire venir de l’île de Bretagne des femmes

(1) c Vocavit ergo Gonanum extra turmas , et paalispor aubridena ait : « Ecce uniim ex potioribua Galliæ rognia » aubjugavimua... Ne pigeât te ergo regnom Britanniæ insulœ miht cesaiaae licet poaaidendi eam apem habuiaaea , ■ quia quidquid in ilia amisisti tibi in hac patria reataurabo. » [Ibid.)

(3) c Promovebo te etenim in regem hujua regni , et crit bec altéra Britannia , et eam ex généré noatro , expulaia > indigenia, replebimna. » ... Ad base, inclinato capito gratea egit Conanua, promiaitque ae fidclem in obaeqnio ejua manaumm donec yiveret. (Ibid.)

(3) Geofroi, Hist. reg. Brit., V, 13.

(4) Id., Ibid., V, 14.

(5) «t Fecit itaque edictum auum, ut centum millia e plebe in Britannia inaula colligerentur , qui ad oum venirent, præteroa trig^nta millia militum, qui ipaoa intra patriam qua manauri erant ab hoaiili irruptione tuerentur. • (Galfr. Mon., Ibid., V, 14.)

(6) Id., Ibid., V, 15.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

* pour ses Bretons. Il envoya des messagers à Dionot, roi de la Cornouaille insulaire, père d’une fille appelée Ursule merveilleusement belle, objet de tous les désirs de Conan.

» Dionot ayant reçu ce message s’occupe aussitôt d’y satisfaire. 11 tire des diverses contrées de l’île onze mille filles de sang noble et soixante mille de condition inférieure, qu’il rassemble toutes dans la ville de Londres (1), où il réunit une flotte pour les expédier à leurs époux. Elles s’embarquent et descendent la Tamise jusqu’à la mer, puis font voile vers l’Armorique. Mais des vents contraires se lèvent et dispersent tonte la flotte en un instant. La plupart des navires sombrent dans la tempête ; les autres vont échouer sur des îles occupées par des barbares d’une race inconnue, qui massacrent ou réduisent en esclavage les passagères. Ces barbares c’était l’armée maudite de Guanius roi des Huns et de Malga roi des Pietés, envoyée là par l’empereur Gratien pour combattre les partisans de Maxime. Voyant Textrême beauté des jeunes filles, ces brigands

veulent se jouer avec elles , et comme elles s’y refusent ils les égorgent (2) . Plus tard,

Maxime ayant succombé sons les coups des amis de Gratien, les Bretons de sa suite sont tués ou dispersés ; ceux qui échappent se réfugient auprès de leurs concitoyens , dans l’Armorique, qui était déjà appelée une autre Bretagne (3). »

Telle est la légende de Conan Mériadec dans son plein et original développement fourni par Geofroi de Monmouth, et qui a passé de là plus ou moins modifiée dans toutes nos histoires, sauf celle de dom Lobineau.

§ 3. — Le système de dom Morice et de Gallet.

Si cette légende était restée dans la forme que lui a donnée Geofroi, cette forme extravagante, fausse de couleur, d’aspect purement féodal, suflirait très amplement à la discréditer, tout le monde y verrait ce qu’elle est en effet, une fable qui se réfute d’ellemême. Mais au XVIII® siècle, un prêtre de Lamballe appelé Gallet (4) s’est efforcé de lui faire sa toilette, de lui donner une tournure au premier abord plus acceptable et moins anti-historique. Pour complaire à la maison de Rohan qui prétendait descendre de ce Conan imaginaire , dom Morice adopta dans son Histoire de Bretagne les conclusions de l’abbé Gallet, et ainsi ce fabuleux Conan s’est soutenu à titre de personnage historique jusque vers l’an 1850 ; depuis lors il est fort en décadence. — Nous allons exposer, puis réfuter la thèse de l’abbé Gallet, qui de D. Morice a passé dans toutes les modernes Histoires de Bretagne, Daru, Roujoux, Pitre Chevalier, etc., mais qui a aussi subi plusieurs attaques, d’abord dés 1843, de la part de feu M. Varin, doyen de la Faculté des Lettres de Rennes , en tête de la nouvelle édition du Dictionnaire historique de Bretagne d’Ogée (5) puis à diverses reprises de la part de celui qui écrit ces lignes , entre autres , dans la Biographie Bretonne en 1852 (6) et dans V Annuaire historique de Bretagne de 1861 (7).

(1) K Dionotufl igitur, viso Conani nuncio, collegitper diversas provincias nobilium filiaB numéro undecim millia, de cæteris ex infime gentc Croatie soxaginta miUia, et omnes intra urbem Londoniœ convenire præcepit, > (Id., Ibid,, V, le.)

{%) « Inspicientee earum pulchriiudinem , lascivire cum eis voluerunt; sed cùm abnegayissent puellae, in eas ambronce irruerunt, maximaque paKe tmcidaverunt. • (Id., Ibid.)

(3) L’ouvrage de Geofroi de Monmouth a été imprimé plusieurs fois , entre autres (à part) 1* on 1508 à Paris par Josse Bade, in-4* ; 2* en 1517, à Paris par le même, in-4* ; 3* en 1844. à Londres par le D' Gilos sous le titre ; Galfrtdi Monurrutensis Historia Britonum on Historia regum Britannite ; — et dans divers recueils , entre autres dans celui de Commelinus intitulé Berum Britannicarum Sriptores vetustiores, Heidelbergæ (ou Lugduni) mdlxxxvii. In fol. Geofroi occupe les pages 1 à 92 do ce recueil. Cf. Brunet, Manuel du Libraire, 8* édit., II. col. 1458*1459.

(4) Né en 1666, mort en 1725.

(5) Tome I, introd., p. 230 à 260.

(6) Tome I, p. 406-422, articlo Conan Mériadec ; nombreuses f autos d’impression dans cet article.

(7) Voir p. 9 à 16 et 75 à 82.

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

En l’an du Christ 383, Gratien régnait à Trêves, Valentinien II à Milan, et Théodose le Grand à Constantinople. L’île de Bretagne était gouvernée par un lieutenant de Gratien, nommé Magnus Clemens Maximus, déjà signalé par ses exploits contre les Pietés et Scots(l).

Proclamé César par les troupes romaines et parles insulaires, il passa aussitôt dans les Gaules (383) avec un grand nombre de Bretons, aborda (selon Gallet) à l’embouchure de la Rance, soumit l’Armorique, vainquit, grâce à la défection, l’empereur Gratien sous les murs de Paris, le fit tuer à Lyon, s’empara de la Gaule et de l’Espagne ; puis, reconnu comme souverain par Théodose, il établit à Trêves le siège de son empire. Maxime n’oublia point les insulaires qui l’avaient suivi sur le continent. Ils étaient commandés par un jeune chef de leur nation, nommé Conan, prince d’Albanie (disent quelques légendaires), et dont la bravoure n’avait pas peu contribué aux succès du tyran (2). Maxime le fit duc du Tractas Armoricanus, contrée qui, comme on le sait, s’étendait alors très avant dans l’intérieur des Gaules (3); il lui donna, en outre, une autorité toute spéciale sur les soldats bretons qu’il établit en qualité de colonie Létique dans la péninsule armoricaine ; et c’est l’établissement de ces Lètes qui a souvent fait donner à notre presqu’île, au moyen-âge, le nom de Létanie ou plutôt Létavie (Letavia),

Maxime cependant ne tarda pas à tomber du faîte où il était parvenu. Maître de l’Espagne et de la Gaule, il s’empara encore de l’Italie sur Valentinien U, malgré les traités passés avec le grand Tbéodose ; cette entreprise audacieuse lui attira la colère de l’empereur d’Orient. Vaincu dans deux grandes batailles (à Seisseg et à Pettau) par les troupes byzantines, il fut enfin pris dans Aquilée et mis à mort (388). — Malgré la chute de son protecteur, Conan (selon Gallet) parvint, on ne dit pas comment, à se maintenir dans l’Armorique; mais il resta soumis aux Romains. Enfin, en 409, cette région de la Gaule s’étant révoltée contre les empereurs et ayant chassé leurs magistrats, Conan se rendit aussi indépendant, et gouverna dès lors ses compatriotes comme souverain particulier jusqu’à l’époque de sa mort, arrivée, selon Gallet, en l’an 421.

Tel est l’arrangement, plus ou moins licite, imposé à la légende de Conan par l’abbé Gallet. Telles sont les principales circonstances de cette pseudo-histoire qui ont été adoptées par Dom Morice, Daru et leurs abréviateurs. Gallet ajoute encore que Conan épousa Darerea, sœur de saint Patrice, et qu’il eut un très grand nombre d’enfants. Sans parler de cette dernière circonstance, qui repose uniquement sur des conjectures plus qu’équivoques (4), je dois noter dès à présent dans ce récit deux erreurs très graves. La première se rapporte au lieu du débarquement de Maxime sur le continent : Zosime, le seul historien contemporain qui en dise quelque chose, affirme positivement que le tyran débarqua à l’embouchure du Rhin (5); Geofroi de Monmouth, qui vivait au XII» siècle, c’est-à-dire 8(X) ans après l’événement, le fait aborder aux côtes d’Armorique ; Gallet et ses partisans ont préféré l’affirmation de ce dernier au témoignage de l’historien contemporain. Ce trait fait assez connaître la légèreté et la singulière critique des conanistes.

Le même Gallet, se fondant sur le nom de Létavie qui a été donné à la péninsule armoricaine dans divers documents du moyen-âge, affirme sans hésiter qu’on doit en voir l’origine dans la colonie de Lètes bretons qui y avait été installée (selon lui) par le tyran Maxime : mais, quand bien même l’établissement de cette colonie serait constant,

(1) Prosp. Tyro, ad ann. 382, dans D. Bouquet, Aeo» des hist, de Fr. I, 636.

(3) Maxime, comme usurpateur de TEmpire, est connu dans Phistoire sous le nom de Maxime le tyran,

(3) Elle comprenait les Lyonnaises II* et III*, la Sénonaise et les deux Aquitaines.

(4) Voyet sur la critique des Vies de saint Patrice, invoquées par Gallet, les BoUandUles, t. II du mois de mars (17* die) , et le f II de la dissertation de M. Varin, en tête de la nouvelle édition du Dictionnaire hist. de Bret. d’Ogée , t. I*r, p. 242-248.

(5) Voyez Zosime, liv. iv, chap. 33 : « TaT; toO Pi^vou irpoocopptadriffav Ix^oXai; »

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

il est certain que les Bretons ne pouvaient à celte époque, en aucun cas, être considérés comme Lètes. Ce nom s’appliquait uniquement aux troupes barbares que l’Empire avait à sa solde, et auxquelles il donnait des quartiers permanents sur le territoire de quelque province (1). Or, Caracalla a^^ant étendu à tous les sujets de l’Empire le droit de cité romaine, les Bretons étaient dès lors citoyens romains, partant ils n’étaient point des barbares, et ne pouvaient être rangés parmi les Lètes : il faut donc chercher ailleurs l’origine du nom de Létavie appliqué à l’Armorique , origine qui du reste n’est pas bien difficile à trouver. Dans le breton du pays de Galles, lyddaw ou ledaw (2) signifie rivage ^ c’est l’équivalent du nom d’Armorique : Letavia est tout simplement la forme latine du Llgdaw ou Ledaw des Gallois (3). Ce n’est pas plus compliqué que cela.

§4. — Réfutation.

Ces critiques, du reste, ne portent que sur des points secondaires. La question capitale , c’est de savoir si l’établissement des Bretons de Maxime dans l’Armorique est un fait certain ou simplement une fable.

Vignier, Dom Lobineau et M. Varin ont adopté ce dernier sentiment et, pour eux, la péninsule armoricaine n’a pas été colonisée par les compagnons victorieux de Maxime, mais bien par les bandes d’émigrés que l’invasion saxonne chassa quatre-vingts ans plus tard de l’île de Bretagne. Que l’Armorique ait reçu à cette dernière époque de nombreuses troupes de fugitifs , c’est un fait incontestable ; et ce qui ne l’est pas moins, c’est qu’il y avait dans l’armée de Maxime bon nombre de Bretons (4). Toute la question se réduit à savoir si ces Bretons ont formé dans l’Armorique un établissement durable, ou bien , ce qui serait très naturel , s’ils se sont dispersés sur les différents points de l’Empire , s’ils ont péri dans les combats et les défaites qui accompagnèrent l’expédition de Maxime , amenèrent sa chute et détruisirent son armée (5). On voit tout de suite que rejeter l’établissement des Bretons dans l’Armorique en 383, c’est rejeter par là même l’existence de Conan Mériadec, puisque ce héros n’a d’existence, de personnalité, comme on dit, qu’à titre de premier monarque des Bretons d’Armorique. Voyons donc si cet établissement repose sur quelque base solide.

Pour être accepté comme vrai, un fait historique doit s’appuyer sur des monuments écrits d’une autorité certaine, ou sur une tradition longue et puissante dont il est impossible de démontrer la fausseté par des preuves concluantes.

L’établissement de 383 repose-t-il sur des monuments écrits d’une autorité certaine? Pas le moins du monde ; car ces monuments se réduisent à VHisloire des Bretons attribuée à Nennius, et à VHisloire des rois de Bretagne écrite par Geofroi de Monmouth ; de ces deux ouvrages , nous l’avons vu, le premier a été composé au IX® siècle (6), et le second vers

(1) Voy. Dubos, Monarchie française, liv. i, chap. 10; Le Huërou, Inst. Mèrov., liv., i, chap. 3.

(2) Voy. les Dictionnaires de Davies et de Dom Lepelletier.

(3) Ceci est tellement vrai, que, dans certains documents latins, le mot a conservé, presque sans altération, l’orthographe galloise ; ainsi on lit dans la Vie do saint Suliac : « Itaque se ventis et mari comittens, ad iocum guemdam, in minori Britannid cui nomen Lbtau , propè fluvium Rentium, appulit, » (Ap. Holland., t. I Octobris, p. 197). « Uydau implying, as it is said, the sea-coast is litüe elso than a synonyme to Armorica. The author of the life of Gildas says : « In Armoricam quondam Galliœ regionem, tune autem a Britannis, à quibus possidebatur , Lelavta dicebatur. » Bouquet, III, 449. The ms. Viia Codaci says : c Provincia quondam Armorica, deindc lÂttau, nnne Britannia minor vocatur. • Cotton. Library , Vesp. A. 14, p. 32. » (Sharon TamoT, History of the AnglO’Sctxofts, Book VI, appendix to chap. 2. — 6* édit., 3 vol. in-8*, Londres, 1836, t. II, p. 213, note 33).

(4) Gildas, De Excidio, édition Stevenson, p. 30.

(5) Sur ce qu’est devenue l’armée do Maxime, spécialement ses Bretons, après la défaite du tyran, voyez Varin dans Ogée, Dlct, de Bret. nouv. édit., pp. 235, 255 et 257.

(6) Voir ci-dessus p. 442 note 1. Si l’on y Joint VHistoria Britannica de la Vie de S. Gooznou et le Brut y Brenined, ces deux documents, remontant aux XI* et XII* siècles, n’ont pas plus de valeur que les deux autres.

-Di-.tized

Goovîle

LA FABLE DE CONAN MERIADEC

le milieu du XII», c’est-à-dire, l’un plus de 400 et l’autre près de 800 ans après l’expédition du tyran Maxime. Depuis longtemps ces deux prétendues Histoires ont perdu tout crédit auprès de la critique et sont considérées universellement comme des recueils de légendes fabuleuses (1). Ce sont là cependant les seuls monuments que l’on puisse invoquer à l’appui de la thèse de Gallet ; tous les autres auteurs cités par lui ou se bornent à reproduire sur le point en litige les assertions de Nennius, ou même ne disent pas un mot de l’établissement des Bretons de Maxime dans notre péninsule.

L’événement contesté repose-t-il sur une tradition longue et puissante ? Cette tradition du moins est ancienne, puisqu’on la trouve consignée au IX» siècle dans l’ouvrage attribué à Nennius. S’ensuit-il qu’on doive l’admettre comme véritable? Non, car la fausseté en peut être prouvée d’une manière concluante.

On prouve de deux manières la fausseté d’une tradition : 1» ou l’on montre qu’elle a été inventée après coup, c’est-à-dire qu’elle a commencé d*être plusieurs siècles après l’époque où l’événement qu’elle rapporte aurait dû s’accomplir, s’il était véritable; 2» ou l’on fait voir qu’elle est en contradiction avec les monuments écrits d’une autorité certaine.

Ces deux genres de preuves sont possibles contre la tradition de l’établissement de 383.

1» Gildas n’a pas dit un mot de cet établissement ; or, ce silence est concluant, car :

Gildas écrivait vers le milieu du VI® siècle, cent cinquante ans au plus après l’expédition de Maxime (2) ;

Il était né dans l’île de Bretagne, et avait habité pendant longtemps la Bretagne armoricaine, où il mourut (3) ;

Il avait voyagé en Irlande, en Italie, dans les Gaules, et recherché partout avec soin les renseignements authentiques qui pouvaient exister alors sur l’histoire de la race bretonne (4) ;

Il relate les émigrations bretonnes, qui s’accomplirent au V» siècle par suite de l’invasion saxonne (5) ;

Il rapporte l’expédition et la chute de Maxime, mentionne même à ce sujet certaines circonstances qui ne nous sont connues que par lui (6) ; — et cependant, parmi ces circonstances, la seule sur laquelle il garde un silence absolu, c’est précisément celle qui intéresse à un si haut point l’histoire de sa race et celle de l’Armorique, où il était réfugié ; c’est le prétendu établissement des Bretons de Maxime dans notre péninsule en 383.

Evidemment Gildas n’a gardé ce silence que par l’un de ces deux motifs : ou parce que la tradition de l’établissement de 383 n’existait ^as encore de son temps, et alors elle est fausse, puisqu’elle a commencé d’être plus d’un siècle et demi après l’expédition de Maxime ; ou parce que, si elle existait dès cette époque, elle était alors regardée comme une fable indigne de prendre place dans l’histoire sérieuse. — Le premier de ces motifs est de beaucoup le plus probable ; mais l’un aussi bien que l’autre nous amène forcément à conclure la fausseté de la tradition.

Il y a mieux ; c’est que vers la fin du IX» siècle, cette tradition n’était pas encore

(t) Voir ci-dos8us p. 442 note 3.

(2) Voy. dans les BoUandistes, t. II de janyicr (29* die), le Commentaire préliminaire à la Vio de saint Gildas ; dans le premier siècle des Actes des saints bénédictins les Observationes prstvim do dom Ifabillon on tète de U môme vie ; et aussi le tome !•' de la présente Histoire de Bretagne, p. 386.

(3) V. Acta SS. Ord. S. Bened., Sœc. 1% Vit. S. Gildæ ; et notre tome I, p. 384>390 ot 438-441.

(4) V. id. ibid., et Gild., éd. Stevenson, p. 13.

(5) Gild., éd. Stev., p. 52 ; et notre tome I*', p. 236.

(6) Gild., éd. Stev. p. 2U.

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

admise dans la Bretagne continentale. Wrdisten (1) écrivant vers l’an 880 la Vie de saint Gwennolé, affirme expressément que les Bretons insulaires sont venus s’établir dans l’Armorique à l’époque de la conquête saxonne, et non dans un autre temps : < Tempore non alio quo gens barbara Saxonum maternum posséda cespUem (2). » — A cette époque cependant, la légende de l’établissement de 383 était déjà née dans la Cambrie (pays de Galles), puisque VHistoria Brüonum venait de la consigner par écrit ; mais elle n’était pas encore connue en Armorique ou elle y était encore tenue pour une fable. Son origine était donc alors toute récente et de fort peu antérieure à VHistoria Britonum : nouvelle raison de tenir cette tradition pour fausse.

2^ Enfin, elle est en contradiction avec des monuments écrits d’une autorité certaine. Plusieurs lois du Code théodosien, rendues en 388, 389 et 395, enlèvent aux partisans de Maxime les dignités et les charges, spécialement les concessions territoriales, qu’ils avaient obtenues du tyran (3). Les termes de ces édits sont universels et ne renferment aucune exception. Ils furent exécutés dans toutes les provinces où les forces romaines étaient en état de faire respecter les volontés impériales. Ce qui était le cas de l’Armorique, car la Notice des dignités de V Empire^ rédigée vers l’an 400, atteste la présence de troupes, ou, pour parler plus exactement, de préfets militaires (prœfecti) résidant à Osismes (Carhaix), à Vannes, à Aleth, à Rennes, à Mannatias (le Yaudet), ayant sous leurs ordres des forces montant à plus de 13.000 hommes et pouvant former, avec les troupes d’Avranches et de Coutances, une armée de 20.000 hommes, c’est-à-dire beaucoup plus forte qu’il ne fallait pour étouffer, dans notre péninsule, une résistance quelconque aux décrets de l’autorité impériale (4).

Donc, en supposant que Maxime eût donné à ses Bretons et à leur chef la péninsule armoricaine, leur établissement eût été détruit par les édits impériaux au plus tard en l’an 395. Il n’eût fait qu’apparaître et disparaître ; il serait superflu d’en tenir compte.

Si quelques partisans obstinés de Conan prétendaient contester cette conclusion et soutenir que l’établissement des Bretons de Maxime dans l’Armorique se maintint après la mort du tyran, malgré toutes les prescriptions des édits impériaux, quelques mots suffisent pour faire justice de cette opinion insoutenable. Si en effet Conan et ses troupes bretonnes se sont maintenus dans l’Armorique après la mort du tyran, ils s’y sont maintenus, — soit par la tolérance des empereurs Théodose, Valentinien, Honorius, — soit au contraire malgré ces empereurs, et par conséquent en renversant dans la péninsule la domination romaine, en se rendant indépendants.

Dans la première hypothèse, puisque les guerriers bretons établis dans l’Armorique auraient été soumis aux empereurs, ils devraient figurer parmi les divers corps de la milice impériale. La Notice des dignités de V Empire, rédigée, comme on sait, vers l’an 400, donne le dénombrement des corps militaires fixés en Armorique. On n’y trouve aucune mention de troupes bretonnes.

Dans l’autre hypothèse, si Conan et ses guerriers se sont maintenus dans l’Armorique par la force et s’y sont rendus indépendants, c’est donc qu’ils en ont chassé les troupes romaines. Or, la Notice des dignités de V Empire, postérieure de cinq ans environ au dernier édit lancé contre les partisans de Maxime, et où l’on ne trouve aucune trace de colonie bretonne dans l’Armorique, nous montre au contraire la péninsule couverte de garnisons impériales.

(t) Voy. dans la Biographie bretonne l'articlo Gurdestin,

(2) Maternum cespitem, lo sol do la mère-patrie, c^est-à-diro do l’île do Bretagne. Voy. la Vie de saint Gwennole (lib. I. cap. î) dans le CartiU, de Landevenec, édit. Â. de la Bordcrio, p. 8, et la présente Hist, de BreU, I, p. 250, note 1, et p. 325.

(3) Voy. entre autres Cod, Thèod, Lib. 15, tit. XIV, lex 10.

(^) Sur les forces militaires cantonnées en Armorique voir, dans notre tome !•' les pages 163-164, 166-167, 170-171.

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

est donc évident que les Bretons de Maxime, si jamais ils se sont établis en Armorique (ce qui n’est attesté par aucun témoignage de quelque valeur), n’ont pu s’y maintenir ni par la tolérance des empereurs, ni par la force et la rébellion. — Autrement, ils ne s'y sont pas maintenus du tout, et leur séjour dans cette contrée aurait à peine duré dix ans. — La tradition qui voit dans le prétendu établissement de 383 l’origine de la colonisation de notre presqu’île par les Bretons insulaires, est donc en contradiction directe avec le Code théodosien et la Notice des dignités de VEmpire, Nouvelle preuve concluante de sa fausseté.

§ 5. — La destruction des Bretons de Maxime,

Les deux arguments nettement péremptoires contre la fable de Conan sont : !<> le silence de Gildas, 2» les décrets impériaux contre les partisans de Maxime. Aussi les défenseurs de Conan Mériadec se sont-ils tout particulièrement ingéniés à les combattre. Voyons leurs objections.

En ce qui touche Gildas, les conanistes disent : — Mais il est pour nous, car voici ce qu’il dit :

« Par suite de l’expédition de Maxime, l’île de Bretagne fut dépouillée de tous ses » soldats, de toutes ses troupes régulières et d*üne nombreuse jeunesse qui ayant suivi le » tyran ne rentra Jamais dans son pays (1). »

Gildas, il est vrai (continuent-ils), ne dit pas explicitement, comme Geofroi de Monmouth, que cette jeunesse bretonne se cantonna en Armorique et y fonda le royaume de petite Bretagne ; mais il faut bien qu’après la mort de Maxime cette jeunesse se soit casée quelque part, et comme on ne trouve point en Gaule d’établissement formé par des Bretons ailleurs qu’en Armorique, c’est donc là qu’ils se retirèrent. Ainsi, concluent les partisans de Conan, Gildas qu’on nous oppose est pour nous. —

A ce beau raisonnement il n’y a qu’une difficulté ; c’est que non seulement il n’était pas nécessaire, mais il n’était pas possible que les Bretons de l’artnée de Maxime se retirassent nulle part en corps de nation après sa mort. Cela, pour une raison bien simple 2 c’est que, formant la principale force des troupes du tyran, ils furent taillés en pièces, dispersés, anéantis, dans les défaites désastreuses de l’année 388, notamment dans les sanglantes batailles de Seisseg et de Pettau (2), qui détruisirent complètement l’armée de Maxime et amenèrent comme conséquence sa chute et sa mort (28 juillet 388). Un contemporain nous a laissé de ces deux batailles un tableau qui explique très bien pourquoi les Bretons de Maxime ne purent après sa mort ni retourner dans l’île de Bretagne ni fonder en Gaule aucun établissement. De ce tableau voici quelques traits ;

A Seisseg (dit Latinus Pacatus) « l’armée rebelle périt comme elle le mérite, ses » troupes impies roulent dans le sang, le massacre d’une seule journée jonche toutes » les plaines , et les cadavres pressés voilent au loin la terre (3). Ceux qui fuient vers » les remparts (de Seisseg) pour éviter la mort, la trouvent dans les fossés que comblent

(1) • Exin Britannia ,oinni annato milite , militaribus copiis et ingonli joventute apoliata (quw vestigiU supradicti tyranni comitata domum nusquam ultra rtdiit).,, multos stupet gemitque per annos » (Gildas, de Excid. Brie. HistorUtf cap. XI).

(2) Seisseg, Sisseg ou Sisek, sur la Save au confluent de cette rivière avec le Kulp, aujourd'hui ville de la Croatie, à 24 lieues Est de Carlstadt. Son nom ancien est SUcia dans Latinus Pacatus, et ailleurs Segesta et Sigisla. — Pettau ou Petaw, auj. ville de la Basse-Styrie (Autriche) sur la rivière de Brave, à 43 lieues an Sud de Vienne, et environ 25 lieues au Nord de Seisseg. — De Pettau Maxime se sauva à plus do 50 lieues loin à travers les Alpes, jusqu'à Aquilèe à 23 lieues N.-E. de Venise, sur le golfe Adriatique : c'est là qu'il fut pris et tué le 28 juillet 388.

(3) « Datur débite rebelle agmen exitio ; volvuntur impiœ in sanguine suo turbœ ; tegit totos strages una campos, continuisque funeribus cnneta late operiuntnr • etc. (Panégyrique de Théodose le Grand par Latinus Pacatus Drepanius, dans Panegyrici veteres cum notis J, de la Baume S, J.) (Paris, 1676, in-i«) f 34, p. 339*

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

» leurs dépouilles, aux portes ouvertes pour leur sortie et obstruées par leur chute. » Ceux qui rencontrent devant eux le fleuve (de la Save), aux rives escarpées, s’y » précipitent en foule, s’y font réciproquement obstacle, et le fleuve qui écume de sang » est forcé, pour frayer une route à ses eaux, de lutter contre les cadavres. Il absorbe » dans son gouffre l’auteur même de la faction sacrilège [celui qui avait proclamé » Maxime]. »

A Pettau , « une seconde bataille fut pour Théodose une seconde victoire. Marcellin » frère de Maxime commandait les cohortes d'élite, celles qui formaient la principale » force de la faction détestable.,. Les ennemis combattirent avec le désespoir des gladia- » teurs, sans céder d’un pas, résolus à conserver le terrain ou à tomber. Mais sous » l’élan des nôtres leur front se rompit... Armés ou désarmés, sains ou blessés, premiers » ou derniers, tout se mêla. Et les lances frappaient et le glaive tranchait, et les » cadavres couchés ou debout jonchaient la plaine ou s’entassaient en monceaux... On » n’eût cessé de poursuivre et de tuer, si la nuit n’eût ravi l’ennemi au vainqueur en » même temps qu’elle lui ravissait le jour (1). »

Dans cette seconde bataille, on le dit formellement, les cohortes d’élite de Maxime, celles qui constituaient la force de son armée, furent anéanties. Ces cohortes d’élite, c’était ses Bretons. Voilà pourquoi ils ne retournèrent point dans l’île de Bretagne et ne purent fonder en Armorique aucun établissement. Voilà pourquoi le silence de Gildas sur ce prétendu établissement conserve toute sa valeur, et suffirait seul, au besoin, pour convaincre de fausseté la fable de Conan Mériadec.

§ 6. — Décrets contre les partisans de Maxime,

En tout cas, en supposant — ce dont il n’y a nulle preuve — que les Bretons de Maxime, avant la mort de ce tyran eussent essayé de fonder en Gaule une colonie, une principauté, un établissement territorial quelconque, cet établissement eût été détruit par les décrets du grand Théodose et ceux de son fils Ifonorius, portés après la mort de Maxime pour abolir les faveurs accordées par celui-ci à ses partisans. Trois de ces lois furent promulguées par Théodose les 22 septembre et 10 octobre 388 et le 14 janvier 389. — La première et la troisième ont pour objet de dépouiller les amis de Maxime de tous les honneurs, charges et dignités à eux conférés par le tyran et de les réduire à leur ancien état (ad pristinam slatamj comme ils étaient avant 383 (2). — Le second décret (10 octobre 388) casse toutes les lois, tous les jugements, toutes les décisions rendues par le tyran (3), sauf celles qui auraient été confirmées par le libre consentement des parties. ■— Dans le cas où Maxime aurait donné des terres aux Bretons pour y fonder leur établissement en Armorique, ce dernier décret en entraînait la confiscation et par suite la destruction de cet établissement ; car si ces terres avaient été prises sur le domaine public, il eût fallu pour les donner aux Bretons un Jugement, une décision de Maxime annulée par ce décret de Théodose, et si elles avaient été enlevées à des

(1) c Dilectas in prælium Marcellinus cohortes et ipsum factionis nefariæ robur rapiebat frater tyranni... Ubi impulsa acies fronsquo laxata... miles urgere cminus, cominus, gladiis, hastis, punctim, cæsim ferire... supinaque corpora passim tcI in acervo jacero... Nullus finis cædendi insequendique, nisi subtraxisset aliquando victoribus mors hostem, et nox diem > (/d., Ibid., { 35 et 36, p. 339, 340, 34t).

(2) (388, 22 septembre.) « Nullus sibi honorem audeat Tindicare, quem tyrannies concessit audacia, sed ad pristinum slatum damuata præsumptio revocetur » (Cod. Theodos. lib. 15, lit. XIV , lex 6) — (389, 14 janvier) a Omnes qui, tyranni usurpatione provocti, cujuslibet acceperunt nomen dignitatis , codicillos atque epistolas et promere jubomus et reddere ■ (Ibid. lib. 15, t. XIV, 1. 8).

(3) (388, 10 octobre) c Omne judicium quod vafra mente concoptum, injuriam non jura reddendo, Maximus iufandissimus tyrannorum credidit promulgandum, damnavimus. Nullus igitur lege ejus, nullus judicio blandiatur » {Ibid. lib. 15, lit. XIV, 1. 7).

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

particuliers , ceux-ci n'auraient eu garde d’y consentir, et le jugement du tyran eût été à plus forte raison cassé par cette loi.

Pour faire exécuter les volontés de Théodose, les troupes cantonnées en Armorique étaient, nous l’avons vu, plus que suffisantes. Donc s’il y avait eu — ce que rien ne prouve — un établissement des Bretons de Maxime en Armorique, cette loi du 10 octobre 388 en devait opérer la destruction. — Voyons la réponse des conanistes.

Le 13 juin 389, Théodose le Grand entra en triomphe à Rome pour y célébrer solennellement sa victoire sur Maxime. Quelques jours après , Latinus Pacatus Drepanius , « orateur des Gaules , » prononça son panégyrique en sa présence et en présence du Sénat (1). Dans cette harangue officielle, après avoir exalté les exploits du vainqueur, vers la fin du discours, il célèbre sa clémence envers le parti vaincu, — et les modernes partisans de Conan Mériadec, opposant les termes de cette harangue à ceux des décrets, en prétendent tirer la preuve que ces décrets restèrent lettre morte et ne furent nullement exécutés. Un de ces soi-disant critiques va même jusqu’à dire que Pacatus annihile les décrets, ce qui est ridicule. On n’insérait dans le Gode que les lois restées en vigueur depuis leur promulgation ; donc s’il y avait réellement contradiction entre les textes du Code et les phrases de Pacatus, l’autorité de Pacatus s’éclipserait forcément devant celle du Code. Mais y a-t-il contradiction? Nullement. Pacatus dit à l’empereur :

— « Vous avez ouvert à tous le sein maternel de votre miséricorde ; vous n’avez fait mettre à l’enchère les biens de personne ; vous n’avez forcé personne à racheter sa liberté, et personne enfin n’a vu amoindrir la dignité dont il jouissait anciennement Iprœterita dignitasj. Nul ne s’est vu déshonorer, nul ne s’est entendu adresser un reproche, encore moins infliger un châtiment. Les oreilles des coupables n’ont pas même payé pour leur tête. Tous ont été rendus à leurs foj^ers, à leurs femmes, à leurs enfants et, ce qui est plus doux encore, à l’innocence (2). »

Ces derniers mots marquent qu’il y eut pour les partisans de Maxime une amnistie, qu’ils n’eurent à subir aucun des châtiments encourus par leur crime de rébellion : ni la peine capitale, ni une mutilation, ni la perte de leurs biens ou de leur liberté, ni une note infamante, ils conservèrent même leurs dignités, mais lesquelles? leurs dignités anciennes (dignitas prœteritaj, c’est-à-dire, celles qu’ils avaient avant la tyrannie, nullement celles qu’ils avaient reçues de Maxime. Pacatus, on le voit, prend soin de le marquer expressément et s’accorde ainsi fort bien avec le Code. Car la volonté de Théodose, bien marquée dans les trois lois ci-dessus, c’est : 1® de ramener à leur ancien état [ad pristinum statum revocarej les partisans de Maxime, c’est-à-dire de les priver de toutes les faveurs en terres, biens, honneurs et dignités, qu’ils tenaient du tyran ; — 2o de les exempter des peines légales dues à leur rébellion, ce qui est bien, comme le dit Pacatus , « ouvrir à tous le sein maternel de la miséricorde impériale. »

Que telle ait été vis à vis le parti de Maxime la volonté arrêtée, la pratique constante de Théodose, c’est ce dont ne permettent pas de douter les trois lois rendûes par Honorius en 395, au lendemain de la mort de son père, dont il déclare hautement vouloir continuer la politique. Dans l’une d’elles (18 mai 395), il dit : « Comme il est faste que nous ^ suivions les volontés de notre père , nous voulons faire grâce aux personnes de tout » ordre dont la loi n’avait rien dit jusqu’ici. Par la loi présente nous décrétons que ceux » ‘qui au temps du tyran ont porté les armes, exercé quelque administration, levé les

(1) Tillemont donne cette date dans son Hist. dts Empereurs, Y, p. 303. Suivant le P. de la Baume dans son édition des Panegyrici veteres (p. 308^ ce panégyrique n’aurait été prononcé que le !•' septembre 391.

(2) c Reliquos omnos vonia complexe velut roatemo sintt clausit. Nullius bona publicata, nullius mulctata libertas, nullius præterita dignitas imminuta ; nemo affcctus nota, nemo convicio aut deniquo castigatione perstrictus, culpam capitis aurium saltem molestia luit. Cuncti domibus suis, cuncti conjugibus ac liberia, cuncti deniquo, qnod dulcius est, innocentiœ restituti sunt » (Panegyrici veteres, Paris 1C76 in-4*, p. 348-349).

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

» impôts, obtenu quelque honneur ou quelque dignité honoraire, ne devront subir » aucune note d’infamie ni aucun blâme. Mais nous décrétons aussi qu*ils ne pourront » conserver dCautres dignités que celles possédées par eux avant le règne du tgran (1). »

Une autre loi (du 17 juin suivant) est encore plus explicite : « Ceux qui ont été infectés » de quelque dignité acceptée par eux au temps de la tyrannie, nous les lavons entière-

• ment de l’infamie causée par cette tache odieuse. Tous les rebelles sans distinction de » lieu ou de classe, nous leur rendons leur ancien état pour en jouir selon le droit B commun, ainsi que de leurs dignités anciennes. Mais les honneurs qu'ils avaient obtenus » sous la tyrannie, ils n'en jouiront pas (2). »

Rien de plus net que le système suivi par Théodose et continué par son hls. Les rebelles n’ont à redouter aucune peine, ils sont remis exactement en l’état où ils se trouvaient avant la tyrannie, y compris la jouissance des dignités qu’ils possédaient alors. Mais ils sont entièrement privés de toutes les faveurs reçues par eux du tyran, non seulement des charges, des honneurs, des dignités, mais aussi des fonds de terre, comme le porte explicitement une autre loi d’Honorius (17 mars 395) ainsi conçue : c Ceux qui

• ayant suivi le parti de Maxime ont reçu des terres du domaine public de la main des » agents du fisc, seront dépouillés de ces terres et réduits à leur fortune privée (3). »

Cette loi tombe d’aplomb sur le prétendu établissement des Bretons de Maxime en Armorique, car évidemment, s’il avait eu lieu, il n’eût pu se former que sur des terres du domaine public concédées aux insulaires par le tyran. En leur retirant ces terres, cette loi eût détruit cet établissement dans sa racine. Et ici il n’y a plus à alléguer contre l’exécution de cette loi la prétendue contradiction de Pacatus, car cette loi est postérieure à son panégyrique.

Donc, s’il y eut, sous Conan Mériadec ou sous tout autre chef, une colonie fondée en Armorique par les Bretons de Maxime, elle disparut dès 388 par la destruction de ces Bretons dans la guerre qui abattit le tyran ; les derniers débris, en tous les cas, ne purent survivre aux lois de 388 et de 395.

La vérité, c’est qu’il n’y eut aucun établissement de ce genre, car on n’en a aucune preuve. Ce n’est pas des preuves ces légendes extravagantes, incohérentes, ramassées dans les recueils de fables intitulés : VHistoria Britonum de Nennius, VHistoria Britannica de la Vie de S. Gouêznou, le Brut y Brenined et VHistoria regum de Geofroi de Monmouth. Hors de là pourtant nulle mention ni de Conan Mériadec ni de l’établissement en Armorique des Bretons de Maxime.

§ 7. — Résumé et conclusion.

Comme conclusion, pour montrer combien toute l’histoire de ce temps conspire, ainsi que toute vraisemblance , à repousser la légende conanienne , on me permettra de citer une page de la dissertation inédite composée contre cette fable par dom Le Gallois, le plus savant peut-être des religieux bénédictins qui concoururent, avec dom Audren

(4) « Fds est scqui nos paternae dispositionis arbitrium, atque idoo universos cujuslibet ordinis viros de quibus lex nostra reticuerat ad veniam volumus pervenire... sancicntes hac lege ne is qui tyranni tempore militavit, Tel etiam qualibet adminietratione donatus est, aut honoraria dignitate perfunctus, vel quicunique in aliquo honore dirersis locis, aut exactionibns prœfncrunt, notam infamiæ suetineant aut deformi vocabulo polluantur. Quibus eas tantum dignitates valere decernimus, quas ante tyrannicum tempus habuerunt i (C. Theod., lib. 15, t. XIV, I. 11).

(2) «I His quos tyrannici temporis labes specie dignitatis infecerat, inustœ roaciilæ omnes abolemus infamiam. Cnnctis igitnr stntum priorem sine cujusquam loci aut ordinis exceptions tribiiimus, ut utantur omnes jure communi, teneant statum veteris dignitatis : ita ut nihil ex his, quos adepti fuerant, honoribus blandiantur » (G. Theod., lib. 15, t. XIV, 1. 12).

(3) c Qui tyranni Maximi socnU jussionem fundos perpetui Juris non ab ordinariis Judicibus sed a rationalibus acctperunt, eorum antissione plectantur , atquo ad rem privatam dcnuo revertantor » (G. Theod., lib. 15, t. XIV, 1. 10>

LA FABLE DE CONAN MÉRIADEC

et dom Lobineau, à élaborer la grande Histoire de Bretagne publiée en Fan 1707 sous le nom de ce dernier. Voici ce passage :

« Les auteurs de Thistoire romaine, Sexte-Aurèle, Zozime, Prosper, Sozomène, Rufin, » Orose, Jornandès, le comte Marcellin, Idace, etc., disent tous qu’après que Théodose » le Grand eut vaincu et tué Maxime en Tan de N.-S. 388, il envoya Valentinien le jeune » avec la fleur de son armée dans les Gaules, sous la conduite du comte Arbogaste, » contre Victor fils du même Maxime et nommé par lui César ; que Valentinien acheva D de ruiner ce parti, qu’il fit mourir Victor, qu’il se rendit maître de toutes les provinces » qui avaient reconnu les tyrans, et que Théodose demeura dans l’Occident deux ans D entiers sans vouloir retourner en Orient jusqu’à ce qu’il vît tous les troubles apaisés, 9 toutes les Gaules soumises, toutes les étincelles de la révolte éteinte, tous les partisans 9 de la rébellion ou tués ou chassés, et que, tout enfin étant paisible, il retourna à » Constantinople l’an 391, laissant l’Occident en bon état au jeune Valentinien. Ces faits » qui sont indubitables (continue dom Le Gallois) peuvent-ils subsister avec le roman » de Conan Mériadec ? Et y a-t-il moyen d’accorder l’établissement tranquille de ce » nouveau roi dans une partie considérable des Gaules sans qu’on ait osé lui déclarer » la guerre, sans qu’on ait pris le dessein de le chasser, sans qu’on l’ait traité comme » ennemi, quoiqu’on ne pût ignorer qu’il avait soutenu de toutes ses forces la révolte » de Maxime et qu’il tenoit son royaume de cet ennemi public de l’Empereur et de » l’Etat ? Toutes les forces de l’Orient et de l’Occident, des Scythes et des Germains, » réunies sous un même chef et conduites par le fameux Arbogaste, auroient- elles tremblé au seul nom de Conan ? Et par quel enchantement seroit-il arrivé que les » ordonnances publiées contre la mémoire et les gestes de Maxime et de son fils, et » exécutées contre tous les autres avec beaucoup de sévérité, auroient perdu toute » leur force à l’égard de lui seul ? Car c*étoit une coutume, observée inviolabîement par » tes empereurs victorieux des tyrans, d*abolir tout ce qu* avaient fait et ordonné ceux-ci .

9 On a voulu tirer avantage de ce qu’on ne trouve point dans les historiens que » Théodose, ni Valentinien, ni aucun de leurs généraux, soient vernis troubler la paix » dont Conan Mériadec jouissoit dans son Armorique avec ses Bretons, ni qu’ils y aient » jamais fait aucun exploit. Non assurément, ces empereurs ne vinrent point dans » l’Armorique ; ils n’y envoyèrent point d’armées; ils n’y firent aucun exploit militaire ; 9 mais c’est qu’il n’y avoit rien à y faire, et que toute l’Armorique, soumise comme le 9 reste des Gaules, n’avoit ni un Conan pour roi ni des Bretons pour habitans ; car s’ils » y avoient été, comme les empereurs n’avoient alors aucune affaire qui les empêchât » de poursuivre leur victoire, ils n’y auroient pas manqué.» (Bibl. Nationale, Mss. Blancs-Manteaux, XLIV.J

En résumant toute cette discussion, voici ce qu’on y trouve :

L’histoire de Conan Mériadec et de l’établissement des Bretons de Maxime dans la péninsule armoricaine en 383 n’a pour base que les récits de VHistoria Britonum de Nennius (IX« siècle), de VHistoria Britannica de la Vie de S. Goëznou (XI® siècle), du Brut y Brenined et de Geofroi de Monmouth (XII® siècle) : récits légendaires remplis de circonstances incohérentes et extravagantes tout à fait inacceptables.

Si l’on essaie d’expurger cette légende des plus fortes insanités qui l’encombrent et de la réduire à sa plus simple expression, il reste le fait d’une colonie indépendante fondée en 383 dans la péninsule armoricaine par les Bretons de Maxime, continuée par leurs descendants et qui aurait été l’origine de la nation bretonne armoricaine.

Réduite à ces termes, la légende n’en reste pas moins fausse :

1® Parce que Gildas, le plus ancien historien des Bretons, qui parle de l’expédition

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

de Maxime, ne dit pas un mot de cet établissement et assigne pour origine à la nation bretonne d’Armorique les émigrations causées, aux V« et VI® siècles, par l’invasion anglo-saxonne dans l’île de Bretagne ;

2® Parce que, à la fin du IX® siècle, cette tradition de l’établissement de 383 n’était même pas connue chez les Bretons d’Armorique, qui rapportaient uniquement leur origine aux émigrations des V® et VI® siècles, dont on vient de parler ;

3® Parce que, si ce prétendu établissement s’était fondé en 383, il aurait été détruit nécessairement après la mort de Maxime, par suite des décrets de Théodose et d’Honorius contre les partisans du tyran ;

4® Et si, par pure hypothèse, on suppose entre Théodose et les Bretons un traité qui eût maintenu leur colonie d’Armorique, celte colonie essentiellement militaire devrait figurer parmi les troupes impériales dont on a le complet dénombrement dans la Notice des dignités de VEmpirc, et elle n’y figure à aucun titre.

Donc le prétendu établissement des Bretons de Maxime dans la péninsule armoricaine en 383 est une fable, et le glorieux Conan Mériadec doit prendre place, à côté de Pharamond et de bien d’autres, dans la brumeuse phalange des monarques imaginaires.

LA DYNASTIE DE CONAN MÉRIADEC

'Histoire des rois de Bretagne ^ de Geofroi de Monmouth, écrite en latin vers 1145, a pour objet principal, et même on peut dire unique, l’histoire fabuleuse des rois de l’île de Bretagne. Il paraît bien que Geofroi ne fît que traduire et amplifier une autre œuvre du même genre intitulée Brut y Brenined (Histoire traditionnelle des Rois), écrite en breton au XII® siècle. Quand à la masse des traditions ou inventions fabuleuses, réunies dans le Brut, elle avait certainement pris naissance en Grande-Bretagne.

En effet, l’histoire de l’île est constamment et exclusivement l’objet de ses récits. A part Conan Mériadec, dont l’établissement se trouve raconté avec un certain détail, les rois de la Petite-Bretagne n’apparaissent dans le Brut ni dans l’œuvre de Geofroi qu’incidemment, en raison seulement des rapports qu’ils ont eus avec les princes et les événements de la Grande-Bretagne. La plupart obtiennent à peine une mention toute sèche. En un mot, il saute aux yeux que l’auteur du Brut, quel qu’il soit, a certainement écrit sous la dictée des traditions insulaires et non de celles de l’Armorique. — On a émis, je le sais, assez souvent l’opinion contraire, qui semble tout à fait inadmissible. — C’est donc parmi des contes inventés au-delà de la Manche que nous allons rechercher les noms des rois de la dynastie conanienne. J’aurai soin d’ailleurs, après chacun de ces noms, d’indiquer les livres et les chapitres de Geofroi de Monmouth où figurent ces fabuleux monarques.

I. CoNANüS Meriadocus, neveu, selon Geofroi, d’Octavius roi indépendant de l’île de Bretagne avant l’an 383. L’origine de Conan et son rôle dans l’île de Bretagne avant le passage de Maxime sont rapportés par Geofroi de Monmouth, Historia regum Britanniœ, lib. V, cap. 9, 10, 11 ; son passage et son établissement en Armorique, cap. 12, 13, 14, 15. La légende de sainte Ursule et des onze mille vierges remplit le chap. 16 do même livre.

LA DYNASTIE DE CONAN MÉRIADEC

11 et 111 . Geofroi ne nomme pas les deux premiers rois, successeurs de Conan ;

mais il y fait allusion en parlant du suivant.

IV. Aldroenus fAadrenJ, dont Geofroi dit : « Regnabat tune in ilia (minori Britannia) » Aldroênus, quartas a Conano cui Maximianus regnum illud donaverat. » (Hist. Reg. Brit., VI, 4.)

V. Budecius [Badie]. Geofroi ne fait que prononcer son nom et ne dit même pas de qui il était le fils. (H. R. B., VI, 8.)

VI. Hoelüs Magnüs. Le grand Arthur se voyant pressé par les Saxons envoie demander du secours à Hoël : « Mittuntur in Armoricam nuncii ad regem Hoêlum, qui » ei calamitatem Britanniæ notificarent. Erat autem Hoëlus filius sororis Arturi, ex » Dubricio rege Armoricanorum Britonum generatas. ii> [ H. R. B., IX, 2 )

Les écrivains qui admettent l’existence de toute cette dynastie s’accordent à identifier ce Dubrice, père d’Hoél le*’, avec le Budic (BadeciasJ inscrit ci-dessus sous le n® V. Diverses mentions des exploits d’Hoêl 1®^ comme auxiliaire du fameux Arthur roi de la Grande-Bretagne, sont disséminées dans H. R. B., IX, 3, 5, 7, 11, 12, 15, 17 ; et X, 3, 5, 9, 10, 11.

Vil. Hoelus 11, fils du précédent (Hoêl le Grand).

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