VI. (Append. n® 23) — — 10 juin
844, 25 mars
— 1®** juillet
845, 9 mars
— 24 mars
— 12 avril
— 10 juin
845, 25 mars.
— 1®** juillet.
846, 9 mars.
— 24 mars.
— 12 avril.
— 10 juin.
Ge tableau fait voir clairement la discordance existant entre la date du premier acte f Append. du Cartal. de Redon, n® 21) et celles des deux derniers (Cartul. de Redon, n® 121, et Append., n® 23). D’après ceux-ci, la bataille ne peut s’être livrée avant le 12 avril ni même avant le 10 juin 845, tandis que, d’après le premier acte, elle ne devrait pas être postérieure au 25 mars 845. — Ge premier acte écarté , les cinq autres concordent entre eux : d’où il faut conclure qu’il y a une faute de copiste en la date du premier, aisée d’ailleurs à ramener à l’an 846 au moyen d’une correction fort simple (1).
Si l’on compare ensemble les dates de ces cinq actes, on remarque d’abord que toutes excluent la date du 22 novembre 846 donnée par la Chronique de Fontenelle, et ensuite que, rapprochant la plus ancienne et la plus récente de ces cinq dates (n®* II et VI, Append., nos 24 et 23), il en résulte clairement que la bataille de Ballon n’a pu être livrée ni avant le 10 juin 845, ni après le juillet suivant; en d’autres termes, qu’elle l’a été du 10 juin au l®r juillet 845, probablement dans les derniers jours de juin. Ge qui s’accorde avec
ni Dans la date de ce premier acte, qo’on peut voir à la page précédente, si l’on corrige simplement viti. Kal. Aprilis en viiii Kal. Aprilis, on a mercredi mars let. domin. C ou D G , qui convient à l’an 846 , dont la let. domin. est G. La vraie date de cet acte est donc U môme que ceUe du n* 22 de l’appendice , c'est-à-dire le 24 mars 846.
SUR LA BATAILLE DE BALLON
les Annales de Saint-Bertin , de Fulde, de Metz, et avec les Chroniques d’Aquitaine, d’Angoulême, etc. (1).
§ 2. — Le lieu de la bataille de Ballon.
Il est peut-être moins facile.de déterminer le lieu précis de cette bataille. Puisqu’elle fut livrée dans les derniers jours de juin, il serait utile de savoir quelle était, vers le milieu de ce mois , la situation et la marche de l’armée franke.
Après l’incendie du monastère de Saint-Florent de donne parNominoé (ci-dessus p. 47), l’abbé de cette maison appelé Didon se rendit aussitôt près du roi Charles le Chauve, dont il était parent, pour l’informer de ce désastre et solliciter de ce prince quelque dédommagement. Il le trouva à l’abbaye de Fleuri ou Saint-Benoît sur Loire, un peu au Sud d’Orléans, et Charles donna en eflTel à Saint-Florent le domaine de Pocé fPociacumJ près Saumur par un diplôme daté de Fleuri le 13 juin 845. Aussitôt après son entrevue avec Didon, le roi se rendit promptement à Angers, où il dut être rendu le 15. Nous tirons ces faits de l’hymne ou prose rimée composée par les moines de Saint-Florent sur l’incendie de leur monastère, où on lit : a L’abbé de cette maison était alors le » vertueux Didon, parent du roi. Après avoir pris l’avis de ses moines, il se rendit D promptement près de ce prince et lui fit connaître le crime commis par la fureur » cruelle des Bretons. Le roi très affligé chercha à lui donner quelque compensation » [allusion à la donation de Pocé] et toujours très triste il gagna rapidement la ville » (T Angers (2). »
D’après cela, il est clair que l’armée royale était à ce moment en marche sur la Bretagne et s’avançait en suivant la Loire, faisant étape dans les principales villes, Orléans, Tours, Angers, à l’exemple de l’armée de Louis le Débonnaire dans sa marche contre Morvan en 818 (ci-dessus p. 17). Laissant filer son armée devant lui, sauf à la rejoindre bientôt, Charles le Chauve s’était arrêté dans le monastère de Fleuri pour vénérer le corps de saint Benoît qui faisait l’illustration de cette maison. Quand il apprit les violences commises à Saint-Florent par les Bretons, il fut très irrité et résolut d’en tirer vengeance promptement. Partant aussitôt et doublant les étapes, il lui fallut tout au plus deux jours pour gagner Angers, et de là se mettant à la tête de ses troupes, il les lança à marches forcées sur la Bretagne. — Vers quel point de la frontière bretonne porta l’attaque des Franks ?
Parce que, dans la meilleure Vie de saint Turiau, le monastère de Baulon est appelé Balon (3), quelques érudits voudraient que là se soit livrée la grande bataille de 845. Cela ne nous semble pas soutenable.
Toute armée en campagne, et surtout une armée très puissante comme celle de Charles le Chauve, a un objectif, c’est-à-dire un but qu’elle se propose d’atteindre et en vue duquel elle règle sa marche, soit une ville ou une citadelle à prendre, soit une armée ennemie à combattre et à détruire. — De plus, tout général, si médiocre qu’il soit, prend bien garde de ne pas lancer ses troupes dans des terrains dangereux semés d’obstacles et d’embûches, où, même par un adversaire beaucoup moins nombreux mais au courant du pays, elles seraient fort maltraitées, peut-être détruites. — Si l’armée franke s’était
(1) Pour plus de développements voir A. de U Borderie, Chronologie du Cartulaire de Redon, p. 36-31, et Annales de Bretagne, t. V, p. 560-565.
(2) Hinc Andegavim protinus Urbem petit tristissimus.
Voir le texte complet de ce passage , ci-dessus p. 47 note 3.
13) Voir notre tome !•', p. 489-490. — Baulon, aujourdliai commune du canton de Guichcn , arrondissement do Redon , Ule-ot-Vilaine.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
dirigée sur Baulon, il lui aurait fallu s'enfoncer dans l'épaisse et interminable forêt de Brécilien, où la marche lui eût été impossible, où les Bretons l’auraient harcelée, décimée à bout portant sans courir aucun péril. — Et pour aller où aurait-elle suivi cette ligne ? pour faire quoi ? quel objectif? Point d’armée ennemie rangée en bataille à trouver et à détruire dans ces bois inextricables, ni ville ni forteresse à prendre; le seul point notable dans la direction de Baulon, vers l’Ouest, c’était l’abbaye de Penpont, et Charles le Chauve, comme Louis le Débonnaire, ne faisait pas la guerre aux moines. — Impossible donc d’admettre que l’armée franke eût pu prendre cette direction qui la menait à un péril certain, sans aucun résultat. Mais il y avait dans le plou de Bain près Redon un autre Ballon, vers lequel Charles le Chauve avait autant de raisons de diriger sa marche qu’il en avait de ne pas se rapprocher de Baulon.
D'abord, le plan de cette expédition, qui s’avance vers la Bretagne en suivant depuis Orléans le bord de la Loire, est évidemment un calque de l’expédition de Louis le Débonnaire en 818, ou plutôt de la plupart des campagnes anti-bretonnes des Franks sous les deux premières races. L’armée d’invasion suivait la Loire jusqu’à Nantes et de là marchait vers la ville de Vannes, parce que de Vannes, étant au centre de la péninsule , elle pouvait rayonner commodément dans toutes les directions.
Charles le Chauve avait en outre une raison spéciale de se porter rapidement sur le Vannetais. L’immense armement lancé par lui contre la Bretagne manifestait clairement l’intention, le vif désir du roi d’en finir avec Nominoé, et vu les forces dont Charles disposait il ne pouvait douter du succès. Son objectif ne pouvait donc être que Nominoé lui-même. Or la base la plus solide de la puissance de Nominoé , c’était Vannes et le Vannetais; c’est là, particulièrement dans les régions voisines de la Vilaine et de l’Out, que nous le voyons fréquemment résider et exercer son pouvoir : il avait près de Rannac. (aujourd’hui Renac) une cour flis, aulaj, c’est-à-dire une résidence importante appelée Lis-Rannac (1); on trouve ses envoyés (missij remplissant des missions d'autorité dans Langon, dans Bain, Renac, Sixt, Peillac (2); on le voit lui-même tenant dans sa cour de Coétlou sur rOut, le fameux synode contre les évêques simoniaques (3). Là était la force, le séjour habituel de Nominoé et le siège de sa puissance : c’était donc là qu’il fallait frapper.
De Nantes pour se rendre à Vannes — la traversée de la Vilaine au-dessous de Redon étant très difûcile et très périlleuse pour une armée — il fallait aller chercher au Nord de Redon un passage plus commode. Mais de Redon jusqu’au dessus de Brain les bords de la rivière étant couverts de marais dont beaucoup subsistent encore aujourd’hui, l’armée franke fut forcée de passer la Vilaine à Langon , d’où elle s’avança vers l’Ouest en traversant le territoire de Rannac, puis celui de Bain (près Redon). Donc s’il y avait alors en cette dernière paroisse un lieu appelé Ballon, là dut être le théâtre de la grande bataille de 845.
Or il existait en Bain, au temps de Nominoé, un lieu de ce nom, nous en avons déjà parlé plus d’une fois; voyons si l’acte qui le mentionne peut donner quelque lumière sur la situation de ce lieu, car aujourd’hui le nom a disparu.
Il s’agit, dans cet acte (4), des prétentions élevées par deux monastères du plou de Bain, dits Ballon et Basal, qui réclamaient une partie des droits de tonlieu levés sur les bateaux naviguant dans l’Out, et sur les marchandises qu’ils débarquaient : droits jusqu’alors perçus exclusivement par l’abbaye de Redon. On procéda à une enquête
(1) En 842 : charte de Nominoc donnée c in loco Lis Rannac w f^Cartul. do Redon, appond. n* 13, p. 359). De 841 à 851 : « Factum est hoc in Lis Rannac, sedente Nominoë in scamno et Arganiaël secum w (Ibid,, n* 176, p. 136).
(2) Voir Cartul. de Redon, n® 192, p. 148-149; n® 106, p. 80-81, et ci-dessus p. 155 et 156 note 1.
(3) Ibid., n® 113, p. 87; et ci-dessus p. 55 note 5.
(4) Voir ci-dessns, p. 155-156, cf. p. 131 et 136.
SUR LA BATAILLE DE BALLON
solennelle qui porta surtout sur les droits levés dans deux des ports de l’Out, Balrit et Basai (1). L’acte dit formellement qu’il existait un port à Busal près de l’abbaye de ce nom, circonstance très favorable aux prétentions de ce monastère et qui prouve que cette maison était située sur le bord de l’Out. Pour Ballon, l’acte n’a pas un mot d’où l’on puisse induire que cette abbaye fût au bord de la rivière. Silence significatif : car une telle situation était fort importante à constater dans la cause et n’eût pas manqué — si elle avait existé — d’être mentionnée pour Ballon comme pour Busal. Pour Busal on la mentionne parce qu’elle existe, et on ne la mentionne pas pour Ballon parce qu’elle n’existe pas, parce que le monastère de Ballon , au lieu d’être au bord de l’eau , se trouvait plus ou moins dans les terres à une notable distance de la rive de rOut (2). Voilà ce que nous apprend cet acte : la conclusion est d’une logique rigoureuse, et elle a son importance.
A 1500 mètres environ dans le Nord-Est du bourg de Bain, à plus d’une lieue Est du cours de l’Out existe aujourd’hui, au milieu de terrains qui au dernier siècle encore étaient de vastes landes, un village de quelque importance appelé la Bataille (3). Quelle bataille lui a imposé ce nom? Personne ne peut le dire; la tradition n’a retenu qu’une chose : là s’est livrée une grande et une très ancienne bataille, une bataille au-dessus de toutes les autres , la bataille par excellence : cette idée ne convient-elle pas parfaitement à la victoire de 845? à quelle autre peut-elle convenir? Voici donc comme les choses durent se passer. La grande victoire de Nominoê eut pour théâtre les vastes landes qui entouraient l’abbaye et s’appelaient alors — nécessairement — les landes de Ballon , mais qui en mémoire de ces grandes luttes furent appelées depuis lors landes de la Bataille. Ce nom reflua bientôt, si l’on peut dire, sur le monastère lui-même; le peuple, si amoureux des souvenirs de gloire militaire, se plut à l’appeler V abbaye de la Bataille plutôt que l’abbaye de Ballon, ce dernier nom tomba en désuétude, mais alors on savait bien de quelle bataille il s’agissait. Survint la fatale inondation normande, dans laquelle sombrèrent hélas! tant de nos traditions. Cette inondation ruina l’abbaye; elle ne put supprimer le nom de la Bataille dès lors attaché à ce lieu, mais rompant là aussi la tradition, elle effaça toutes les circonstances de l’événement, laissant seulement surnager le souvenir vague et nu d’une bataille exceptionnellement terrible. Les Normands expulsés, un village sorti des ruines de l’abbaye reprit ce nom et l’a porté jusqu’à nous, comme une énigme de notre vieille histoire proposée aux générations successives.
Des considérations qui précèdent sortent deux conclusions :
1® La bataille de 845 entre Nominoê et Charles le Chauve a été livrée en un lieu appelé Ballon, sur le territoire du plou de Bain près Redon ;
2® Ce lieu de Ballon est aujourd’hui représenté par le village dit de la Bataille.
La première de ces conclusions porte, à mon sens, le caractère de la certitude historique. Impossible de contester sérieusement que dans sa campagne de 845 Charles le Chauve eut pour objectif le lieu où il devait rencontrer Nominoê, c’est-à-dire le Vannetais oriental son séjour habituel, et subsidiairement — si Nominoê se dérobait — la ville de Vannes. Donc, comme je l’ai expliqué, il devait aller passer la Vilaine vers Langon, puis se diriger en ligne droite vers l’Out pour franchir ce second obstacle et marcTier
(1) L’acte^ parlant des témoins cités à l’enquête, dit : ■ Interrogati sunt omnes qui debebant accipero tclonoum de navibits in Balrit sive in Busal » (Cartul. de Redon, n" 106, p. 81). Il y avait donc, à Rusai comme à B.ilrit, un port où les navires pouvaient aborder; mais on no dit rien de pareil de Ballon.
(2) Selon quelques érudits, la prétention do l’abbayo de Ballon sur une portion dos tonlieus levés dans la rivière d’Out serait, à elle seule, une preuve décisive do la situation de Ballon sur le bord de ce cours d’eau. Cette conséquence n’est aucunement nécessaire. Pour motiver la prétention de Ballon, il suffisait que ce monastère eût quelques domaines baignés par l’Out , contre lesquels les moines pouvaient établir une écluse ou barrage à porte mobile permettant d’exiger un droit de passage , — voir ci-dessus p. 136.
(3) Voir la planche ii, ci-dessus p. 38.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
sur Vannes, dans le cas où il n’eût pas encore rencontré Nominoê. Il traversa donc nécessairement les territoires de Rannac (Renac) et de Bain. En Bain il y avait un lieu appelé Ballon, et c'est ce nom de Ballon que les chartes de Redon donnent à la bataille de 845 : comment douter qu’elle se soit livrée près du Ballon de Bain ?
Mais le Ballon de Bain était-il au lieu ou près du lieu actuellement occupé par le village dit de la Bataille 9 Ici ce n’est pas, comme tout à l’heure, une certitude; c’est seulement une conjecture, mais fondée sur deux arguments d’une grande force. D’abord le nom du village, qu’on ne sait comment expliquer si on ne l’explique pas ainsi, et ensuite sa situation parfaitement conforme à toutes les exigences historiques. Les Franks, après avoir franchi la Vilaine se dirigèrent nécessairement vers l’Out pour marcher ensuite sur Vannes; nécessairement aussi ils devaient aller passer cette rivière au-dessous des marais impraticables qui marquent son confluent avec l’AfT. Or une ligne droite, partant de Langon pour aboutir sur l’Out au-dessous de ce confluent, passe justement au village de la Bataille.
Je terminerai en répondant à quelques objections qui m’ont été opposées.
On dit : — Le Ballon de Bain était un monastère; les chartes de Redon disent que la bataille fut livrée in Ballon, c’est-à-dire « dans Ballon. » On ne peut livrer une bataille, surtout une bataille de cavalerie, dans un monastère; donc le Ballon de Bain n’est pas celui où fut livrée la bataille.
Réponse, — Le nom de Ballon ne s’appliquait pas seulement au monastère , mais au territoire environnant; aucune des chartes de Redon parlant de la bataille ne la place « in MONASTERio Ballon; » une d’entre elles dit au contraire « in loco qui vocalur Ballon (1). » Et, nous l’avons /lémontré plus haut (p. 180), le mot locus à cette époque désigne souvent en Bretagne un territoire fort étendu. Les autres chartes disent simplement in Ballon, par où elles entendent non le monastère mais le locus Ballon, c’est-à-dire le territoire à l’entour, où il y avait certainement, en plaines et landes, tout l’espace nécessaire pour une grande bataille de cavalerie.
2® On dit encore : Si la bataille s’était livrée à 1,500 mètres de Bain, c’est-à-dire en définitive très près de ce bourg, ~ Bain étant une localité plus importante que Ballon, cette journée se serait appelé non bataille de Ballon mais bataille de Bain.
Réponse, — Bain était une simple église paroissiale, et Ballon une abbaye; la prépondérance de l’une sur l’autre n’est nullement établie, la présomption serait plutôt en faveur de Ballon. D’ailleurs rien de moins réglé, rien de plus capricieux que les noms dont on baptise les batailles. Pour ce double motif, l’objection ne semble pas valable.
3® Rappelons enfin la difficulté tirée de la prétendue situation de Ballon au bord de rOut, situation qui n’aurait pas permis le déploiement de deux grandes armées ni surtout une bataille de cavalerie comme fut celle de Ballon.
Nous avons répondu à cette objection, à la page précédente note 2, et nous avons même montré plus haut (page 171) que, d’après le n® 106 du Cartulaire de Redon, le monastère de Ballon ne devait pas être au bord de l’Out.
Ces difficutés ne nous semblent pas de nature à ébranler notre thèse. Nous maintenons nos conclusions.
(1) Voir ci-dessus p. 468, n« IV.
SUR LA BATAILLE DE BALLON
§3. — Récit de la bataille de Ballon par Réginon,
Texte de Réginon.
Brîtones arma corripiunt, fines regni Francorum invadunt, Ligerira transeunt et usque Pictavis progrediunlur (1), cædibus, rapinis ac incendiis omnia depopulantes, oneratique ingenti prœda ad propria redeunt. Ad compescendam vero hujus præsumptionis insolentiam, Carolus cum magno exercitu Britanniara intravit, pugna committitur. Saxones, qui conducti fuerunt ad excipiendos velocium equorum anfractuosos recursus, in prima (ronte ponuntur. Sed primo impetu spiculis Britonum territi, in acie se recondunt.
Britones, more solito, hue illucque cum equis adhujuscemodi conflictum exercitatis discurrentes, modo confertam Francorum aciem impetunt ac tolis viribus in medio spicula torquent, nunc fugam simulantes, insequentium nihilominus pectoribus spicula figunt. Franci, qui quominus strictis gladiis (2) pugnare consueverant, attoniti stabant, novitate ante inexperti discriminis perculsi, nec ad insequendum idonei, nec in unum conglobati tuti.
Nox superveniens bellum diremit.
Multi ex Francis interfecti, quamplurimi vulnerati, innumerabiles equi perierunt.
Sequenti die, rursus pugna inchoatur, sed graviori infortunio finitur. Quod cernens Carolus nimio terrore dissolutus, nocte,
Traduction.
Les Bretons prennent les armes, violent les frontières du royaume des Franks et s’avancent jusqu’aux environs de Poitiers (1), semant partout le meurtre, le pillage , l’incendie , puis rentrent chez eux chargés d’un immense butin. Pour réprimer cette insolente audace, Charles le Chauve à la tête d’une grande armée entre en Bretagne et livre bataille aux Bretons. Les troupes saxonnes, que le roi avait soudoyées pour soutenir les attaques rapides et les retours à l’improviste de la cavalerie bretonne, sont placées en première ligne. Mais dès la première charge des Bretons et dès leur première volée de javelots, les Saxons vont se cacher derrière les autres troupes.
Les Bretons, selon leur coutume et montant des chevaux dressés à ce genre de combat, courent de côté et d’autre. Tantôt ils donnent impétueusement, avec toutes leurs forces, dans la masse serrée des bataillons franks et les criblent de leurs javelots ; tantôt ils font mine de fuir, et les ennemis lancés à leur poursuite n’en reçoivent pas moins leurs traits en pleine poitrine. Accoutumés à combattre de près lance contre lance (2), les Franks restent immobiles frappés d’étonnement, effrayés de ce nouveau péril qui leur était inconnu ; ils ne sont point équipés pour poursuivre ces troupes légères, et s’ils les attendent rangés en ligne serrée, ils n’ont contre leurs coups aucun abri.
La nuit interrompit la bataille. Les Franks avaient beaucoup de morts, un plus grand nombre de blessés, une foule énorme de chevaux hors de combat. Le jour suivant, la lutte recommence et s’achève pour les Franks par un désastre encore pire.
(1) L«8 Bretons n’allérent point Josqn’à Poitiers ; usqM Pictavis doit s'entendre ici des environs plus ou moins proches de cette ville.
(3) Strictis gladiis, mais gtadius à cette époque est plus souvent une lance qu’une épée.
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
inscio exercitu, clam aufugit, derelicto papilione, et tentoriis et orani regioapparatu.
Mane facto, cum exercitus fuga lapsum regem comperisset, nimia formidine repletur, nihilque aliud nisi de fuga meditatun Brilones cum clamore irruunt et castra Francorum omnibus divitiis referta invadunt, omnemque belli copiam capessunt, fugientia Francorum agmina insequuntur, obvios quosque aut ferro cædunt aut vivos capiunt ; reliquos fuga servavit. Ditati itaquc Britones opibus Francorum armisque instructi, in sua se recolligunt.
(Reginonis Chronicon, lib. II, dans Germanie. rerum IV vetuslior. chronogr., Francfort, 1566, f. 36 \o).
Écrasé par une immense terreur, le roi Charles s’enfuit au milieu de la nuit à l’insu de son armée, laissant là son pavillon, sa tente, tous ses ornements royaux.
Le lendemain matin, en apprenant la fuite du roi (1), Tarmée est prise de panique et ne songe qu’à Timiter. Les Bretons se jettent sur les Franks avec de grands cris, envahissent le camp tout plein de richesses et y font un grand butin. En même temps ils poursuivent les fuyards, tuent ou font prisonniers tous ceux qu’ils peuvent joindre ; les autres se sauvent à toutes jambes. Ainsi enrichis des dépouilles des Franks et mnnis de leurs armes, les Bretons rentrent danÿ leurs foyers.