‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 35 sur 392 · CHARLES LE CHAUVE VA COMBATTRE NOMINOE · texte numérisé non relu

CHARLES LE CHAUVE VA COMBATTRE NOMINOE

il marchait en effet sur ce pays avec une armée redoutable (1), pour réduire et châtier exemplairement Taudacieuse rébellion de Nominoê.

§4. — La victoire.

L’abbé Didon, parent du roi Charles, était sans doute avisé de l’approche de l’armée des Franks, c’est ce qui l’avait rendu si osé envers le chef breton ; mais celui-ci, ayant appris à son tour celte nouvelle aux environs d’Angers et s’étant replié aussitôt pour rentrer dans son pays, avait eu le temps en passant à donne de châtier le cousin de Charles.

Nominoê sentait bien que la partie suprême allait se jouer; que s’il la perdait la Bretagne était finie ; à tout prix il la fallait gagner et pour cela ne négliger aucune chance. En face de l’immense armée des Franks, Nominoê renonça à défendre la ligne de la Vilaine, et il alla s’adosser à TOut vers le confluent de cette rivière avec l’Aff, occupé par les marais perfides qui avaient jadis engouffré une bonne partie de l’armée de Beppolen (voir t. p. 448-449). Il y avait là, au Nord du bourg de Bain, un terrain commode pour une bataille, et si le sort tournait contre les Bretons, ils n’auraient qu’un pas à faire pour trouver dans ces marais une retraite inaccessible. Grâce à leur supériorité numérique, les Franks se croyant sûrs de la victoire marchèrent droit au lieu où se tenaient les Bretons. Ils durent passer la Vilaine vers Langon et se diriger par Renac vers Bain. Un peu avant ce dernier bourg, à 1,500 mètres environ dans le Nord-Est s’élevait un monastère de moyenne importance appelé Ballon, entouré de landes favorables aux manœuvres de la cavalerie. Là les Bretons attendaient les Franks ; là, dans les derniers jours de juin 846 (2), se livra la bataille, — la grande bataille de Ballon, nom à jamais mémorable dans l’histoire de Bretagne.

Les Bretons du IX® siècle se battaient beaucoup et n’écrivaient guère ; toute leur histoire politique et militaire, il la faut tirer des chroniqueurs franks, pleins pour eux de haine et de mépris, parlant le moins possible à l’avantage de leurs adversaires. Ici, par une rare fortune, nous avons sur ce grand événement de guerre des détails intéressants assez circonstanciés — non par le témoignage d’un Breton, hélas ! par celui, au contraire, d’un chroniqueur lointain, vivant sur les bords du Rhin, mais impartial et malgré son éloignement en position d’être bien renseigné (3).

(1) Pour atténuer, excuser on expliquer l'affreuse défaite de Charles le Chauve, les Annales de Saint-Bertin représentent son armée comme très peu nombreuse. « Karolus rex, Britanniam Galliæ cum panels minus caute agressus d etc. (D. Bouquet VU. p. 64). Mais Réginon, témoin véridique et désintéressé, dit formellement : « Ad compescendam hujus præsumptionis (Brittonum) insolentiam, Carolus cum magno exercitu Britanniam intravit. » (Reginon. Chron. édit, de 1666, f. 36 v®).

(2) Cette date sera établie aux Eclaircissements, dans la note Sur la bataille de Ballon. — Quant an théâtre de la bataille, voir la planche II ci-dessus, p. 38.

(3) Réginon, abbé de Prum au diocèse de Trêves. Cette abbaye avait en Bretagne au IX* siècle des possessions importantes (voir D. Morice, Preuves I, 314-316) ; les moines ou leurs agents établis dans ces domaines ont fourni à Réginon des renseignements très curieux, qu’on ne trouve point ailleurs et que nous aurons plus d'une fois occasion de citer, sur divers points de l’histoire de Bretagne du IX* siècle.

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