‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 36 sur 392 · GRANDE VICTOIRE DES BRETONS A BALLON · texte numérisé non relu

GRANDE VICTOIRE DES BRETONS A BALLON

Un vieux saint de Tîle de Bretagne, Teliau, réfugié au siècle dans notre péninsule, obtint de Dieu, dit sa légende, pour les Bretons de l’Armorique, en reconnaissance de leur bonne hospitalité, la grâce d’être toujours, à cheval, sept fois plus forts que leurs ennemis (1). Il paraît que cette vieille légende n’est point une fable, car, au dire des auteurs franks, l’usage constant des Bretons du IX® siècle était de combattre à cheval, montés sur ces petits bidets maigres et agiles, communs encore en Bretagne, dont le pied ferme et vif ne recule devant aucun obstacle et ne glisse point aux mauvais pas. Du dos de leurs légères montures ils lançaient sur l’ennemi, tout en restant à distance, une grêle de traits et de javelots, puis fuyaient dans toutes les directions ; les suivait-on, ils se retournaient bientôt, se reformaient par pelotons, revenaient à la charge et criblaient de dards l’ennemi débandé à leur poursuite. Ainsi firent-ils à Ballon. Charles le Chauve crut d’abord pouvoir leur opposer avec succès la grosse cavalerie saxonne ; au premier choc des Bretons, ayant reçu en plein leur grêle de javelots, elle fut obligée de céder et se cacha toute décimée derrière les bataillons franks. Ceux-ci restèrent dès lors exposés aux coups des Bretons. Les Franks, lourdement armés, habitués à combattre de près avec la hache et l’épée, ne savaient comment s’y prendre pour fuir ou pour esquiver un ennemi toujours voltigeant et insaisissable. S’ils demeuraient sans bouger rangés en bataille, leur masse offrait aux traits des Bretons une vaste cible, tous les coups portaient; s’ils se formaient en colonnes pour les repousser, l’escadron volant se dispersait sur leurs flancs et les harcelait sans relâche.

Après une journée de combats la nuit vint, les deux armées couchèrent l’une en face de l’autre. Les Franks purent compter leurs pertes, elles étaient immenses. Le lendemain, la bataille ayant duré de même jusqu’au soir, elles furent encore plus graves. Terrifié par ce désastre, Charles le Chauve perd le sens, quitte le camp pendant la nuit à l’insu des troupes, et s’enfuit à toute bride jusqu’au Mans. Le matin du troisième jour, la nouvelle de ce lâche départ vole parmi l’armée, qui elle-même épouvantée se met à battre en retraite. A peine les Bretons ont-ils aperçu ce mouvement, qu’ils se précipitent en jetant de grands cris sur le camp des Franks, le forcent, le pillent ; et ce fut un beau pillage, car le camp, dit Réginon (2), était plein d’objets précieux, et la tente royale avec tout le bagage du roi tomba aux mains de l’ennemi. Mais ce pillage n’empêcha point les Bretons de se jeter sur les tristes restes de l’armée vaincue et de les tailler en pièces, au point que la retraite ne fut bientôt qu’une déroute. Et enfin Nominoé, s’élançant avec ses meilleures bandes, continua la poursuite à travers les pays de Rennes, de Nantes, du Maine et de l’Anjou, jusqu’à la Mayenne (3).

(1) Voir notre tome I", p. 437-438.

(2) Dans notre note Sur la bataille de Ballon on trouvera le texte de Réginon contenant le récit de cette bataille.

(3) « Superatus est Karolus, multis Francorum millibus occisis. Nomenoius igitur valde superbus urbem Namneticam et Redonicam. ac etiam Andegavense territorium et Cenomanense nsque ad Meduànam invasit. » (Chron. Namnet. édit. Merlct, p. 32.) La Chronique de Nantes ajoute que Nominoé réunit ces territoires à ses états fin proprietate sua assumpsitj : pour Rennes et pour Nantes, aussi bien que pour l’Anjou et le Maine, c’est parfaitement inexact ; il s’agit seulement ici de ces courses ravageuses dont les divers partis en guerre infestaient trop fréquemment à cette époque le territoire de leurs ennemis.

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