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CHARLES LE CHAUVE FAIT LA PAIX

Cette bataille de Ballon n’était pas seulement pour les Franks une déroute, une défaite des plus sanglantes ; par toutes ses circonstances aggravantes c’était un désastre, un effondrement de la puissance du roi des Gaules. Aussi, dès qu’il fut un peu revenu de sa stupeur et de sa panique, Charles songea à prendre sa revanche. Il semble même s’êlre occupé de la préparer, dès 845, avec une certaine activité. Le 12 août 845, il était à Mayenne, — en Anjou, in villa Avegio, le !«'• octobre, — à Rennes le 19 octobre, — en Anjou encore, à Noyant [Noviente! le 21 (1). Évidemment, il s’efforçait d’organiser dans ces provinces la défense locale contre les incursions bretonnes. Mais il était déjà trop tard, au 19 octobre, pour amener une armée franke en Bretagne, cette campagne fut remise à l’année suivante. En attendant, durant 845 et les premiers mois de 846, les allées et venues de Charles le Chauve n’arrêtèrent point les courses des Bretons dans les provinces gallo-frankes voisines de leure frontières.

En l’an 846, le roi des Gaules tint une assemblée à Epernai près Reims, au mois de juin. Ensuite il partit pour la Bretagne avec son armée. Chemin faisant, sa terreur de Ballon lui revint au cœur ; au lieu de faire la guerre, il fit la paix (2) ; il reconnut l’indépendance des Bretons et Nominoë pour leur souverain sous le titre de duc, peut-être même de roi, que les chroniqueurs franks lui donnent parfois depuis ce traité.

Cette paix eut une autre suite. Les intrigues d’Actard avaient réussi à brouiller tout à fait Lantbert et Nominoë. En 845 Lantbert ne parut ni à Ballon ni ailleurs comme auxiliaire des Bretons ; d’autre part, Nominoë après Ballon semble avoir très peu ménagé le pays nantais dont Lantbert était comte. Une hostilité ouverte pouvait donc un jour ou l’autre éclater entre les deux anciens amis, surtout s’ils demeuraient voisins immédiats l’un de l’autre. Nominoë, prévoyant quel ennemi redoutable il aurait dans ce cas eu Lantbert, demanda à Charles le Chauve d’ôter à celui-ci le comté de Nantes, sauf à lui donner ailleurs, plus loin de la frontière bretonne, un autre emploi (3). Charles y consentit. Lantbert, remplacé à Nantes par un personnage nommé Amauri, devint comte d’Angers et chef d’un duché ou commandement militaire assez étendu entre la Loire et la Seine (4).

(1) Voir les diplômes de Charles le Chauve n»» liv, lv, lvii, lviii, lix, dans D. Bouquet VIII, p. 478, 480, 481.

(2) A. 846. « Karolus a'pud villam S. Remigii, Sparnacum nomine, contra morem conventum

populi sui generalem mense Junio habnit . Inde partes Britanniæ Karolus cum exercitu petens,

pacem cum Nomenogio duce Brittonum, inter\'enientibus hinc et abinde sacramentis, paciscitur. » {Annal. Bertinian. dans D. Bouquet VII, p. 64.)

(3) Dans une lettre adressée en 850 à Nominoë qui venait de renouer alliance avec Lantbert contre Charles le Chauve, les évêques de la Gaule fraqke lui disent : a Landbertum amator pacis dominus noster rex, etiam ad tiiam suasionem, removerat a finibus tais et aliis honoribns decoraverat, et nunc eum rebellare conantem velut in gremium recepisti. » D. Bouquet VII, p. 504, D. Morice Preuves I, 292.) On a souvent attribué cette lettre à l’an 849, mais à tort, car c’est seulement en 850 que se renoua cette alliance entre Nominoë et Lantbert dont il est question ici.

(4) Régiuon, sous la date de 860 (lisez 850), dit : « Lambertus qui ducatum tenebat inter Sequanam et Ligerim » (édit. 1566, f. 36). — La dignité de comte d’Angers attribuée à Lantbert résulte d’une charte de lui de l’an 846, où il prend tout à la fois le titre de comte f cornes) et la qualité de « recteur » ou abbé séculier de l’abbaye de Saint-Aubin d’Angers (congregaiionis S. Albini rectorj, qualité qui ne pouvait lui incomber qu’à titre de comte d’Angers. Voir René Merlet, Guerres d^indépendance de la Bretagne, dans la Revue de Bretagne de 1891, 2* semestre, p. 11-12 et 100-102; cf. D. Morice Preuves I, 279.

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ET RECONNAIT l’iNDÉPENDANCE DE LA BRETAGNE.

La partie essentielle et la plus urgente de l’œuvre de Nominoë était accomplie : la Bretagne avait rejeté le joug des Franks, les Franks eux-mêmes reconnaissaient son indépendance. Cette Bretagne indépendante de 846 comprenait tout le territoire commis par Louis le Débonnaire au gouvernement de Nominoë, c’est-à-dire, le Léon, la Domnonée, la Cornouaille, le Bro-Weroc, comme ils existaient au VI® siècle, et de plus le Vannetais gallo-frank de Vannes à la Vilaine — mais rien de plus. Ni Rennes, ni Nantes, ni les diocèses et comtés dépendant de ces deux villes n’en faisaient partie.

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