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SE DÉMETTENT DE LEURS SIÈGES

sur son siège par un autre titulaire. Ainsi battus et couverts de honte, les évêques simoniaques quittèrent Rome pour retourner en Bretagne (1).

Convoion resta à Rome après eux pour remplir les deux autres points de sa mission, dans lesquels il réussit très bien. Le pape lui remit le corps de S. Marcellin, martyr, 29*" successeur de saint Pierre (2), dont il fit don à Nominoë ; et ayant reconnu ce prince pour chef souverain des Bretons sous le titre de duc, il l’autorisa à porter une couronne d’or (3).

Convoion ne revint en Bretagne qu’au commencement de l’année suivante 848. Quand il arriva en vue de Redon avec le corps de S. Marcellin, Nominoë et les principaux seigneurs bretons allèrent au devant du saint martyr et portèrent eux-mêmes sa châsse jusque dans l’église de Redon, où elle fut installée solennellement. Cette cérémonie eut lieu un dimanche de février de l’an 848 (4).

Après le départ de Convoion, le pape travaillé par les agents de Charles le Chauve, envoya aux évêques de Bretagne une lettre qui mit Nominoë en grand embarras. Léon IV, tout en maintenant sa condamnation contre les simoniaques, ajoutait qu’un évêque ne peut être jugé, condamné, déposé que par un tribunal composé au moins de douze de ses collègues : tribunal évidemment impossible à former contre les simoniaques de Bretagne si coupables qu’ils fussent, car tes ^ évêques franks leurs congénères ne se prêteraient jamais à leur condamnation. Les simoniaques se croyaient sauvés; ils connaissaient mal Nominoë et sa ténacité sans pareille dans l’exécution de ses desseins. Il convoqua une grande assemblée au château de Coët-louh, aujourd’hui Coëtleu près de Saint-Congar, sur la rive droite de l’Out, à mi-chemin environ entre Redon et Vannes (5); il y avait là des prêtres et des laïques, des abbés, des évêques, des tierns, des comtes, tous les principaux personnages de la Bretagne. Les prélats simoniaques furent cités, amenés devant eux. Quand ils parurent toute l’assemblée éclata d’indignation, de tous côtés partirent les cris :

— Vous n’êtes plus dignes d’être évêques, avouez vos fautes et démettez- vous !

Effrayés de cette explosion et noyés de honte, les malheureux avouèrent tout, déposèrent leurs anneaux et leurs crosses, insignes de l’épiscopat, et s’en allèrent chercher asile près de Charles le Chauve (6).

(1) Tel est le récit contemporain et très véridique des Gesta SS. Roton. II, 10, édit. Mabill. p. 213; D. Morice Pr. I, 253.

(2) S. Marcellin, pape de l’an 296 à l’an 304.

(3) c Léo papa Nomenoio concessit ut dux super populum Britanniœ fieret, et circulum aureum in festis diebus deferret. » (Chron, Namnet. cap. 10, édit. Merlet p. 36. Cf. Le Baud, Hist. de Bret, p. 107, et D. Morice Pr. I, col. 140.)

(4) Voir Cartul. de Redon, p. 88, n® 115.

(5) 11 y a en Bretagne d’autres localités portant le nom de Coêtlouch, Coêtlou, Coétleu. mais aucune dans une situation aussi favorable pour une assemblée de ce genre, à 32 kilomètres de Vannes la capitale de Nominoë, et à 22 kilomètres de Redon résidence de Convoion, l’un et l’autre très mêlés à cette affaire. En outre, le village de Coétleu en S‘-Congar (Coétleu de bas surtout, car il 5^ a, très prés Tu n de l'autre, Coétleu de bas et Coétleu de haut) ce village porte des traces d’une haute antiquité dans ses constructions ; on y a rencontré beaucoup de briques romaines (voir Rosenzwcig,iîcpcrtoire archéol. du Morbihan, col. 215) et en outre deux lignes parallèles de murailles fort anciennes de style barbare, de 3 mètres d’épaisseur, à 20 mètres Tune de l’autre, débris d’une importante construction de l’époque primitive du moyen-âge (voir Bulletin de la Société archéologique du Morbihan, année 1858, p. 71-73, mémoire du docteur Fouquet). C’est évidemment là qu’il faut placer le Coitlouh de Nominoé.

(6) Voir Chron. Namnet. cap. 11, édit. Merlet, p. 37-38 et ci-dessous lettre de Nicolas au roi Salomon.

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