NOMINOE COURONNÉ DANS LA CATHÉDRALE DE DOL
évêques, exerçant les fonctions épiscopales seulement dans leur monastère-chef et dans les petits monastères, églises et domaines qui en dépendaient, — leur juridiction épiscopale s’élargissant ou se rétrécissant selon que les dépendances de Tabbaye-mère croissaient ou décroissaient. En 848, pour obéir, ce semble, aux prescriptions du Pape Léon IV (1), on attribua à chacun de ces prélats un diocèse à territoire continu et à limites fixes, et depuis lors ils prirent le titre d’évêque de Tréguer et d’évêque de Saint-Brieuc — ce dernier nom ayant dès lors remplacé la primitive dénomination de Champ du Rouvre (voir t. !•*■, p. 303-304).
En quoi consista la cérémonie du couronnement?
Selon la Chronique de Nantes, Nominoë « se fit abusivement sacrer roi. » Le Baud dit aussi qu’il fut oint et sacré (2). Ainsi le chef breton se fit conférer l’onction sainte par l’archevêque de Dol et imposer sur la tête la couronne ou cercle d’or dont le pape lui avait concédé le privilège. — Je ne crois pas (je l’ai déjà dit) que Nominoë ait pris le titre de roi ; aucune des chartes de Redon ne le lui attribue. Le plus souvent, on lui donne celui de duc; c duc des Bretons, duc en Bretagne, duc de toute la Bretagne (3) > — et encore : < prince en Bretagne, prince de toute la Bretagne (4) d — et une fois seulement on l’appelle c comte dans toute la Bretagne (5). » Notez le soin avec lequel on indique partout qu’il exerce son autorité sur toute la Bretagne : énergique affirmation de l’unité politique et nationale des Bretons, et preuve que cette idée d’union règne maintenant dans tous les cœurs.
Selon la Chronique de Nantes, Nominoë aurait invité l’évêque Actard à assister à son couronnement, et ce prélat ayant refusé de s’y rendre eût été, en punition, chassé de son siège. Mais en 848 Nominoë ne possédait pas Nantes et ne pouvait rien sur Actard. L’invitation soi-disant adressée à cet évêque aurait été une bravade sans résultat, indigne du caractère de Nominoë. Possible d’ailleurs que ce très militant prélat ait protesté publiquement en 848 contre le sacre du chef breton, qui plus tard, quand il prit Nantes en 850 comme nous le verrons tout à l’heure, s’en sera souvenu et aura fait revivre ce grief.
Quoi qu’il en soit , le couronnement solennel de Nominoë dans la cathédrale de Dol, c’est la consécration par l’Église de l’indépendance et de la monarchie bretonne. L’unité du commandement et de la souveraineté est désormais assurée chez les Bretons.
Pendant les trois années employées laborieusement par Nominë à nettoyer la Bretagne des agents politiques ou politico-ecclésiastiques de Charles le Chauve
(1) La lettre de Leon IV aux évêques de Bretagne contient cette clause : « Regenda est unaquæque parochia (chaque diocèse) sub provisione ac tuitione episcopi per sacerdotes vel cœteros clericos, quos ipsc cum Dei timoré prœviderit, cuijure pertinere uidetur. (D. Morice, Preuves I, 290). Cette clause, où le nom des moines ne parait même pas, est dirigée évidemment contre Tinstitution des abbésévêques qui devaient être nécessairement accusés, par les prélats franks imposés à la Bretagne, d’empiéter sur leur autorité en se taillant dans leur diocèse d autres petits diocèses. — Voir d’ailleurs, aux Eclaircissements, la note sur les affaires ecclésiastiques de Bretagne au temps de Nominoë.
(2) t Apud monasterium Doli se regem irreverenter ungere fecit. » {Chron. Namn. cap. 11, édit. Merlet, p. 39); cf. D. Morice Pr. I, 140, et Le Baud, p. 109.
(3) Nominoë dux Brittonum, Cartul. de Redon, n® 41, p. 33; — dux in Britannia, Ibid, n® 264 p. 214; Append. n®* 17, 21, 22, 25, p. 361 et 362; — dux totius Britanniœ, Ibid, n® 251, p. 202-203.
(4) Nominoë principe in Britannia, Ibid, n® 180, p. 140; Append. n® 27, p. 363; — principe totius Britanniœ, Ibid, n® 97, p. 74.
(5) Nominoë cornes in tota Britannia, Ibid, n® 249, p. 201.