‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 45 sur 392 · ANNEXE A LA BRETAGNE LA MARCHE FRANKO-BRETONNE · texte numérisé non relu

ANNEXE A LA BRETAGNE LA MARCHE FRANKO-BRETONNE

colonies, dont la principale — nommée par eux Wen-Ran ou Gwen-Ran (Blanche-Part, c’est-à-dire blanche région) à cause des muions de sel blanc qui couvraient le sol — finit par faire donner à tout ce canton le nom de pays ou presqu’île de Gwen-Ran, c’est-à-dire de Guérande. A la suite de la victoire de Ballon et du rétablissement de l’indépendance bretonne, ces Bretons de Guérande, bien qu’émigrés dans un coin du pays de Nantes, se regardèrent comme aussi indépendants que leurs frères établis sur la rive droite de la Vilaine; partant de là, ils prirent en haine — une haine invincible — Tardent fauteur de la politique franke dans cette contrée, le bouillant Actard, et le reniant absolument comme évêque, ils adoptèrent pour pasteur un personnage venu du pays de Vannes, muni régulièrement (on ne sait en quelles circonstances) de Tonction épiscopale, et qui, malgré son nom passablement germanique de Gislard, était ou se montrait ardent Breton. De 846 à 850, Gislard n’étendit point sa juridiction hors du blanc pays de Wen-Ran. Mais Nominoë devenu maitre de Nantes en 850, n’y pouvant laisser Actard son ennemi politique hautement déclaré, appela pour Ty remplacer Gislard : inspiration assez malheureuse, qui n’eut pas, nous le verrons, un grand succès (1).

Cela fait, Nantes ayant d’ailleurs subi, comme Rennes, l’enlèvement de ses portes, la destruction partielle de ses murs (2), Nominoë et Lantbert prennent leur course vers le Nord; sans traverser l’Anjou (3), ils dirigent leur marche sur le Maine et pénètrent jusqu’au Mans, ravageant furieusement toute cette province, désarmant toute la population et se saisissant des principaux personnages pour en tirer rançon. Chargés de butin et suivis de leurs prisonniers, ils rentrent en Bretagne, non sans avoir laissé dans Rennes et dans Nantes, dont les murs furent relevés, des troupes chargées d’assurer la soumission à Nominoë de ces deux villes et des territoires qui en dépendaient. L’année 850 est donc celle qui réunit à la Bretagne bretonnante la Marche franko-bretonne, c’est-àdire la Haute-Bretagne d’aujourd’hui.

A ces hardies entreprises de Nominoë quelle résistance opposait le roi Charles? Aucune. On n’a jamais vu chez un monarque puissant, parlant superbement de sa puissance et de ses droits, un tel abattement, une telle lâcheté. Tout ce que ce

(1) « Sicque Actardo a sede sua dejecto, Nomenoius, eligens Gislardum ex urbe Venetensi progenitum, in urbe Namnetica constituit pscudo-episcopum. Rexit autem usurpative Namneticam ecclesiam quinque annis usque ad obitum Nomenoii. » (Chron. Namnet. cap. 12, édit. Merlet, p. 41.) Nominoë étant mort en 851 , Gislard ne fut qu’un an résidant à Nantes ; mais la durée de cinq ans , assignée à son épiscopat par la Chronique de Nantes, doit reposer snr un fond vrai et s’explique facilement en admettant qu’il avait été depuis 846 reconnu pour évêque par les Bretons de Guérande.

(2) « An. 850, Caroius Calvus Britannias tertia vice cum magno exercitu petit. Nomenoius Redonas et Namnetas capiens , partem murorum portasque earum destruxit. » (Chron. Engolism. et Chron. Aquitan. dans D. Bouquet Vil, p. 222 et 223; Chron. Normann. seu Britann. dans D. Morice Preu nés 1, col. 150).

(3) « Ipsis diebus, Amalricus cornes et alii plures a Nomenoio duce Brittonum et Lantberto tyranno in Namnetis urbe capiuntur. Indeque ad Cinomannis cum indicibili furia pervenerunt, Lantberto t3rranno proditore bœc coopérante. Seniores vero capti in Britanniam directi sunt , reiiquis populis inermibus reversis. » (Chron. Fonlanell. dans D. Bouquet VII, p. 42.) C’est là la fin de la campagne de Nominoë en 850; M. René Merlet s’est donc mépris en croyant que Nominoë, en 850, après avoir pris Nantes s’était jeté sur l’Anjou (Guerres d*indép. de la Bret. dans la Revue de Bretagne, 1891, 2« semestre, p. 14 et 96). Cette assertion ne me semble pas fondée, car aucune chronique, aucun document n’indique la présence de Nominoë en Anjou à une date quelconque de l’an et l’on peut fort bien aller de Nantes dans le Maine sans passer par l’Anjou.

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