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LE GÉNIE DE NOMINOE

§ 3. — La gloire de Nominoë.

Il faut s’arrêter devant cette figure.

Nos vieux saints du VI® siècle avaient fondé le peuple breton du continent ; sans eux les émigrés venus de la Grande-Bretagne ne seraient jamais parvenus à s’implanter solidement sur le sol armoricain (voir t. p. 528-530). Mais ce peuple restait divisé, coupé en tronçons, en nombre de tribus et de principautés, qui allaient s’émiettant de plus en plus et devaient forcément, avec le temps, se trouver absorbées par la grande monarchie carolingienne dont l’énorme envergure, la serre puissante, les pressait et les enveloppait de toute part.

De ce peuple sans cohésion, éparpillé, prêt à tomber en poussière, Nominoê, par l’unité de commandement et la création de la monarchie bretonne, fit un corps unique, un faisceau solidement lié, une nation organisée, avec un seul cœur et une seule tête, capable de combiner un effort puissant et unanime pour défendre contre toute attaque sa vie et sa liberté.

Les vieux saints avaient fondé le peuple breton : Nominoé l’a constitué en ‘ nation, assurant ainsi pour de longs siècles son existence, son indépendance, la persistance et le développement de son génie et de son caractère national. Sans lui, sous les coups redoublés des Carolingiens, puis des Normands, la Bretagne continentale eût sombré, disparu aux IX® et X® siècles, comme disparurent vers la même époque dans l’île de Bretagne les Bretons du Strat-Cluyd et du Cornwall.

Voilà le service que Nominoê a rendu à la Bretagne, aux Bretons de tous les temps; car si nous-mêmes aujourd’hui pouvons nous parer de ce nom, c’est à lui que nous le devons ; sans lui depuis bien longtemps il n’y aurait plus de Bretagne ni de Bretons.

Quand on regarde aux moyens qu’il a mis en œuvre, on ne sait ce qu’on doit le plus admirer, ou la longue et difficile mais très efficace préparation menée par lui avec une habileté et une patience sans pareilles, — ou l’exécution rapide, résolue, foudroyante.

Quinze ans de préparation (826 à 841), puis l’exécution enlevée en quatre campagnes (843, 844, 845, 850)) ou pour mieux dire d’un seul coup dans la prodigieuse bataille de Ballon, — où l’on voit Nominoê, après avoir refait à loisir la force de la Bretagne, la tenant tout entière dans sa main, la lancer d’un bras puissant, comme une avalanche, sur l’immense armée royale, qui après deux jours de grande bataille est disloquée, massacrée, effondrée, anéantie, désastre honteux, irréparable ! pendant que le puissant roi s’enfuit comme un lièvre et n’osera plus de toute sa vie regarder en face Nominoê.

Ce qui est plus remarquable encore peut-être, c’est l’enchaînement logique des actes et des pensées, des desseins et des exploits de ce grand homme. On y reconnaît cette unité puissante et forte, caractère des génies de premier ordre. Ce qu’il a voulu dès l’abord il l’a exécuté jusqu’à la fin, et de même il n’a rien exécuté que ce qu’il avait voulu. Après Dieu, le génie seul sait maîtriser à ce point les circonstances et plier ainsi les faits extérieurs à son vouloir. Il a voulu la Bretagne indépendante, il l’a faite indépendante ; il a voulu fonder sur une

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