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CONQUÊTE DE LA BRETAGNE

cette année-là le 23 avril, il y envoya c son armée i ayant à sa tête un chef éprouvé, un des officiers de sa maison, le sénéchal Audulf, auquel il donna dans la circonstance le titre et le pouvoir de missus, c’est-à-dire de délégué exprès du roi. Audulf et son armée, selon les chroniques, c soumirent beaucoup de Bretons » avec leurs châteaux et leurs forteresses défendus par des marais ou par des 9 rocs escarpés. Et après leur succès, ils vinrent à l’assemblée de Worms présenter 9 au seigneur roi les chefs (capiianeosj des Bretons (1). 9

Le résultat le plus clair de cette nouvelle expédition fut de réimposer aux Bretons le paiement du tribut. Ce tribut, regardé par les Bretons comme une marque de servitude, leur était tellement odieux qu’ils ne tardèrent pas à l’abjurer; une douzaine d’années plus tard ils ne le payaient plus du tout et avaient repris leur entière indépendance. En l’an 799, il fallut de nouveau faire contre eux une campagne en règle. Cette fois, ce ne fut pas l’armée royale qui marcha. Le comte Wido, préfet de la Marche bretonne, fit appel à tous les comtes placés sous son commandement, d’abord à ceux de Vannes, de Rennes et de Nantes, peut-être aussi à ceux d’Angers et du Mans. Les trois premiers, en hostilités fréquentes avec les Bretons et qui les avaient souvent attaqués ou poursuivis sur leur propre territoire, connaissaient mieux que personne leur pays et leurs mœurs et étaient plus aptes que les autres chefs franks à faire une telle guerre. Les chroniqueurs contemporains disent de cette campagne :

c En l’an 799, le comte Wido, qui commandait dans la Marche bretonne,

9 envahit la Bretagne de concert avec les comtes placés sous ses ordres, la 9 parcourut tout entière, et reçut la soumission de ce pays. Le roi étant revenu de 9 Saxe, Wido lui présenta les armes des chefs bretons qui s’étaient soumis ; sur 9 les armes de chacun d’eux était inscrit son nom , et chacun par cette remise 9 entendait livrer au roi soi, sa terre et son peuple. Ainsi toute la province de 9 Bretagne fut conquise par les Fianks, ce qui jusque-là ne s'était Jamais vu (2). 9 Cette déclaration finale, émanée des Franks eux-mêmes, met à néant la prétendue conquête de la Bretagne attribuée à Pépin le Bref (voir tome I, p. 505). Mais il y a là quelque chose de plus curieux : c’est le mode de soumission des chefs bretons. La forme (le nom inscrit sur les armes) est intéressante ; mais le fond surtout est important : nous y voyons s’accuser nettement l’émiettement des Bretons en dominations minuscules, en principautés microscopiques. Les chroniqueurs n’en disent pas le nombre, depuis la mort de Judicaël il avait dû s’accroître par le morcellement de la Domnonée. Et nous voyons ici bien clairement l’absence d’union et de solidarité nationale entre ces petits chefs ; chacun d’eux fait sa soumission séparément, après avoir aussi sans aucun doute résisté

(1) « 786. Misit exercitum suum rex partibus Britanniæ una cum misso suo Audulfo, siniscallo, et inibi multos Brittones conquisierunt una cum multis castellis et firmitatibus eoiiim, in locis palustribus et incesis. Et pravaluerunt Franc!, et capitantos eomm ad synodum præsentaverunt domno régi ad Vurmatiam. » {Annal. Francor. Tilian. et Loisel, dans D. Bouquet, Ibid., V, p. 21 et 44).

(2) < An. 799. Wido cornes, qui in Marca Britanniæ præsidebat, una cum sociis comitibus Britanniam ingressus totamque perlustrans in deditionem accepit ; et régi de Saxonia reverso arma ducum qui se dediderant, inscriptis singulorum nominibus, præsentavit : nam his se et terram et populum unusqnisqne illorum tradidit. Et tota Britannorum provincia, quod nunquam antea a Francis fuerat, a Francis subjugata est. » (Annal. Francor. Loisel. dans D. Bouquet, Ibid. V, p. 52; cf. Annal. Eginhardi, eod. anno, Ibid. V, 214).

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