LE TRIBUT DE NOMINOË
L’herbe d'or est fauchée ; il a bruiné tout à coup. — Bataille !
— a II bruine, disait le grand chef de famille du sommet des montagnes d'Arez ; il bruine depuis trois semaines, de plus en plus, de plus en plus, du côté du pays des Franks, si bien que je ne puis en aucune façon voir mon fils revenir vers moi... Bon marchand, qui cours le pays, sais-tu des nouvelles de mon fils Karo ?
— « Peut-être vieux père d’Arez ; mais comment est-il, et que fait-il ? »
— « C’est un homme de sens et de cœur ; c’est lui qui est allé conduire les chariots à Rennes... conduire à Rennes les chariots traînés par des chevaux attelés trois par trois, lesquels portent sans fraude le tribut de Bretagne, divisé entre eux »
— « Si votre fils est le porteur du tribut, c'est en vain que vous l'attendrez.
(1) M. de la Villemarqué convenait volontiers d’avoir retouché plusieurs des chants populaires publiés par lui, et qui souvent n’offraient que des fragments mal liés entre eux. Procédé qui a des inconvénients au point de vue scientifique, beaucoup plus qu’au point de vue littéraire. Mais M. de la Villemarqué niait énergiquement avoir inventé aucun des chants du Barzaz-Breiz, Déclaration très suffisante par elle-même, confirmée, en tant que besoin, par le témoignage très compétent de M. Guillaume Lejean, qui dans son ouvrage La Bretagne, son histoire et ses historiens (p. 164) écrivait en 1850, à propos du recueil de chants populaires de M. de la Villemarqué : « Collecteur » moi-même des épis échappés à ce rude moissonneur (La Villemarqué), je puis témoigner perti- » nemment de la fidélité de ses transcriptions et réclamer contre plusieurs critiques qui s’obstinent » à l’appeler le Maepherson de la Basse-Bretagne. » Le point le plus délicat dans les chants populaires bretons, ce sont les noms propres d’habitude fort altérés et dont la restitution reste souvent assez douteuse. Dans la version populaire du chant de Nominoë recueillie directement par M. de la Villemarqué, je tiens de lui-même que le nom attribué au héros était Navinéou ou Navinou. Par suite de la mutation de l’/n en v, fréquente dans les noms bretons (exemple Morman, Morvan), Navinéou c’est Naminéou, et l’assimilation de cette forme populaire à la forme historique Nominoiou ou Nominoë est très légitime.