‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 54 sur 392 · RENOUVELLE LE TRIOMPHE DE BALLON · texte numérisé non relu

RENOUVELLE LE TRIOMPHE DE BALLON

TAisne (1) une assemblée, où Ton décida de faire en Bretagne une grande expédition. Une armée immense fut dirigée vers TOuest à marches forcées, dans l’espoir de surprendre les Bretons accablés de la perte de leur héros. Dès le 16 août 851 , Charles le Chauve qui commandait cette armée se trouvait à Gaverdolium (aujourd’hui Juvardeil), lieu situé sur la rive droite de la Sarthe à 21 kilomètres au Nord d’Angers (2).

Erispoë ne se laissa pas surprendre. Dès qu’il apprit la marche de l’armée franke, il publia le ban de guerre, appela tous les Bretons à la défense du pays et leur indiqua un point de concentration à l’Est de la Vilaine (3), dans le Nord du pays nantais, d’où l’armée bretonne s’avançant vers la frontière d’Anjou ne tarda pas à entrer dans cette province. L’armée royale de son côté marchant rapidement vers les Bretons, les deux partis se heurtèrent bientôt l’un contre l’autre, et la bataille se livra le 22 août 851, six jours après celui où le roi Charles se trouvait à Gaverdolium, probablement à sept ou huit lieues plus loin vers l’Ouest (4). La supériorité numérique des Franks était écrasante. Erispoê digne fils de Nominoë employa pour démolir cette armée la même tactique que son illustre père à Ballon : on vit là de nouveau la cavalerie bretonne avec ses fuites simulées, entraînant à sa poursuite les troupes frankes débandées, livrant leurs rangs ouverts aux attaques de l’infanterie et consommant leur défaite par des retours offensifs. Le résultat fut le même : une boucherie des Franks, une véritable hécatombe de nobles, de comtes, de ducs, des chefs les plus renommés, entre autres, Hilmerade comte du palais, Gauzbert le jeune (5), le duc Vivien abbé laïque de Saint-Martin de Tours et d’une douzaine d’autres monastères, fier des richesses volées à l’Église, etc. Les Franks, tant leur déroute fut complète, laissèrent sur le champ de bataille, sans pouvoir les enterrer ni les emporter, leurs morts les plus illustres qui devinrent la proie des fauves. Le roi lui- même fut en grand danger et se sauva au galop, non sans peine, jusqu’à Angers (6).

(1) An. 851 c ... Isto anno, rex Carolus placitum in Rauziaco tcnuit. Inde in Britanniam iter suum indixit. » fChron. Fontanell. dans D. Bouquet VH, p. 42). Rauziacus, Rouci, auj. com®® du c»«“ de Neuchâtel sur Aisne, arr. de Laon, Aisne.

(2) Diplôme de Charles le Chauve du 16 août 851 : « Actum in villa Gaverdolio » (D. Bouquet, Rec. des hist. de France, VIII, p. 518). Juvardeil, auj. com®® du de Châteauneuf sur Sarthe, arrond. de Segré (Maine-et-Loire).

(3) « Karolus rex commovit universum exercitum suum ; putabat enim quia posset universam Britanniam armis capere, et strages et sectas hominum facere, et totam provinciam in sua dominatione perducere. At ubi Erispoë, qui tune Britanniam regebat, hœc omnia audivit, jussit et ipse e.xercitum suum præparari, et mandavit ut omnes parati essent et prœirent eum (Karolum) ultra Visnoniæ fluvium. Statim Brittones cuncti à sedibus suis surrexerunt » (Gesta SS. Roton, 1, 8, éd. Mabill. p. 199 ; D. Morice Pr. I, 239). Suit le curieux épisode de Risweten et Tredoc, dont on peut voir le récit dans notre tome I®', p. 290.

(4) Aux environs de la situation actuelle de Segré. Le peu de jours écoulés, entre le séjour du roi à Juvardeil et la bataille, doit faire croire qu’elle se livra en Anjou ; toutefois Réginon dit : « Carolus cum immenso exercitu fines Brittonum intravit. » Mais fines Brittonum désigne les marches de Bretagne, dont l’Anjou faisait partie, plutôt que la Bretagne elle-même.

(5) « Commisse cum Brittonibus bello fugaci more suorum, plurimi Franci perierunt, nobiles, comités et duces, scu reliqua manus, inter quos Gausbertus juvenis, Hilmeradus cornes palatii, et alii quamplures ; multiquc capti. » (Chron. Fontanell. anno 851, dans D. Bouquet VII, p. 43). La date (xi Kal. Sept.) est donnée par Chronic. Aquitanic. (D. Bouquet VII, 223), Chron. Normann. seu Britann. (D. Morice Pr. I, 150).

(6) Ces derniers détails sont fournis par les Révélations d’Audrade le Petit, moine de Sens, pamphlet politico-religieux composé, croit-on, en 853 sur les événements contemporains. Voir D. Bouquet, Rec. des hist. de Fr. Vli, p. 290.

l’œuvre de nominoe acceptée par les franks.

Cette seconde édition de la bataille de Ballon produisit sur le roi Chauve non moins d’effet que la première et le détermina immédiatement à cesser la lutte. Il fit mander sur le champ Erispoê à Angers pour faire la paix ; en voici les conditions.

Charles le Chauve reconnut à Erispoé le droit de porter les ornements royaux, le sceptre et la couronne, c’est-à-dire qu’il reconnut formellement la royauté bretonne indépendante s’étendant sur toute la Bretagne de l’époque mérovingienne, de l’embouchure de la Vilaine à celle du Coêsnon, y compris par conséquent le Vannetais oriental. Erispoê exigea en outre la cession formelle des dernières conquêtes de Nominoë, comté de Rennes, comté de Nantes et pays de Retz (1), c’est-à-dire de tout ce qui avait formé jusqu’alors la Marche franko-bretonne. Comme cette Marche , bien que passée de fait depuis 850 sous le pouvoir des princes bretons, dépendait encore en droit du royaume gallo-frank, Charles le Chauve voulut que, pour cette partie de ses états, Erispoê se reconnût le fidèle du roi des Gaules en mettant ses mains dans les siennes (2) : vain cérémonial, auquel le Breton se prêta aisément, et en retour duquel il obtint peu après, comme nous le verrous, un important accroissement de territoire.

(1) Le pays de Retz (pagus RatensUJ dont il s'agit ici répond à peu près à la partie du département actuel de la Loire-Inférieure située ap sud de la Loire.

(2) « Anuo 851. Nomenoius Britto moritur... Respogius, filius Nomenogii, ad Carolum veniens, in urbe Andegavorum datU manibus suscipitur, et tam regalibus indumentis quam paternœ potestatis ditione donatur, additis insuper ei Redonibus, Nannetis et Ratense. > (Annal. Berlin, dans Du Chesne, Histor. Francor. Scriplor. III, p. 204 , 206.)

Page 1