‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 56 sur 392 · AMBITION INQUIÉTANTE DU PRINCE SALOMON · texte numérisé non relu

AMBITION INQUIÉTANTE DU PRINCE SALOMON

B toute la Bretagne (1), b — et enfin un de ses actes débute ainsi ; « Au nom de la sainte et indivisible Trinité et de la Divinité unique, Erispoë roi de la nation B bretonne (2). b Dans tous les diplômes d’importance le prince parle, agit entouré de sa femme Marmohec, de son fils Conan, de son cousin Salomon, de tous les évêques, de tous les principaux seigneurs de Bretagne ; il affecte d’employer les amples et majestueuses formules de la chancellerie des rois et empereurs carolingiens (3).

Parmi cette pompe et cette majesté nouvelle se montraient quelques symptômes inquiétants. Ce cousin Salomon, qu’Erispoé se plaisait à consulter, à traiter avec faveur, n’était pas satisfait de ces honneurs ; il voulait quelque chose de plus solide et réclamait un vaste apanage. Erispoë hésitant à le lui accorder, l’ambitieux cousin pour faire réussir sa demande emprunta l’appui du roi des Gaules en se mettant honteusement sous sa protection. Le roi breton qui était attaché à son cousin et ne voulait pas risquer une guerre pour une telle cause, constitua à Salomon une vaste principauté embrassant le tiers de la Bretagne, où se trouvait compris le comté de Rennes et probablement le Nord de la péninsule, la plus grande partie de l’ancienne Domnonée (4). Salomon, très satisfait, demeura jusqu’à nouvel ordre fidèle à Erispoë, mais il y avait là l’indice d’une ambition affamée et dangereuse, susceptible de se réveiller un jour ; et de plus la constitution de cet apanage tendait à créer un dualisme d’autorité propre à affaiblir la royauté bretonne et l’unité de la nation, dans un moment où l’une et l’autre avaient besoin de toutes leurs forces pour résister à de redoutables périls.

Déjà commencent de nouvelles épreuves, déjà sévit un nouveau fléau qui bientôt va devenir effrayant : ce sont les invasions normandes.

Du fond de la Scandinavie, des flottes de pirates formées de barques innombrables partent chaque année, se jetant çà et là sur les côtes de la Gaule et de la Bretagne, au lieu où on les attend le moins. A cette époque, dans la dissolution de la vaste monarchie créée par Charlemagne, la puissance publique s’étant pour ainsi dire émiettée, effritée entre les mains des anciens officiers (comtes ou ducs) devenus presque indépendants ainsi que les grands propriétaires ou seigneurs du sol, — dans cet émiettement, dans cette dispersion de la puissance publique, dans cette disparition presque complète de la puissance de l’État, il est la plupart du temps impossible d’opposer à temps une résistance sérieuse contre ces attaques imprévues et soudaines des Normands. Ils triomphent presque toujours ; très cruels et très féroces, ils sèment partout la terreur et causent bientôt une panique universelle. Ainsi s’expliquent les succès de ces invasions pendant plus d’un siècle.

(1) Cartul. de Redon, an 854, App. 40, p. 369.

(2) Diplôme pour l'église de Nantes (en 855), dans Chron. Namnet. édit. Merlet, p. 47-48.

(3) Voir, entre autres, le diplôme pour Télection des abbés de Redon, dans Cartul. de Redon, Append. 31, p. 365 ; et celui pour l’église de Nantes dans Chron. Namnet. cap. xiv, p. 44 à 48.

(4) « An. 852. Salomon Britto Karolo fldelis cfflcitur, tertiaque parte Britanniœ donatur « (Annal. Berlin, dans D. Bouquet, Rec. des hist. de Fr. VU, p. 68). — t In pago Redonico, in centeua Laliacense... per jussionem Erispoë seu Salomonis, qui de ipsa terra eodem tempore sunt dominatores. » (Acte de sept. 852, dans le Cartul. de Redon, Append. 35, p. 367, et dans D. Morice, Preuves 1, col. 294.)

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