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LES NORMANDS EN BRETAGNE DE 835 A

On les avait vues se produire en Bretagne ou dans la Marche franko-bretonne depuis 835. A celte date, on signale une première descente, une première dévastation opérée par les Normands dans l’île de Noirmoulier (1). En 844 et 847, les chroniques mentionnent d’autres attaques de ces pirates sur le littoral de la partie de la péninsule occupée par les Bretons (2). Il ne semble pas toutefois que ces agressions aient eu grande importance, ni causé en Bretagne grand mal ni grande émotion.

Mais une expédition des Normands qui eut dans tout l’Ouest de la Gaule un retentissement immense, une renommée sinistre et sanglante, c’est la prise et le sac de Nantes exécutés par leurs hordes le jour de la saint Jean-Baptiste 843.

Le comte de Nantes, Renaud, et les plus vaillants guerriers du pays avaient succombé un mois auparavant (24 ou 25 mai) dans la bataille de Blain, gagnée contre eux par les Bretons de Lantbert et d’Erispoë (ci-dessus p. 44). D’autre part, les Nantais avaient fermé leur ville à Lantbert (3), qui y aurait exercé l’office de comte et les aurait su défendre de concert avec Nominoê.

Les Normands, sachant cette ville mal gardée, parurent vers le milieu de juin aux entours de l’embouchure de la Loire. Leur présence dans ces parages répandit l’alarme ; les habitants des campagnes et des monastères du pays plat, entre autres de celui d’Aindre, se réfugièrent dans la ville avec toutes leurs richesses. La fête de la saint Jean-Baptiste, très solennelle, y attira en outre beaucoup de monde.

Les pirates jugèrent les circonstances excellentes pour faire leur coup Partis de grand matin du bas de la Loire dans des centaines de barques, ils arrivèrent sous les murs de Nantes vers dix heures. Les portes étaient fermées, mais sur les murailles il n’y avait ni postes ni sentinelles. La population, qui ne soupçonnait pas de péril ce jour-là, était presque tout .entière massée dans la cathédrale, où l’évéque Gunbard ou Gohard chantait la messe. — Les plus agiles des Normands eurent bientôt escaladé ces murs sans défense ; ils ouvrirent les portes aux autres, et cette horde se répandit dans la ville. Ils allèrent droit à la cathédrale ; n’en pouvant d’abord rompre les portes massives, ils pénétrèrent par les fenêtres.

Les fidèles entassés dans l’église étaient presque tous sans armes ; si ceux qui en avaient essayèrent de s’en servir, ces essais impuissants de résistance ne firent qu’exaspérer les Normands ; ils se ruèrent sur cetfe foule sans défense comme de vraies bêtes féroces. Ce fut un affreux carnage. L’évêque, impassible, restait à l’autel, bénissant ce pauvre peuple martyrisé et l’encourageant à bien mourir. Quoique déjà blessé lui-même, il continuait la messe. Mais à la préface, comme il se tournait vers les fidèles, étendant les bras et chantant très haut : Sursum corda ! un Normand lui abattit la tête d’un coup de hache.

(1) c An. 835. Rainaldus, Ârbatilicensis cornes, xiii Cal. Sept. (22 août), cum Northmannis dimicaoit in Herio insula » (Breoe Chron. Normann. seu Britann. dans D. Morice, Pr. I, 149).

(2) « 844. Nomenogius Britto... Cenomannos usque cuncta populando pervenit. Ibi, audita Nordmannorum in fines ejus irruplione, redire compulsas est. » (Ann. Berlin. D. Bouquet, VII, p. 63).

c 847. Dani, partem inférions Galliœ qnam Brittones incolunt adeuntes, ter cum eisdem bellantes superant, Nomenogiusque victus cum suis fugit. Dein, missis per legatos muneribus, a suis eos sedibus amovit. » (Ann. Berlin. Ibid., p. 64). — On peut soupçonner ici ce chroniqueur frank de grossir beaucoup l’avantage des Normands, pour diminuer d’autant Nominoê, si odieux aux Franks.

(3) « Exortis utrimque simultatibus idem (Lambertus) mox ab urbe pellitur » (Chron. Namnet. édit. Merlet, p. 14).

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