NOUVELLES ATTAQUES DES ÉVÊQUES FRANKS CONTRE LES BRETONS
ne s’appliqua, comme celle d’Erispoë, qu’à la Marche franko-brelonne et non à la Bretagne proprement dite. Ce qu’il y eut de nouveau, c’est le tribut [censuml, qu’Erispoé ni Nominoë (depuis 841) n’avaient payé, et dans lequel on prétendait faire revivre celui qui avait été imposé à la Bretagne par Charlemagne en 799. Il n’était pas bien considérable, cinquante livres d’argent seulement, et Salomon reçut une compensation bien au-dessus de cette valeur dans le don de l’abbaye de Saint- Aubin d’Angers et du territoire angevin situé entre la Sarthe et la Mayenne, dil Entre Deux Eaux (Inter duas Aqiias), Il est plaisant, par exemple, de voir ce don imparti à Salomon en récompense de « sa fidélité méritoire, » laquelle jusqu’à ce moment avait consisté à soutenir contre Charles tous les mécontents.
En 863, les relations de Salomon avec les Franks entrent ainsi dans une phase pacifique, mais qui ne pouvait être de longue durée, car ni les Bretons ni leur prince n’étaient gens à supporter longtemps cette innovation quelque peu humiliante du tribut. Il ne fut en effet payé que deux fois, en 863 comme on vient de le dire, et en 864 à l’assemblée générale de l’empire fplacitum generale! tenue à Pitres au mois de juin (1). Au lieu de continuer ce paiement, les Bretons, dès 865, s’alliaient aux Normands de la Loire pour piller le Mans (2). Alliance déplorable, renouvelée l’année suivante, et signalée par une catastrophe qui retentit dans toute la France ; mais avant d’en parler, il importe de faire connaître les provocations furibondes, insensées, qui en 866 ravivèrent, exaspérèrent les vieilles haines des Bretons contre les Franks.
C’est encore d’un concile que partit le coup, concile auquel Actard présent et assistant avait soufflé tout le venin de ses rancunes et de ses haines contre les Bretons. Réuni à Boissons en août 866, ce concile comptait trente évêques, dont fort peu de l’Ouest de la Gaule, cinq ou six au plus, savoir, avec Actard et Hérard archevêque de Tours, les évêques de Coutances, du Mans, de Séez et de Baîeux. Evidemment tous les autres (même probablement Baieux et Séez) ne pouvaient juger des Bretons que par les dires d’Actard et de l’archevêque Hérard tout à sa dévotion. Et dans une lettre solennelle adressée au pape le 18 août 866 — véritable manifeste politico-religieux — voici comme le concile traitait les Bretons :
« Chez eux point de culte religieux, la loi morale est sans force. Barbares gonflés d’une férocité extrême, ils méprisent tous les préceptes sacrés, toutes les prescriptions des saints pères. En toutes choses ils ne suivent que leur caprice, leur folie, leur méchanceté. Ils ne sont chrétiens que de nom. Ordonnez à leur chef {auctor Brittonum), nous vous en prions, de revenir à la coutume de ses prédécesseurs, c’est-à-dire d’obéir en tout à votre fils très fidèle, notre seigneur et maître le roi Charles, de ployer le cou devant lui en toute humilité, de lui payer
(1) Les annalistes franks ont noté avec raison, comme un événement, ce paiement de 864 qui ne devait pas se reproduire : « Carolus Kal. Junii, in loco qui dicitur Pistis generale placitum habet, in quo annua dona, sed et censum de Britannia a Salomone Uritannonim duce directum more prœdecessorum suorum, quinquaginta scilicet libras argenti, recipit » (Annal. Berlin, au. 864, D. Bouquet VII, p. 87). La livre d’argent de ce temps répond à environ 560 francs de nos Jours, 50 X 560 — 28.000 fr. — L’annaliste ment quand il dit more prœdeccssorum suorum, puisque ni Erispoê ni Nominoë depuis 841, ni aucun chef breton avant la conquête carolingienne de 786-799, n’avait jamais payé de tribut aux Franks.
(2j Annal Berlin, an. 865, dans D. Bouquet, Vll, p. 92.