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ALLIANCE DES BRETONS AVEC LES NORMANDS

fidèlement les tributs annuels {annuos census). Pour Vy contraindre joignez aux exhortations les réprimandes ; faites-lui savoir que, s’il n’y obéit pas, le glaive apostolique tombera sur lui, — et enfin, bienheureux père et bienheureux pape, nous vous en supplions, daignez écraser l’indomptable férocité de ce peuple sous la pointe du glaive suprême remis entre vos mains (1). »

Qu’y a-t-il là sinon du fiel et du venin et une hideuse déclaration de guerre à l’indépendance, à l’existence même de la Bretagne ? Accabler sous la puissance, sous les foudres de la papauté la nation et la liberté bretonne, c’était là vis à vis de la Bretagne toute la politique de ces évêques. Ah ! comme Nominoê avait bien jugé Actard et la bande de simoniaques, valets des Franks, qui opérait sous ses ordres dans la presqu’île bretonne ! Comme il avait bien vu que tous avaient au cœur avant tout la haine des Bretons, le violent et perpétuel désir de les remettre sous le joug, sous un joug plus dur et plus humiliant que jamais (2)! Et lui, voulant assurer, fonder sur une base solide l’existence nationale et l’indépendance de la Bretagne, comme il avait eu raison de la purger résolument de ce nid de vipères ! Mais comment comprendre tous ces évêques gallo-franks de 866 se mettant à la remorque d’Actard, sans voir qu’en jetant ces menaces, ces calomnies, ces injures gratuites, à la tête d’une nation petite par le nombre, mais vaillante, généreuse, entêtée de sa liberté, ils allaient directement contre leur but, et loin de ramener les Bretons au calme, à la paix, à l’union avec les Franks, ils les poussaient contre ceux-ci dans une haine plus ardente, dans une hostilité plus vive que jamais !

Cela devait arriver, cela arriva. Instruits de ces plans, de ces grands desseins politiques ourdis par des hommes de paix, par des évêques, qui ne parlaient que de leur mettre le cou sous le joug a en toute humiliation et qui les traitaient comme des sauvages, les Bretons outrés de colère renouèrent leur funeste et redoutable alliance avec les Normands : d’autant plus funeste que ceux-ci venaient de mettre à leur tête dans la Loire un de leurs plus terribles chefs, le célèbre Hasting. En 866, Normands et Bretons unis promènent la désolation dans le Poitou, l’Anjou, le Maine, la Touraine. Devant eux bientôt se dressent pour les combattre, suivis de bonnes troupes, Robert le Fort et Ramnulf, duc d’Aquitaine, qui ne peuvent cependant les empêcher de saccager encore une fois la ville du Mans (3). Mais ils se mettent à poursuivre l’un des corps britonormands qui avaient pris part à cette expédition et qui, se voyant talonné par une force supérieure, défile au galop le long de la rive droite de la Sarthe pour regagner ses barques mouillées dans la Loire. A Brissarthe (4)

(1) Sirmond, Côhcil, Gall. 111, p. 298, 299; D. Morice Preuves 1, 321-323; Chron, Namn, édit. Merlet, p. 53, 55, 56.

(2) « Ut auctor Brittonum seniori nostro Karolo in cunctis obtemperet, suaque omni humiliatione débita colla submittat. » (Sirmond, Concil. Gall. 111, p. 299.)

(3) « Normanni, commixti Briitonibus, de Ligeri cum caballis egressi, Cinomannis civitatem adeunt. Qua deprœdata » etc. {Annal. Berlin, an. 866, dans D. Bouquet Vil, p. 94. Selon les Annales de Saint-Bertin, le corps qui avait pillé le Mans n’eût compté que 400 hommes. Réginon et l'auteur des Annales de Metz, mieux informés du détail de l’événement, nous montrent enfermée dans l’église de Brissarthe a une grande fouie de païens {non modica turba paganorum), ce qui implique certainement plus de 400 hommes.

(4) Sur la rive droite de la Sarthe, auj. cüm“« du c*«“ de Châteauneuf sur Sarthe, arroud. de Segré (Maine-et-Loire).

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