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LES BRETONS, EN DÉTOURNANT LE COURS DE LA MAINE

principale d'une circonvallation était surtout d'établir une ligne de blocus infranchissable. Ici le blocus était impossible; par leur flotte mouillée dans la Maine les Normands pouvaient toujours communiquer avec le dehors. Sur le bord de cette rivière, c’est-à-dire vers l’Ouest, les pirates n’avaient point élevé de défenses : à quoi bon? Sur cette face de la ville, le fleuve était un fossé infranchissable. Et si, par impossible, malgré leur manque de flotte qui leur interdisait cette entreprise, si les Bretons ou les Franks avaient tenté de franchir la Maine, partout où ils eussent porté leur attaque ils auraient trouvé devant eux — muraille mobile plus formidable qu’un mur de pierre — la terrible flotte d’Hasting. En ce siège, comme en tous ceux de ce temps qu’on ne pouvait terminer par une surprise ou transformer en blocus, la force de la défense se trouvant très supérieure à celle de l’attaque, le succès était très hasardeux.

Ce siège ne commença probablement qu’au mois de juin, car (selon les Annales de Saint- Berlin/ avant qu’il fût assis, les Normands avaient eu le temps, en cette année 873, de ravager des villes, de renverser des châteaux, d’incendier des églises et de ruiner la campagne.

Franks et Normands étant fort excités les uns contre les autres, il y eut d’abord de nombreux combats, sorties fréquentes des Normands, assauts répétés des Franks. Le tout sans résultat. Charles le Chauve battit les murailles avec des machines de guerre perfectionnées construites pour la circonstance (1) : pas de succès pour les machines. Réduit à uu blocus imparfait, le siège traîna en longueur; l’alimentation de la grosse armée assiégeante devint très difflcile; des épidémies s’y développèrent, le découragement s’y mit (2). Enfin on put prévoir une débâcle, peut-être un désastre.

Le salut vint des Bretons. Voyant le triste état de l’armée franke , Salomon envoya son fils Wigon trouver le roi Charles et lui communiquer le plan conçu par lui, dont il entama de suite l’exécution (3). A deux cents pas environ en arrière de la rive droite de la Maine, du côté de l’Ouest, il fit creuser par les Bretons un nouveau lit pour cette rivière, plus profond que l’ancien (4), sur une longueur d’environ 500 pas (ou 800 mètres) et qui ne rejoignait l’ancien qu’au dessous de la ville d’Angers (5). Les eaux de la Maine s’y étant précipitées, l’ancien

(1) c Nova et exquisita machinamentorum généra adplicantur. v (Héginon).

(2) « Exercitus immensœ multitudinis cùm tædio, famé, gravi pestilentiœ morbo attereretur... v (Id.).

(3) Selon les chroniqueurs firanks (Annales de S^Beriin, 873) toujours occupés à rabaisser les Bretons, Wigon serait allé trouver Charles le Chauve pour lui promettre fidélité. Quand l’armée franke, travaillée par la peste et la famine, était à la veille d’une ruine complète, on ne s’inquiétait guère, évidemment, de ces puériles cérémonies. La démarche de Wigon avait un but plus sérieux.

(4) « Brittones conati sunt fluvium a suo alveo derivare. Cœperunt itaque fossam mirœ profonditatis ac latitudinis aperire » (Héginon).

(5) Il y a encore à Angers un témoin, un reste de cette grande et décisive opération obsidionale des Bretons en 873. Le canal qui passe à l’ouest de 111e ^int-Jean est en effet une partie du lit artificiel creusé à la Maine par les Bretons. Ce canal se prolongeait jadis tout le long de la Doutre depuis la tour dite de la Haute-Chaîne jusqu’à celle de la Basse-Chaîne en face du château. On voit des traces de cet ancien canal dans les vieux plans d’Angers, par exemple dans celui de J.-B. Dubois Joint par M. Port à son excellente édition de la Description d'Angers de Péan de la Tuillerie. Probablement même le canal creusé par les Bretons commençait au-dessus de la tour de la Haute-Chaîne, car le nom de la Reculée, qui rappelle évidemment ce travail (la rivière reculée), s’applique aussi à cette partie de son cours. Voir C. Port, Dict, hist. de Maine-et-Loire au mot Reculée ; Péan de la Tuillerie édit. Port, p. 9 et 537-539 ; Angers ancien et moderne, p. 22 et 115, etc.

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