PRENNENT ANGERS SUR LES NORMANDS
lit resta à sec, à sec aussi la flotte des Normands échouée dans les vases et inutile, et tout le front ouest de la ville d’Angers resta sans défense. Toute l’armée d’Hasting et toute sa nation entassée dans Angers se trouvaient par là à la merci de l’armée franko- bretonne très supérieure en nombre, pouvant écraser sans peine toute cette vermine d’un coup, qui aurait eu dans toute la Gaule un triomphant retentissement et frappé tous les pirates d’une terreur salutaire.
L’imbécile cupidité du roi Charles annula l’importance de cette victoire. Les Normands lui ayant offert pour leur rançon une immense somme d’argent, il l’accepta et les laissa sortir d’Angers sains et saufs, sur leur promesse de rester bien sages en une ile déserte de la Loire, d’où ils s’engageaient à retourner tranquillement dans leur Scandinavie au mois de février suivant (1). Bien entendu ils n’en firent rien et se mirent à ravager la Gaule de plus belle. — Les Bretons seuls eurent de ce siège toute la gloire, qu’ils rapportèrent chez eux intacte et grandiose, sans avoir pris aucune part à l’ignoble marché. — Le siège finit vers la fin de septembre, car le 12 octobre, Charles le Chauve était au Mans (2). Huit mois plus tard (juin 874), le vainqueur d’Angers, le roi Salomon mourait. Avant de voir la tragédie de sa mort, nous devons dire quelques mots des affaires ecclésiastiques qui occupèrent, ou plutôt embarrassèrent stérilement une partie de son règne.
§ 2. — Affaires ecclésiastiques.
On ne peut se dispenser de résumer ici les principaux documents relatifs aux affaires ecclésiastiques de Bretagne sous le règne de Salomon. L’importance un peu factice attribuée alors à ces questions vient uniquement de ce que, sous couleur ecclésiastique^ c’est la lutte politique des Franks contre les Bretons, contre leur existence et leur indépendance nationale, qui se poursuit avec ardeur. Dans cette lutte, les guerriers de Charles le Chauve, on l’a vu plus haut, étaient invariablement battus. Ses évêques semblent avoir eu la prétention de prendre sur les Bretons une revanche, à coup de semonces conciliaires, de lettres pontificales et, s’ils l’avaient pu, d’anathèmes et d’excommunications. Au fond, toute cette guerre fut l’œuvre d’un homme qui en fit sa vengeance personnelle, intrigant infatigable, insupportable, tout pénétré de son mérite et de son importance — j’ai nommé Actard. Sans lui, tout au moins le conflit eût été beaucoup moins long et beaucoup moins vif.
Les principaux documents qui s’y rapportent sont les suivants : une lettre du concile de Toul ou de Savonière, tenu en 859, à quatre évêques de Bretagne ; 2® trois lettres du pape Nicolas au roi breton Salomon, de 865 et 866 ; 3® autre lettre de Nicolas !«*■ à Festinien archevêque deDol, de l’an 866 ; 4® lettre synodique du concile de Soissons de 866 au pape Nicolas I®'‘ sur les affaires de Bretagne.
(1) Sur rhistoire du siège d’Angers, voir Annal, Berlin, ann. 873, dans D. Rouquet Vil, p. 117; Reginoh. Chron. ann. 873, édit, de 1566, f. 42 v^; Annal, Metteng, eod. anno, D. Bouquet VII, p. 200.
(2) Annal. Berlin. Ibid., et diplôme de Charles le Chauve du 12oct. 873 pour St-Vincent du Mans, dans D. Bouquet VIII, p. 643-644.