DU PAYS DE VANNES
Cétait donc un personnage important, puissant dans son horizon, ce larnhitin. Mais y avait-il en lui Tétoffe d’un roi de Bretagne ? cela semble douteux. Aussi n’est-il nullement sûr qu’il ait voulu ou qu’on ait voulu le faire régner sur toute la Bretagne ; il ne s’agit ici probablement que des Bretons du Vannetais qui, à défaut de la postérité du vaillant Waroch, voulurent se donner pour roi ou comte, en un mot pour souverain national, le puissant tiern larnhitin. Entendaient-ils par là se mettre en révolte ouverte contre l’empereur frank ? Cela n’est pas sûr, car dans la charte citée et traduite ci-dessus, on atteste, comme subsistant à la fois l’une près de l’autre, l’autorité du Breton larnhitin régnant et celle du comte frank Wido (1).
Notez encore que les domaines de celui-là, les quatre beaux pions de Molac, Pleucadeuc, Rufiac et Carentoir, étaient tous situés dans le Vannetais oriental ou gallo-frank jusqu’à la conquête carolingienne, et où depuis lors l’élément breton faisait des progrès sensibles. Peut-être en prenant pour chef un habitant de la partie gallo-franke du diocèse de Vannes, les Bretons avaient-ils cru le faire agréer plus aisément par les Franks.
Il n’en fut rien : le pouvoir de larnhitin, soit comme roi de Bretagne soit plutôt comme chef breton du Vannetais, fut très éphémère ; on n’en trouve trace que dans la charte citée plus haut, et après cette date larnhitin parait encore plus d’une fois dans le Cartulaire de Redon, mais simplement comme machtiern des quatre paroisses ci-dessus et même, ce semble, en bons termes avec les Franks (2). L’élévation de larnhitin ou, comme parle le Cartulaire, son règne, n’eut donc pas grande importance comme événement ; il en a beaucoup comme symptôme révélateur des sentiments et des dispositions des Bretons qu’on voit, l’année même de la mort de Charlemagne, faire ainsi immédiatement une tentative pour rétablir l’autorité de leurs chefs indigènes, premier fondement de leur indépendance.
§ 3. — La révolte de Morvan.
Première campagne des Franks en Bretagne en 818,
Quatre ans plus tard, en 818, éclata la révolte de Morvan. Celle-ci est pour la Bretagne un grand événement, et par une fortune rare nous avons pour l’étudier un document contemporain abondant en détails, le poème d’Ermold Nigel (ou le Noir) sur les actes de Louis le Débonnaire (3) ; quoique la haine de l’auteur contre les Bretons soit très évidente, on peut avec quelque précaution en tirer de très curieux renseignements.
Après l’échec de l’insurrection ou tout au moins du mouvement tenté sous le
(1) Peut-être aussi est-ce là la précaution d’un notaire prudent qui en rédigeant cet acte, ne voulant blesser ni les Bretons ni les Franks, mentionne en son protocole les chefs reconnus par l’une et l’autre nation, laissant à chacun le soin de choisir celui qui lui conviendra.
(2) Voir Cartulaire de Redon, n®» 146, 147, 170, 203, aux p. 112, 113, 220, 250 ; cf. n« 166 et 168, p. 129, 130.
(3) Sous le titre : « Ermoldi Nigelli Carmen de rebus gestis Ludovici Pii libri IV, » — publié par dom Bouquet, Rec, des histor. de France, t. VI, p. 11 à 66, et par Pertz, Monumenta Germaniœ hislorica, II, p. 489 et suiv.