MORVAN, ROI DES BRETONS
nom de larnhitin pour relever l’autonomie bretonne, — l’agitation ne cessa point en Bretagne, mais elle chemina sourdement. Les patriotes bretons comprirent que, pour réussir, il ne fallait pas prendre pour chef un homme de la frontière comme larnhitin, placé immédiatement sous la main des Franks et en butte à leurs premières atteintes, mais au contraire un Breton renforcé, établi au cœur de la Bretagne dans des positions hérissées d’obstacles, difficiles à aborder, et où il était beaucoup plus aisé de réunir autour de soi toutes les forces de la nation. Car on commençait enfin à comprendre le rôle funeste de la division obstinée de la souveraineté, c’est-à-dire de la nation elle-même, dans laquelle s’étaient jusque-là complu les Bretons, et qui maintenue, continuée sous le joug de l’étranger, devait rendre vaine toute tentative de délivrance, et en perpétuant la servitude amener à coup sûr la ruine, l’anéantissement définitif du peuple breton.
Sous l’empire de ces sentiments et de ces idées, après trois ou quatre ans de préparation et de sourde fermentation, on vit un chef appelé Morvan se déclarer roi des Bretons, de tous les Bretons, et proclamer son indépendance en refusant le tribut (817-818). On l’a dit comte de Léon, à cause de la fréquence du nom de Morvan dans la maison de Léon aux XF et XIF siècles, mais dans tous les pays et dans tous les temps ce nom a été commun en Bretagne ; au IX* siècle il affectait la forme Morman, seule employée dans le poème d’Ermold (Murmanus ou Mormanus/, et sous laquelle figurent dans les vieilles chartes de Redon d’assez nombreux personnages répandus en diverses régions de la péninsule (1). Ainsi ce nom ne prouve rien. Au contraire, d’après le lieu de sa résidence, que nous déterminerons plus bas, Morman ou Morvan devait appartenir à la Cornouaille, soit qu’il fût le comte de ce pays, soit l’un des principaux tierns.
Au commencement de l’année 818, l’empereur Louis le Débonnaire (ou Louis le Pieux) convoqua près de lui, selon sa coutume, les ducs et les préfets des Marches chargés de diriger les grandes divisions administratives et militaires de l’Empire, pour lui faire leurs rapports sur la situation des territoires confiés à leurs soins. On s’attendrait à voir paraître là, pour la Marche bretonne, le comte Wido ; il n’en est rien, il n’est pas même nommé dans le poème d’Ermold, ce qui est d’autant plus singulier que les chartes de Redon attestent l’existence de son autorité et son maintien dans ses fonctions de comte assez longtemps après 818 (2).
Pour Ermold, le préfet de la Marche bretonne, c’est Lantbert ou Lantpreht, comte de Nantes ; s’il ne lui en donne pas le titre, il lui en attribue toutes les fonctions, et c’est lui, entre autres, qui vient, au commencement de 818, instruire Louis le Pieux de la situation de cette partie de son empire (3). Cette situation, à son dire, était mauvaise. Non seulement les Bretons ne payaient pas le
(1) Voir Cartulaire de Bedon, p. 2, 8, 42, 103, 223, 225.
(2) Voir CartuL de Redon, p. 100, 101, 112, 116, 117, 120, 153, 206 ; cf. 3. 103, 129, 163.
(3) « Nobilis inter quos Francorum germine Lantpreht Venit et ipse sua parte volendo citus.
Prœvidet hic fines, quos olim gens inimica Trans mare lintre volans ceperat insidiis,
Hic populus veniens supremo ex orbe, Britanni,
Quos modo Brittones francica lingua vocat. »
(Ermoldi Nigelli Ub. III, vers. 9-14.)