‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 71 sur 392 · LETTRE DU PAPE NICOLAS I · texte numérisé non relu

LETTRE DU PAPE NICOLAS I

du métropolitain de Tours, le pape lui permet de porter à Rome directement TafiFaire des évêques simoniaques. Et de même, si les Bretons croient avoir quelque titre, quelque raison à faire valoir pour maintenir leur métropole de Dol, qu’ils viennent à Rome présenter, concurremment avec Tours, tous leurs arguments, le pape prononcera la sentence définitive. — Mais quand le pape vient de dire à Salomon : c La loi de V Église, c’est que l’archevêque de Tours est le métropo- D litain de toute la Bretagne, > ce prince ne peut plus guère avoir confiance dans l’impartialité d’un juge dont le parti est pris d’avance.

Un paragraphe de cette lettre révèle la main ou plutôt la bouche habile qui avait si bien instruit le pape des affaires de Bretagne jusqu’au plus mince détail. Actard, tout en se plaignant très haut des usurpations commises contre ses droits, ne se gênait pas beaucoup avec les canons. Quoique Gislard eût reçu très régulièrement la consécration épiscopale et fût dès lors très apte à conférer le sacrement de l’ordre, Actard se permettait d’ordonner de nouveau les prêtres faits par Gislard. Salomon dénonça le fait au pape, et celui-ci ne put se dispenser de le condamner ; mais Actard, probablement à Rome en ce moment, et qui d’ailleurs dirigeait toute cette campagne contre la Bretagne, trouva moyen de tirer de ce délit anti-canonique sa propre glorification. Sous son inspiration évidente cette clause de la lettre pontificale fut rédigée ainsi : « Actard a tort de B consacrer de nouveau ceux qui ont été ordonnés par Gislard. Toutefois, cela » est établi, Actard était évêque avant Gislard ; le très saint pape Léon IV, en » écrivant à Nominoé, l’appelle un homme considérable (prœcipuum virumj, de » science saine, de bonne doctrine et de bonne vie, et il représente Gislard 3> comme l’infatigable usurpateur des droits d’Actard (1). b Impossible de méconnaître ici la main qui tient la plume. Nous reviendrons d’ailleurs plus loin sur les relations d’Actard et de Gislard.

En même temps qu’il expédiait au roi de Bretagne l’épître ci-dessus, dont la forme au moins est très courtoise et pleine d’égards pour ce prince, Nicolas 1®*“ en adressait une autre, quant au fond assez semblable mais d’un ton beaucoup plus rude, à l’évêque de Dol Festinien, clairement datée du 17 mai 866 (2), en réponse à une nouvelle requête par lui adressée au pape pour avoir le pallium. Il avait encore, paraît-il, mal dressé cette requête et omis de fournir des pièces essentielles (celles sans doute qu’il ne possédait pas); mais sans s’y arrêter beaucoup, Nicolas I®'’ lui signifie nettement que pour le Saint-Siège, jusqu’à nouvel ordre. Tours reste la métropole de tous les évêques de Bretagne, y compris celui de Dol. Toutefois ce dernier peut venir défendre le droit métropolitain de son église devant le Saint-Père qui jugera ; Festinien ne l’a point fait jusqu’à présent ; s’il ne le fait pas, il n’a qu’un parti à prétendre : se soumettre à la métropole de Tours, lui et les six évêques qui suivent celle de Dol. Le pape ouvre donc ici lui-même aux Dolois une porte pour échapper à la juridiction de Tours en se réfugiant dans la plaidoirie ; porte où ils se précipitèrent aussitôt et dont ils

(1) « Actardi sedulum invasorem. » (D. Morice, Pr. I, 317 et D. Bouquet VII, p. 407). Il faut voir le texte de cette lettre dans D. Bouquet, ou dans D. Martène {Anecdot. III, 831), car D. Morice a reproduit celui des Conciles de Sirmond, qui a une lacune de deux lignes très nuisible à la clarté.

(2) « Datum xvi Kalendas Junias, indictione XIV. » (D. Morice Ibid. 321 ; D. Bouquet, Ibid. p. 413 ) L’année 866 est la seule sous Nicolas I*>^ à laquelle convienne l’indiction 14.

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