A FESTINIEN ARCHEVÊQUE DE DOL
usèrent si adroitement qu'on ne parvint à la fermer que quatre siècles plus tard.
Nicolas I®*’ allègue ici contre les prétentions métropolitaines de Dol une raison assez singulière r a Nous ne voyons pas (dit-il à Festinien) dans la tradition » ecclésiastique de fait qui vous autorise à avoir une métropole , vous qui n’avez n que sept évêques, surtout quand il est prescrit qu’un êvêque doit être jugé non ï par sept mais par douze de ses collègues; et si une telle occurrence se présente » chez vous y vos divisions avec le royaume voisin (le royaume des Gaules) vous » empêchant de vous adjoindre des évêques de ce pays, il y a là un danger pour 'P l’ordre ecclésiastique, comme on l’a vu dans l’afiFaire des évêques qui ont été » chassés de leurs sièges (1). » D’après ce passage de la lettre pontificale, la province de Dol, dès son origine, embrassait seulement sept évêchés, la métropole et six suffragants : Rennes et Nantes n’en faisaient pas partie (2). Mais le principe allégué ici par le pape, qu’une province ecclésiastique doit avoir douze évêques, eût singulièrement réduit dans tout le monde chrétien le nombre des métropoles.
Le pape termine sa lettre en examinant deux précédents allégués par Festinien pour justifier sa demande du pallium : « Vous nous avez écrit (lui dit le pape) P que Restoald, votre prédécesseur, comme on le voit dans nos registres (decesso- » rem vestrum . sicut in nostris legitur gestisj, aurait été consacré archevêque par » Sévérin pontife de la sainte Église romaine, et un certain Juthmaêl (3) gratifié » du pallium par Adrien. En vain avons-nous feuilleté les registres de ces deux P papes, nous n’y avons rien trouvé de cela (4). » — Si Restoald ou plutôt Rethwal (5) n’était pas archevêque de Dol , du moins Nicolas !«•* confirme luimême sa qualité de prédécesseur de Festinien , c’est-à-dire d’évêque de Dol sous le pape Sévérin en 640 (6). Quant à Juthmaêl, qui aurait été contemporain du pape Adrien !«*■ (772-795), Nicolas F** n’en put trouver trace dans les archives de l’Église romaine, ce qui rend son existence douteuse.
Cette lettre à Festinien montre le pape tout à fait engagé dans le parti hostile aux Bretons. Actard avait habilement chargé la mine, maintenant il fallait y
(1) ff Gum inter vos causa ventilanda emerserit quæ duodenario numéro episcoporum debeat audiri, cum ob divisionem regni vicini non possint oocari antistites, fit ut damna Écclesiœ pro talibus generentur, quemadmodum factum in illis de episcoporum dejectione reminiscimur regionibus. (D. Bouquet VII, 412 ; D. Morice Pr. I, 320.)
(2) C’est bien prouvé encore par l’ordination d’Electran évêque de Rennes, consacré à Tours par l’archevêque Hérard le 29 sept. 866, en présence de deux évêques comprovinciaux , Actard de Nantes et Robert du Mans {Gall. Christ. XIV, Instrum. col. 163; D. Morice, Preuves I, 323).
(3) Et non Juthinaêl, qui est une faute d'impression.
(4) c Scripsistis præterea nobis ut hujus Romanæ sanctæ ecclesiœ prœsul Severinus Restoaldum, decessorem vestrum sicut in nostris legitur gestis, archiepiscopum consecrasset, et Adrianus cuidam Juthmaêlo pallium dedisset : sed nos, utrorumque gestis revolutis, nihil in eis super bis penitus valuimus reperire » (D. Bouquet VII, p. 413, et D. Morice, Pr. I, 321).
(5) Ce nom de Betwal, bien breton, fut sans doute germaniquemcnt altéré en Restoald, par les transcripteurs franks de ce texte, provenant d’une copie trouvée dans les archives de Tours.
(6) Toutefois, suivant un critique, il faut dans ce texte corriger Restoaldum en Bertoaldum, et Severinus en Sergius. Comme cela Restoald ou Rethwal, évêque de Dol sous Severinus, se trouve, par un tour adroit, métamorphosé en Bertwald archevêque de Cantorbéri sous Sergius I*'* (687-701). Mais de quel droit ce double changement? Uniquement du droit de Sic volo, sic jiibeo. Le critique est bien modéré de s’en tenir là. Puisqu’il ne veut absolument pas que ce texte regarde Dol, il a eu grand tort de ne pas changer la suscription de la lettre et corriger « episcopo Dolensi » en episcopo Dorcensi » (Dorchester), par exemple, qui ressemble un peu plus à Dolensi que Sergius à Severinus, et autant que Bertoaldum à Restoaldum. Avec ce système de transformisme, on refait sans peine tous les textes à la couleur de son esprit. Voyez le Liber Pontificalis, édition Duchesne, 1 , p. 376 et p. 361 , note 48.