POUR MENER UNE EXISTENCE VAGABONDE
» autre façon, qui paraissent sur les marchés, dans toutes les tavernes, dans les » officines des artisans ou partout ailleurs » (1) etc. Voilà bien le mouvement d’une ville qui a repris sa vie et son commerce, et de 856 à 868, l’histoire ne mentionne aucune nouvelle attaque des Normands contre Nantes. Au contraire, en 865, 866, les Normands et les Bretons sont alliés. De 867 à 869, Salomon s’arme contre eux et les combat vaillamment. Et en 870, la ville était loin d’être déserte, l’église de Nantes avait son clergé et son chapitre : à tel point que le doyen de ce chapitre, Hermangar, fut choisi en 871 par Actard lui-même pour remplir la chaire épiscopale (2).
Ainsi Actard déserta son poste, abandonna son peuple, délaissa son église sans nul prétexte valable, et une fois débarrassé de sa mystique épouse il se mit à courir le monde, à pérégriner sur tous les chemins, comme le dit le pape Adrien II (3). En 862, il assiste au concile de Pitres, en 863 au 3° concile de Verberie. En 865 il est à Blois faisant avec le comte de cette ville des échanges de terres. En 866, il souffle au concile de Soissons sa haine anti-bretonne ; en 867, après avoir assisté au concile de Troyes, il se met en route pour Rome, porteur de lettres de Charles le Chauve qui le recommande au pape avec chaleur comme devant énergiquement tenir tête aux Bretons, dont on prévoyait la venue à Rome pour réfuter les horreurs vomies contre eux (4). Mais ils ne vinrent point, et le roi s’étant, comme nous l’avons dit, réconcilié avec eux, ne voulut plus qu’on leur touchât.
Le pape se borna donc à combler Actard d’honneurs. Il le décora du pallium en 868 et adressa de belles lettres aux évêques des Gaules pour les presser de lui donner le premier évêché vacant (5). Il aurait pu aisément lui faire à Rome même une grande situation, mais il tenait peu à garder près de lui un homme aussi remuant, il préférait le rendre à son pays. Actard recommence alors sa vie de courses et de pérégrinations : en 869 on le trouve au 4® concile de Verberie; en 870 à celui d’Attigni ; cette année-là il est chargé de l’administration du siège de Térouanne. En 871, il va d’abord jouer son rôle au concile de Douzi ; puis Hérard l’archevêque de Tours étant mort, il le remplace et se fait remplacer à Nantes par le doyen Hermangar.
Ce siège métropolitain de Tours, quel beau poste pour assaillir et bombarder les Bretons ! Mais il était vieux, recru, fourbu de tous ses vagabondages ; il mourut au bout de trois ans (en 875) sans avoir rien fait de notable (6). Intelligence vive, ambition ardente, esprit inquiet, turbulent, fertile en ressources, il aurait fait un bon politique, peut-être un grand ministre. Il ne fut qu’un triste évêque, toujours agité, toujours courant, Juif-Errant de l’épiscopat. — Quant à sa guerre
(1) D. Morice, Preuves I, 141, et Chron, Namnet. édit. Meriet, p. 47.
(2) Chron. Namnet. cap. 20, p. 65.
(3) « Circumquaquc peregrinando » (D. Morice, Preuves I, 325). Cette désertion d’Actard était d'ailleurs sévèrement jugée par une partie des évêques franks, et non les moindres ; Hincmar dit :
« Qui Actardus non debuerat sedem suam mutare si valeret ibi consistere » (D. Bouquet VII, p. 455 note c).
(4) D. Bouquet VII, p. 559.
(5) D. Morice, Preuves, I, 327.
(6) Sur l’histoire d’Actard, voir Gallia Christiana XIV, col. 803 à 806 et 42-43 ; et dans la Chronique de Nantes édit. Meriet, les notes de l’éditeur aux p. 26, 40, 41, 43, 57, 65, etc.