ET SES GOUTS ARTISTIQUES
qui a jadis appartenu à saint Maxent lui-même (1), avec une belle couverture d’ivoire de Paros, rehaussée d’or; — le sacramentaire du même saint, avec une couverture d’ivoire des Indes; — enfin, un livre orné d’or et d'argent en dedans et en dehors, contenant la Vie de saint Maxent en proses et en vers, et en outre la Vie de saint Léger, martyr (2). »
On a là non seulement le luxe matériel des pierreries et des métaux précieux, mais aussi le luxe intellectuel des beaux manuscrits, des belles reliures. — Voici encore la liste des présents offerts au Pape en 871 par Jérémie évêque de Vannes au nom du roi Salomon (voir ci-dessus p. 92-93), c’était :
a Une statue d’or de la taille et de la force du roi breton, ornée de pierreries variées; — une couronne d’or relevée de fines pierres précieuses, valant 900 sols ; — une mule, avec la selle, le frein, la bride, ornés d’or, le tout de la valeur de 300 sols.
» Trente tuniques de fin lin ; — trente pièces de drap brodées de diverses couleurs; — trente peaux de* cerf;
» Soixante paires de riches chaussures pour les officiers de la maison du pape ; — et enfin 300 sols d’or (3). jd
Ces deux documents en disent long sur le luxe de la cour de Bretagne, sur la richesse, la magnificence du roi Salomon, on peut même dire, ses goûts artistiques.
Ce prince avait en Bretagne un grand nombre de résidences, habituellement qualifiées dans les actes du temps du nom de aula eu latin, lis ou lès en breton, c’est-à-dire cour, à la fois cour de justice et cour du prince. Les chartes de Redon nous montrent, dans le comté de Rennes, Salomon résidant à Retiers, à Pancé, sur le Samnon, à Hegodobert probablement en Bourg des Comptes (4); — dans le comté de Nantes, à Penhartb ou Pénard (probablement en Fougerai), à Barrech en Pipriac, et à Clis en Guérande (5) ; — dans le Vannetais à Lis-Penfau, aujourd’hui Penfau, enfermé dans une boucle de la Vilaine sur la limite de Bain et d’Avessac (6). Salomon semble avoir le plus souvent vécu sous les ombrages de la grande forêt centrale, dans la partie Est de Brecilien appelée dès lors habituellement le Poutrécoët. Nous le voyons tour à tour à Lis-Colroët aujourd’hui Courouët en Mernel ou en Guignen, — à Campel, — à Plélan, — à Beignon, — en Mohon, — à Perret (7), etc.
Sa principale résidence doit avoir été celle de Plélan, non au bourg actuel
(1) Le corps de ce saint reposait alors dans le monastère de Plélan, qui de là prit peu après le nom de Saint-Maxent ou Maxent, conservé jusqu'à nos jours par Téglise paroissiale de Maxent près Plélan, qui avait succédé au monastère construit par le roi Salomon.
(2) Voir Cartul. de Redon, n« 241 , p. 190-191.
(3) md. n® 89, p. 67.
(4) « Aula Reester f aula Rester, » dans le Cartul. de Redon n®» 21 et 247, p. 19 et 198. — « In villa Panzego super Samanum. » Ibid. App. n® 4, p. 373. — t Aula Hegodobert, Ibid, n® 53, p. 40.
(5) « Aula Penharth, aula Pénard, » Ibid, n®* 30 et 105, p. 24 et 80; — t aula Clis » Ibid, n® 23, p. 20; — aula Barrech, » Ibid, n® 67, p. 60.
(6) Lis Penfau, Ibid, n® 85, p. 64.
(7) « Aula Colroit ou Colruit, Lis Colroét » dans Cartul. de Redon, n®» 88, 105, 258, p. 61, 80, 208. — t Aula Campel » Ibid, n® 240, p. 189. — « In monasterio meo in Plèbe Lan, ubi ego antea meam aulam habuL » Ibid, n® 241 , p. 189. — t In plebe Bicloin » (Beignon). Ibid, n® 109, p. 83. — In plebt Moton » (Mohon). Ibid, n® 257, p. 207. — a In Penret^ » (aqj. Perret). Ibid, n® 247, p. 199.