LES PALAIS DE SALOMON EN BRETAGNE
de ce nom, mais au lieu présentement occupé par Téglise de Maxent, tout le territoire de Maxent étant compris alors dans la paroisse de Plélan. De 862 à 869, comme je Tai dit tout à l’heure (p. 106), Salomon donna ce château (aula) à Convoion pour y établir un monastère (1); mais il tint à garder une résidence dans le voisinage, pour ne pas s’éloigner du tombeau de sa femme Wenbrit; il alla s’établir un peu à l’Ouest de l’église de Plélan et toujours en cette paroisse. Au village du Gué de Plélan j’ai vu, il y a quelques années, et l’on voit encore, je crois, une de ces buttes de terre artificielles, forteresses primitives dont j’ai déjà parlé plus d’une fois (2); celle-ci est de très belles dimensions : hauteur une vingtaine de pieds au moins, circonférence parfaitement circulaire mesurant à la base environ 800 mètres et munie d’une douve en partie inondée par la rivière d’Aff qui borde ce terrain. On appelle traditionnellement cette vieille fortification t le château de Salomon (3). »
Au XVIP siècle il existait en Guignen des c bois et fiefs de Courouët , » forme francisée du breton Colroit ou Colroèt, — et en Mernel, paroisse limitrophe de Guignen, une seigneurie du même nom assez importante et ayant juridiction (4); aujourd’hui on y voit encore un bois de Courouët ; c’est donc dans ces parages que devaient être la cour et le château, Lis Colroèt, aula Colroit, du roi Salomon.
— C’est à Campel fin aula CampelJ que ce prince confirma aux moines de Redon, en 868, le droit d’élire librement leur abbé. C’est à Beignon fin plebe Bicloèn) qu’il reçut , l’année suivante , la vénérable princesse Roiantdreh quand elle l’adopta pour fils et pour héritier. Dans ces deux circonstances solennelles la cour du roi était très brillante, l’assistance très nombreuse.
Il n’y a point à s’étonner de rencontrer le roi Salomon en la paroisse de Mohoii ; là en effet se dressait le vaste et curieux château de Kamp d’er Roué du roi Judicaël, dont nous avons parlé dans notre premier volume (p. 483). — A Penreth (aujourd’hui Perret) et à Cléguerec, nous verrons Salomon exercer son autorité et rendre la justice, au centre de l’immense Brecilien, avec une fermeté toute royale.
— 11 ne négligea pas non plus sans doute les châteaux où avaient déjà séjourné ses prédécesseurs : BoZ-Nu/ne/ près Vannes, Coètlouc'h sur l’Out, illustrés tous deux par Nominoë (5) ; Talensac résidence d’Erispoë et plus anciennement du roi Judicaël (6) :
(1) Selon riiistorien de Montfort, « ce château s'élevait, non pas à la place du bourg actuel de Maxent, mais à peu de distance au S.-E., à l’endroit nommé Préroué ou Pléloué, où l’on voit encore des fossés » (Oresve, Hist. de Montfori, 1859, p. 19). C’est sans doute ce nom de Préroué {Prat-roné, Pré du roi) qui a déterminé M. Oresve à mettre en ce lieu le château de Salomon ; mais ce prince dit positivement que le monastère fondé par lui occupait exactement la place de son château : « ubi ego antea meam aulam habui » (Cartul. de Red. p. 189) et l’on ne peut douter que l’antique église de Maxent (récemment et vandaliquement détruite) n’eût succédé, sur le même emplacement, à celle du monastère. C’est donc là qu’était le château /'aula^ de Salomon; Préroué, avec ses fossés, pouvait être quelque fortification avancée.
(2) Voir notre tome !•% p. 360 , 481, 483; tome II, p. 13, 19.
(3) Plélan n’ayant eu au XP siècle aucune importance comme centre féodal ou militaire, on ne peut historiquement rapporter qu’à Salomon l’origine de cette vieille fortification. La carte de France de Cassini la nomme (à tort) les Châteaux.
(4) Voir déclaration de la baronnie de Lohéac du 21 février 1695, Arch. de la Loire-lnP», Ch. des Comptes de Bretagne, Déclarations , Dom. de Rennes, t. XX, n» 66, f. 30 à 32. — Déclaration du régaire de l’évêché de S*-Malo, du 8 juillet 1682. Id. Ibid. Déclarations, Dom. de Rennes, VII, n» 25, f. 23 v». — Arch. d’Ille-et-Vil. Intendance, Juridictions de la subdélégation de Plélan en 1717.
(5) Voir plus haut , p. 34 et 55.
(6) « Ego Erispoê princeps Britanniœ... donavi etc. Factum est hoc in aula Talensac » {Cartul. de Redon, App. n® 34, p. 367j. Cf. tome I*% p 481.