ET LES FORMULES DE SA CHANCELLERIE
les deux derniers étaient encore dans le Poutrécoët, c’est-à-dire dans les limites de l’antique Brecilien.
Sous les ombrages de l’immense forêt se cachait aussi un lieu dit Bot-Catwr (Bot-Cador), où nous rencontrons le roi Salomon pendant la dernière maladie de la reine Wenbrit, par conséquent à petite distance de Plélan où elle se trouvait alors et où elle fut inhumée (1). — Mais on ne sait trop où mettre Bedul~Camp, un lieu d’importance pourtant, puisque le roi l’intitule villa publica sedis nostrœ (2), et où il octroya à l’abbaye de Prum et à ses domaines de Bretagne une charte d’immunité en forme très solennelle (3). On a voulu identifier ce lieu avec Bedée, dont le nom ancien est Bedesq, ce qui ne ressemble guère à Bedul-Camp. En pays gallo ou français, ce nom serait devenu naturellement Boul^Champ, puis Bouchamp, Il y a un Bouchamp près de Craon ; Bedul-Camp était peut-être une résidence dans la Marche franko-bretonne , sur cette limite de la Mayenne fusque ad Meduanum flumenj, que Salomon était si fier de posséder.
Dans les diplômes de ce roi on retrouve souvent les allures et les formules solennelles de la chancellerie carolingienne (4). Charles le Chauve avait formellement reconnu à ce prince la dignité royale et lui en avait même donné les insignes, le manteau, la couronne, tous les ornements (5). Aussi les chroniques du temps (entre autres Réginon et les Annales de MetzJ lui donnent toujours le titre de roi, que les chartes de Redon lui attribuent couramment (6). Toutefois il ne le prend pas lui-même dans le début de ses diplômes, qui n’en est pas moins fastueux : Salomon par la grâce de Dieu prince du pays de Bretagne, — Salomon par la grâce et par le bienfait de Dieu chef et prince des Bretons, — Salomon par la grâce de Dieu prince de toute la Bretagne et dune grande partie des Gaules, — tels sont les titres qu’il se donne en tête de ses chartes (7). Mais à la souscription il se rattrape, et son seing est presque toujours ainsi annoncé : d Signum Salomonis REGIS, ou REGIS Britanniæ, Signe de Salomon roi de Bretagne (8). » Et la preuve qu’il avait bien droit à ce titre, c’est que la chancellerie pontificale, toujours si correcte, si jalouse de n’offenser en rien Charles le Chauve, n’hésite pas à saluer du titre royal le prince breton; le pape Nicolas I®** adresse ses lettres, ci-dessus analysées, à Salomon roi de Bretagne ou roi des Bretons, et il le qualifie Votre Gloire, Votre Prudence, exactement comme Charles le Chauve (9). Lui-même aussi Salomon appelle ses états i le royaume de Bretagne » : — Je fais toutes ces largesses aux moines de Redon (dit-il dans la grande charte du monastère
(1) <t In loco nuncupnnte Bot Catuur. » {Carlul. de Bedon, n® 49, p. 39.)
(2) « Villa du domaine public et notre résidence. »
(3) « Actum villa publica sedis nostræ Bedul Campo... anno dccc™® lx™* Dominicæ Incarnationis. » (D. Morice Preuves I, 316.)
(4) Entre autres dans la charte d’immunité pour l’abbaye de Prum, de Tan 860 (D. Morice. Pr. I , 314), dans le privilège pour l’élection des abbés de Redon en 868 (Carlul. de Redon, n« 240, p. 187), etc.
(5) « Corona aurea et gemmis ornata, cum omni paramento regio cultu exculto » (Ann. Berlin. an. 868).
(6) Voir Carlul. de Redon, n®» 21 , 226 , 240 , 241, 247, 257, pp. 18, 173, 188, 194, 199, etc.
(7) Voir D. Morice, Preuves I, 314; Carlul. de Redon, n«* 240 et 241, p. 187 et 189; et ci-dessus p. 90, note 2.
(8) € Signum Salomonis régis Britanniæ » (Carlul. de Red., n» 240, p. 188). — Voir aussi les n®» 21, 257 et, dans D. Morice Pr. I, 308, 2« acte de cette colonne, etc.
(9) D. Morice Preuves 1, 316, 318; D. Bouquet VII, p. 4r07, 409.