COMTES ET ÉVÊQUES BRETONS A LA COUR DE SALOMON
de Plélan) « pour la rédemption de mon âme, de celles de mes parents et de mes » enfants, et pour la stabilité de tout le royaume de Bretagne (1). »
Autour du roi Salomon, dans toute résidence où il lui plaisait de porter ses pas, toujours c’était cour brillante et nombreuse assistance : on en a la preuve dans la foule de témoins qui souscrivent ses chartes, trente, quarante, cinquante. Dans ce nombre, une dizaine de seigneurs du premier rang qualifiés comtes, parce qu’ils descendaient des anciens comtes souverains ou avaient la prétention de les représenter : c’était d’abord les deux princes Riwallon et Wigon, fils de Salomon ; son gendre Pascweten ou Pascwiten, comte de Vannes ou Bro-Weroc, et Alan frère de ce gendre; Rivelen comte de Cornouaille et son fils Wigon ; Judicaêl comte de Poher; Bran, Morweten, Bodwan et son fils Nopainoë, aussi qualifiés comtes, qui possédaient sans doute des fragments, des démembrements plus ou moins considérables de l’antique Domnonée, comme le Léon, le Goêlo, le Penteur ou Pentèvre, etc. Parmi les compagnons habituels les plus importants du roi Salomon, quelques-uns semblent ne devoir cette faveur qu’à leur valeur et leur mérite personnel, par exemple, Orscant, Cunan, Wrwant. Ils n’ont point le titre de comtes et cependant ils sont nommés avec les comtes et avant le clergé ; car, d’après les vieilles chartes du IX« siècle, le clergé tient toujours une place importante à la cour de Salomon. L’évêque qu’on y voit le plus souvent est Ratwili d’Aleth (2), après lui des chefs de monastères, d’abord l’abbé de Redon, puis trois ou quatre autres — Roenwallon, Finoês, Feleus, Kenmonoc, — dont on ne nomme point les abbayes (probablement Ruis, Gaël, Penpont); Félix archidiacre de Vannes, enfin bon nombre de diacres et de prêtres. A la suite du clergé, dans ces listes de témoins, reviennent des laïques, des tierns et des guerriers de rang ordinaire, qui se trouvent ainsi nettement séparés des comtes.
Une chose qui étonne d’abord, c’est que parmi les seigneurs du premier rang, un des plus rarement nommés, c’est Wrwant, c’est-à-dire ce Gurvant même mentionné plus haut (p. 91) d’une intrépidité sans pareille, qui avait osé, sur la Vilaine, braver avec une poignée d’hommes le terrible Hasting et toute son armée. Mais, malgré son héroïsme, il ne pouvait être en grande faveur auprès de Salomon; il avait pour femme la fille du malheureux Erispoë, et le meurtrier de celui-ci redoutait nécessairement de voir le gendre de sa victime se tranformer un jour en vengeur. Aussi, quoi qu’en disent quelques historiens modernes, il n’y a nulle preuve que Gurvant ait du vivant de Salomon possédé le comté de Rennes; du vivant de Salomon aucun texte n’appelle Gurvant comte de Rennes; s’il l’eût été il aurait eu certainement sous ses ordres une troupe plus nombreuse que les deux cents fidèles avec lesquels il défia en 869 les Normands d’Hasting.
En réalité, le roi Salomon avait gardé dans son domaine direct le comté de Rennes, le comté de Nantes, le Poutrécoët, c’est-à-dire l’immense forêt de Breci-
(1) « Et pro totius REGNi Britannici stabilitate » (Cartul. de Redon, no 241 , p. 191).
(2) On y rencontre aussi , de 860 à 866, Festien ou Festinien, archevêque de Dol, Anauweten évêque de Cornouaille, Courantgen évêque de Vannes, Rethwalar prédécesseur de Ratuili sur le siège d'Aleth ; voir Cartul de Redon, n*»* 30, 49, 88, 240, 241, 247, 267, pp. 24, 39, 60, 187, 192, 199, 207.