LA CATASTROPHE FINALE
du roi (1). Par le moyen de ses missi, Salomon faisait ainsi pénétrer directement la puissance royale dans l’administration intérieure du plou.
Tous ces traits de la royauté de Salomon ne nous montrent rien de semblable sans doute à notre centralisation actuelle , mais pourtant une monarchie fastueuse pour l’époque, une puissance souveraine fortement concentrée, maniée avec énergie et qui développa efficacement la force et la prospérité de la Bretagne, non toutefois sans heurter de front, avec trop peu de ménagements, les mœurs, les traditions séculaires, les tendances innées du sang breton toutes tournées vers l’indépendance individuelle. Le danger de la politique de Salomon, c’était d’appeler une réaction. En tendant trop fort la corde, on risquait de la faire casser.
§4. — La peine du talion.
Ce règne, comme le précédent, finit par une catastrophe. Salomon avait tué Erispoê, Salomon fut tué. Tragique réalisation de la parole évangélique : Qui frappe avec le glaive par le glaive périra.
Cet événement, dans beaucoup de ses circonstances, surtout dans ses causes, est encore couvert d’obscurité. Un lambeau de vieilles annales, cousu à tort par D. Lobineau au texte de la Chronique de Nantes (2), attribue l’origine de la conspiration aux évêques bretons intronisés par Nominoê sur les sièges des évêques simoniaques et que Salomon, pour obéir aux instructions de Nicolas aurait eu l’intention de déposer (3). Lobineau, ayant remarqué avec raison que, des prélats simoniaques chassés par Nominoê un seul — Susannus évêque de Vannes — pouvait encore, en 874, être vivant et hors de son siège, en conclut que l’évêque placé à Vannes par Nominoê, et qui s’appelait Courantgen, seul menacé par les intentions prêtées au roi Salomon, devait être nécessairement le chef de la conjuration (4). Mais une charte de Redon du 5 février 870, inconnue à Lobineau, nous apprend que Courantgen était mort à cette date et avait un successeur nommé Dilis qui ne pouvait être taxé d’intrusion (5). D’ailleurs on ne voit nulle part que Salomon ait jamais eu l’idée de rappeler sur leurs sièges des
(!) En 872, « coramendavit Salomon Aourken tirannissæ manifestare hoc illius plebis (i. e. PIou Catoc) hominibus, quia ipsa Ourken, uxor larnhitini machtiern ex plebe Rufiac, tune sub potestate Salomonis in ipsa plebe qiiœ dicitur plebs Katoc vice legali habebatur : quod et fecit ante ecclesiam plebis Katoc die dominico. » {Ibid, n® 257, p. 207-208). Tirannissa c'est la femme d’un tiern ou machtiern, titre assez souvent traduit par le latin tyrannus.
(2) Dans D. Morice, Preuves I, ce lambeau commence à la dernière ligne de la col. 141 et comprend les 29 premières lignes de la colonne suivante. Cf. Chron. Namnet. édit. Merlet, p. xliii note 1, et p. 66 note 1.
(3) «. Est trouvé ès Annaux qu'aucuns faux evesques, lesquels celui roy Salomon, jouxte l’insinuation du pape Nicolas, auroit redargués et reprins de leur mauvaise entrée en l’Eglise, procurèrent la mort du débonnaire roy Salomon, qui avoit voulu procéder à les expeller, jouxte les raandemens du Siège apostolique. » (Le Baud, Hist. de Bret. p. 121.)
(4) Voir Lobineau, Vies des SS. de Bret. in-fol. p. 203 ; Hist. de Bret. I, p. 65-66.
(5) Cartul. de Redon, n^ 234, p. 182, et notre mémoire sur la Chronologie du Carlul. de Redon, dans Annales de Bret. V, p. 602-603.