RÉVOLTE CONTRE LE ROI SALOMON
simoniaques de race franke comme Salomon ou Susannus; on trouverait même la preuve du contraire. Il faut donc renoncer à faire sortir le complot des ressentiments ou des craintes des évêques bretons substitués aux simoniaques et soi-disant menacés par Salomon. Courantgen tout spécialement doit être mis hors de cause, puisqu’il était certainement mort et remplacé avant le 5 février 870.
Les deux sources à consulter sur cet événement sont les Annales de Saint- Berlin et une Vie ou légende liturgique de Salomon, traduite en partie par Pierre Le Baud dans la version primitive (encore inédite) de son Histoire de Bretagne,
Après le siège d’Angers en 873, sous le coup des fatigues de cette campagne, plus encore peut-être sous le cri des remords qui grandissaient sans cesse dans son cœur. Salomon tomba gravement malade, et bientôt — probablement au début de l’année 874 — il résolut de renoncer à l’exercice de la puissance royale pour se vouer uniquement à la prière et aux œuvres de pénitence dans le monastère de Plélan ou Maxent récemment fondé par lui. Riwallon l’aîné de ses fils étant mort et son fils Wigon, le seul qui lui restât, se trouvant trop jeune pour gouverner, le roi convoqua une assemblée des principaux de la nation, à laquelle il fit part de son dessein et remit l’exercice du pouvoir; pour y vaquer on constitua un conseil de régence, chargé de tout le détail du gouvernement et de l’administration, mais qui sur les affaires principales s’entendait avec le roi (1). D’abord les choses allèrent bien ainsi ; mais au bout de quelques mois un parti se forma dans l’aristocratie bretonne contre le roi; deux comtes et deux évêques seulement, dit-on, lui restèrent fidèles. Les autres l’abandonnèrent ou entrèrent en rébellion ouverte. Voici comme les Annales de Saint-Bertin racontent ces événements :
c En l’an 874, des bruits assez incertains annonçaient tantôt la maladie, tantôt la mort de Salomon duc des Bretons. Mais pendant que le roi Charles était à Compiègne (au mois de juin 874), on sut avec certitude qu’il était mort dans les circonstances suivantes. Les principaux seigneurs de Bretagne, entre autres, Pascwiten, Wrwant, Wigon fils de Rivelen [comte de Cornouaille] l’ayant attaqué avec l’aide de certains personnages franks qu’il avait singulièrement maltraités (2), parvinrent à s’emparer de son fils Wigon et le retinrent prisonnier. Mais Salomon, ayant pu leur échapper, s’enfuit dans le pays de Poher (3) et se réfugia dans un
(1) « Commanda le roy Salomon à lui convenir les haultz hommes de son royaume. Quant furent assemblez, il leur sermonna en la manière qui ensuist : a Pour ce que je puisse plus libéralement » vacquer aux ouvres divines , le corage exempté de la charge de terrestre disposicion, je vous » constitue procureurs en ma seigneurie. Si plaise à vostre discrecion que je la relaisse au commun » conseill de touz vous; car j'ay disposé dorénavant vacquer et me tenir solitairement és lieux que » j’ay establiz à oraison. » Et lors lui promirent et jurèrent les seigneurs qui là estoient presens qu'ilz feroient son plaisir, et prindrent la charge et le gouvernement du royaume. Pour quoy il se retira des ouvres du monde pour vacquer à oraison sans empeschement, et les barons, prelaz et autres seigneurs commencèrent à traiter vertueusement le peuple breton. Mais ilz ne concluoient nulles haultes choses sans l’advis et consentement du roy Salomon, car neantmoins que il entendeist à oraison, ne s’estoit-il pas du tout [pas complètement] desmis de son royaume. Ainsi fut Bretaigne notablement gouvernée par aucun temps, et obeissoient lesditz seigneurs aux commandemens du roy Salomon sans les enfreindre, b (Le Baud, Hist. de Bret, inédite, Biblioth. Nat. ms. fr. 8266, f. 122 vo et 123 ro).
(2) « Insecutus a Francis hominibus quos valde afflixerat. b (D. Bouquet VIl , p. 238).
(3) « Fuga lapsus, in Paucherum secessit » (Ibid.) Faucher ou plus régulièrement Poiicher, c’est le nom breton Poii-Caer, c’est-à-dire le pays de Poher; cela ne peut être aucunement, comme quelques auteurs l’ont cru, le Porhoêt, qui s’appelait en ce temps-là Pouirecoêl.
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