‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 85 sur 392 · SA MORT TRAGIQUE · texte numérisé non relu

SA MORT TRAGIQUE

petit monastère imonasteriolum/ , où il pensait devoir être en sûreté. Mais il fut trompé (circumventus) par ses compatriotes, et comme aucun Breton ne devait lui faire aucun mal, ils le livrèrent aux Franks, à Fulcoald et aux autres (1), qui lui crevèrent les yeux. Le lendemain on le trouva mort : juste retour du traitement infligé par lui à Erispoê son seigneur, qu’il avait poursuivi dans une église et tué sur l’autel pendant qu’il invoquait l’aide de Dieu, d

Le dessin général des événements semble fidèlement tracé dans ce bref récit ; à l’aide de la légende et du lambeau d’annales cité plus haut, on peut à peu près reconstituer le drame.

Les ennemis de Salomon vinrent l’attaquer dans le monastère de Plélan. Il se sauva courant droit devant lui vers l’Ouest jusqu’au Poher, traversa même tout ce pays et ne s’arrêta que sur sa limite occidentale dans une petite église voisine de l’Elorn qui s’appelle aujourd’hui en français La Martyre et en breton Mener Salaûn (Martyre de Salomon) (2). La meute acharnée qui le poursuivait le découvrit là la veille de la Saint-Jean 874 et le bloqua aussitôt dans ce dernier refuge. Selon sa légende, ses’ ennemis auraient essayé deux fois d’y pénétrer de vive force, d’abord dans la nuit du 23 au 24 juin, puis le jour de la Saint- Jean, sans pouvoir forcer l’entrée. Probablement ils se bornèrent à des démonstrations plus ou moins menaçantes, sans oser braver l’excommunication portée contre les violateurs de l’asile religieux.

Si Salomon s’était tenu bien clos dans ce sanctuaire, il aurait probablement, du moins pour cette fois, sauvé sa vie. Mais le vieux roi était las de cette lutte, dans laquelle il voyait se dresser contre lui ses meilleurs amis comblés de bienfaits par lui pendant tout son règne, comme Pascwiten et Wigon; il était las aussi de sa maladie, las de ses remords, las de la vie, accablé de repentir, affamé de pénitence et d’expiation. Aussi se livra-t-il vraiment de son plein gré à la mort.

Les conjurés lui députèrent un évêque pour lui proposer la paix, à condition qu’il sortirait de son église pour en venir discuter les clauses avec eux; l’évêque jura qu’aucun de ceux qui l’envoyaient, c’est-à-dire aucun Breton, ne ferait au roi le moindre mal (3). Le prince accepta cette proposition, convaincu qu’il marchait au supplice — au terme de ses maux, — et le sachant si bien qu’avant de quitter son asile il se fit administrer la communion par l’évêque. Celui-ci l’amena ensuite devant les Bretons, — qui en effet ne lui firent aucun mal — mais le livrèrent aux bourreaux franks. Des mains charitables, après sa mort, (25 juin 874), eurent la piété de transporter son corps en son monastère chéri de Plélan ou Maxent et de l’inhumer là tout près de sa chère Wenbrit.

Cette mort si généreusement cherchée et si lâchement infligée , couronnant de longues années de pénitence et d’un dur repentir, après un long règne plein de gloire et de succès politiques, qui porta au plus haut point la puissance et la fortune de la Bretagne , — cette mort mit au front du roi une céleste auréole. Au

(1) < Circumventus a suis fquod a nentint Brittonum quidquam mali snstinere deberetj, traditus est Francis hominibus, Fulcoaldo et aliis > (Ibid. p. 239).

(2) La paroisse de La Martyre près Landernau est dans le Léon, mais immédiatement sur la limite du Poher ; l'église se trouve à peine à 7 kilomètres de cette limite.

(3) « Quod a nemine Brittonum quidquam mali sustinere deberet. » (Annales de Saini-Beriin.)

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