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LES CAUSES DE LA CATASTROPHE

lendemain de sa mort les Bretons saluèrent en lui un saint et un martyr, et son culte fleurit toujours en Bretagne (1).

Il reste dans cette tragédie plus d’un problème à résoudre.

Que Wrwant (Gurvant), gendre d’Erispoë, ait poursuivi jusqu’à la mort le meurtrier de son beau-père, rien de plus explicable. Mais Pascwiten, le gendre de Salomon et pendant tout son règne son principal conseiller, constamment comblé de toute sa conflance et de toutes ses faveurs , comment expliquer son rôle — rôle principal — dans le complot? Autant, ou peu s’en faut, est-on étonné de trouver là aussi le fils du comte de Cornouaille, qui avec son père figure dans toutes les chartes de ce règne au premier rang de la cour de Salomon. — Mais quand bientôt nous verrons, au lendemain de la mort de ce prince, tous les comtes bretons se soulever contre l’idée même de la monarchie bretonne , peutêtre trouverons-nous là le mot de l’énigme. L’explosion finale contre Salomon ne fut point un complot isolé, mais un mouvement général, une réaction irrésistible des instincts anti-unitaires de la race bretonne contre la monarchie trop forte, trop concentrée, imposée à la Bretagne par ce prince. Pascwiten partageait peut-être lui-même ces idées de réaction ; plus probablement, voyant leur triomphe inévitable, il se mit prudemment dans le parti le plus fort.

Mais ces Franks qui furent les bourreaux du roi , ces Franks « qu’il avait si maltraités, » qui pouvaient-ils être? d’où venaient-ils? Ce n’était pas des sujets de Charles le Chauve : au lendemain du siège d’Angers, entre le roi Charles, ses sujets et Salomon de Bretagne, il ne pouvait y avoir qu’amitié et bon accord. Il en devait être autrement des Franks établis dans les provinces récemment cédées à Salomon, Cotentin, Avranchin, Maine et Anjou jusqu’à la Mayenne : le roi breton ne semble pas s’être beaucoup gêné, dans ces provinces, pour dépouiller les Franks de leurs bénéfices et en revêtir ses Bretons. Ainsi, dans le diocèse d’Avranches, sans respect pour les droits d’une maison religieuse illustrée par le corps d’un saint très vénéré (2), le roi Salomon lui avait enlevé un important domaine, la villa de Patricliacus, pour en gratifier un de ses fidèles, un seigneur breton appelé Gurham (3). Si l’on traitait ainsi les églises, que ne devait-on pas se permettre envers les laïques et les simples particuliers ? C’est donc là évidemment qu’il faut chercher ces Franks a si mal traités par Salomon , i dont parlent tes Annales de Saint-Berlin. Pour assouvir leurs vengeances intéressées, ils

(1) Jusqu’à la Révolution, une des paroisses de Vannes était dédiée à S. Salomon ; au XIV* siècle, Charles de Blois lui édifia une chapelle dans la cathédrale de Rennes. L’église de La Martyre, qui est encore sous son patronage, possède un beau reliquaire d’argent du XV« siècle, figurant une élégante église gothique et contenant des reliques de S. Salomon. Au XVllI* siècle on inventa que le Salomon ainsi honoré n’était pas celui du IX* siècle, mais un prétendu Salomon I*»^ du V* siècle, rattaché à la fabuleuse dynastie du fabuleux Conan Mériadec. Malheureusement, ce soi-disant Salomon 1**“ ii’a jamais existé, et tous les monuments liturgiques, entre autres les leçons du bréviaire de Vannes de 1589, se rapportent positivement à notre Salomon, le seul roi de Bretagne de ce nom qui ait jamais existé.

(2) L’abbaye de Corbion ou Gurbion au diocèse de Chartres, dans le pays de Dreux, qui possédait le corps de saint Lomer fS. LaunomanisJ.

(3) « Villam quæ dicitur Patricliacus retroactis temporibus Rodulfus, vassus dominicus, memorato monasterio (Corbionensi) contulcrat, ipsamque gens Britannorum cum principe suo Salomone, cum multis possessionibus rege Carolo condonante, in possessionem acceperat; sed princepsunus ejusdem patriæ, nomine Gurhamius, eamdam villam a ^lomone cum multis possessionibus in dominium receperat. » (Hislor. translat. S. Launomari, dans Mabillon, Acta SS. ord. S. Benedicti, Sæc. IV, part. 2, p. 246).

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