‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 89 sur 392 · SOULEVÉS CONTRE LA ROYAUTÉ CAROLINGIENNE · texte numérisé non relu

SOULEVÉS CONTRE LA ROYAUTÉ CAROLINGIENNE

» nous serons contre lui, je ne vois pas comment il pourra rester en France » et garder la couronne (1). »

Hérupois ou hérupé au sens propre signifie hérissé; au figuré, farouche, résistant, opiniâtre, rebelle (2). Nom qui convient parfaitement à cette ligue des seigneurs, comtes et barons, insurgés contre Fempereur.

Les Hérupés font fabriquer des deniers, non d’or ou d’argent comme demandait Charles, mais des deniers d’acier. Chacun d’eux et de leurs guerriers en attachera quatre au bout de sa lance ; si Charles les accepte, au lieu de donner les deniers ils donneront des coups de lance et lui feront une guerre acharnée. S’il les refuse, si revenu à de meilleurs sentiments il se résout à respecter leur franchise, les barons Hérupés feront la paix et l’aideront vigoureusement dans sa guerre contre les Saxons.

Le premier jour de mai, ils partent avec une armée de cinquante mille hommes ; quoiqu’il y en eût moitié moins que n’avait dit Salomon , c’était un beau chiffre. Ils marchent vers Aix la Chapelle, car l’empereur, abandonné des barons flamands, bourguignons et lombards, avait dû laisser la guerre de Saxe et se réfugier dans cette résidence. — t Ils marchent tout à travers la Lorraine, dit le poète, n’épargnant ni les hommes libres ni les serfs ; partout où ils passent le pays est désert ; tout bœuf, toute vache qu’ils rencontrent est de bonne prise; ils brûlent et pillent le royaume, qui est couvert de biens, et font fuir les paysans devant eux comme des daims (3). i Ils approchent d’Aix la Chapelle et envoient des messagers à l’empereur. A ce moment même, dit le poète, a l’apostoile, » c’est-à-dire le pape , lui contait la vie de saint Martin, lui en lisait la lettre et lui expliquait le latin. De plus il avait près de lui Naimes, duc de Bavière, l’un de ses plus sages conseillers. Aussi, quand les messagers des barons Hérupés font connaître à Charles leurs intentions, leurs menaces éventuelles d’hostilité, il se montre fort radouci :

— « Si d’autres me faisaient ces menaces, dit-il, je ne le supporterais pas; » mais les Hérupés m’ont rendu de tels services que je dois leur passer beau- 5 coup. Seulement, ils ont eu grand tort de se courroucer contre moi avant » d’avoir eu mes ordres définitifs. Quant à leur donner pour l’avenir toute assu- » rance, je le ferai volontiers. Je les proclame donc ici quittes et francs du tribut

d’or et d’argent que je leur avais demandé : et cette franchise, elle est pour les » pères, pour les fils, et pour tous leurs descendants jusqu’à la fin du monde. •

A cette nouvelle, les Hérupés sont en liesse ; ils viennent toutefois avec leur armée jusqu’à Aix la Chapelle, non plus en ennemis, mais en alliés et amis.

Dans la ville entre donc toute la grande procession des Hérupés, b et Salomon, qui là encore parle au nom de tous comme leur chef, dit à Charles :

— « Sire droit empereur, recevez le tribut que vous apporte chacun de nous, ï à savoir, quatre deniers ronds de fin acier. »

— « Certes, répond l’empereur, ce tribut est bon, les Hérupés ne m’en doivent B point rendre d’autre, b

(1) Chanson des Saxons, t. I, p. 50-51.

(2) Voir Fréd. Godefroy, Dictionnaire de Vancienne langue française, aux mots Herupé, Heruper, Hureper, Hurepé, tome IV, p. 468, 530, 531.

(3) Chanson des Saxons, t. 1, p. 61.

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