‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 91 sur 392 · ORIGINES HISTORIQUES DE LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

ORIGINES HISTORIQUES DE LA LÉGENDE

Dans tous ces récits, Charlemagne représente Charles le Chauve, le seul souverain frank du nom de Charles à qui notre Salomon breton ait eu affaire.

Entre les Saxons et les Normands il y a peu de différence : ceux-ci, comme ceux-là, pirates et païens. Salomon, en 873, avait rendu à Charles le Chauve dans sa lutte contre les Normands un service capital, car sans lui et ses Bretons, le roi des Franks n'aurait pu chasser les Normands d'Angers (ci-dessus p. 94). Cet exploit de premier ordre, ce service éminent s'est aisément transformé en la victoire décisive du roi Salomon sur les Saxons, laquelle par la prise de Witikind met fin à la guerre, comme la prise d'Angers avait mis fin à celle de Charles le Chauve contre les Normands de la Loire.

Quant à l'épisode si original des barons Hérupés, qui se soulèvent contre l'empereur. Salomon en tête, et ne veulent pas payer le tribut, c'est la concentration légendaire en un événement unique de toutes les guerres du roi Salomon contre Charles le Chauve de 858 à 863, de 865 et 866 : guerres qui eurent pour théâtre principal l'Anjou, le Maine, la Touraine, la Marche franko-bretonne , c'est-à-dire le territoire assigné par la Chanson des Saxons aux barons Hérupés : guerres dans lesquelles les Bretons eurent presque toujours pour auxiliaires des princes et des seigneurs franks insurgés contre Charles le Chauve, possessionnés dans ce même territoire, et qui dans le poème sont représentés par Huon du Mans, Geofroi d’Anjou, Richard de Normandie, etc.

Le tribut mis par l'empereur sur les Hérupés, si énergiquement repoussé par eux, surtout par les Bretons, c'est manifestement le tribut de 50 livres imposé en 863 par Charles le Chauve à Salomon selon les Annales de Saint-Bertin, payé une seule fois par les Bretons en 864, répudié par eux l'année suivante, et depuis lors aboli à tout jamais.

Cet épisode des barons Hérupés, dont on n’avait pas jusqu'à présent trouvé la source historique, est expliqué clairement, d’une façon satisfaisante, par l'histoire de notre Salomon, transportée, grâce à une confusion de nom, sous le règne de Charlemagne. — Il était bon de le montrer, d'autant que l'importance légendaire, attribuée pendant tout le moyen-âge dans les chansons de geste et les traditions poétiques à la figure de notre roi breton, est une preuve frappante, incontestable, de son importance réelle dans l’histoire de son siècle et de sa grande renommée parmi ses contemporains

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