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LES HOMMES LIBRES, LES NOBLES

est donc important d’observer à ses débuts ce nouvel élément hiérarchique, — sans oublier toutefois qu’au IX^ siècle le trait caractéristique des institutions bretonnes, c’est le plou et son organisation encore très vivante, sur laquelle les chartes de Redon (1) jettent beaucoup de lumière, en faisant connaître aussi, au point de vue territorial, la constitution, les subdivisions du plou, la condition des terres, la nature des biens que renferment ces subdivisions.

Essayons de résumer sur tous ces points les notions essentielles fournies par les documents, de façon à donner une vue d’ensemble de l’état social des Bretons d’Armorique au IX^ siècle, de leur organisation politique et nationale.

§ !«»■. — État des personnes.

Les trois ordres de personnes existant dans la société bretonne sont nommées dans plusieurs de nos chartes. Ainsi, en 869, par un acte solennel, Salomon roi de Bretagne, renonce en faveur des moines de Redon, aux redevances et services qui pourraient lui venir « des hommes — colons, serfs ou libres — résidant sur » les terres de cette abbaye (2). » Voilà donc cette triple division des personnes proclamée officiellement.

1® Les Hommes libres (Liberi, ingenui). — Il y avait parmi les hommes libres plusieurs classes fortement séparées les unes des autres. On peut en distinguer au moins trois : les nobles [nobiles, optimales/, les simples libres mais de race libre /liberi, ingenui}, et les affranchis /liberti}. Ces derniers ne paraissent qu’une fois dans nos chartes (3).

La noblesse comprenait les comtes, les machtierns ou chefs de plou, et avec eux les hommes libres les plus importants par leur richesse, leur bravoure ou leur race, lesquels sous les noms latins de nobiles, optimales, mieux encore sous le nom breton de tierns (4), formaient l’élite et la tête de la nation. La noblesse n’était point encore complètement héréditaire : le plus souvent, l’importance et la notoriété acquises au père se transmettant aux iiis maintenaient ceux-ci au rang des nobles; mais si par leur inconduite ou leur couardise les fils

(1) La source principale et presque unique des renseignements que nous allons produire sur les institutions civiles et politiques des Bretons au 1X« siècle, est le précieux recueil connu sous le nom de Cartulaire de Tabbaye de Redon , transcription exécutée aux XI* et XII* siècles des anciens titres de ce monastère, et dont la première partie qui finit à Tan 924, contient 283 actes, dont 273 de 801 à 895 et une dizaine du X* siècle. Le texte de ce cartulaire a été publié en 1863 par M. Aurélien de Courson dans la collection des Documents inédits de Vhistoire de France. Le manuscrit original, qui appartenait à Son Eminence le cardinal Saint-Marc, est aujourd’hui déposé à la bibliothèque du Grand Séminaire de Rennes. — L’édition imprimée a un Appendice contenant une cinquantaine d’actes ou extraits d’actes du IX* siècle, publiés par les Bénédictins Bretons, et qui n’existent plus aujourd’hui dans le manuscrit.

(2) « Ex illorum (monachorum) hominibus, tam colonis quam servis sive ingenuis, super ipsorum terram commanentibus. » (Cartul. de Redon, n® 241, p. 191.)

(3) Acte de l’an 830 : village du plou de Rufiac vendu « cum terris, libertis, accolibus, mancipiis, silvis, pratis, etc. » {Ibid, n* 155, p. 119). Accola, mancipia, synonymes de coloniet de servi. Accolibus est une faute du copiste pour accolabus.

(4) Les documents latins traduisent souvent ce titre par tyrannus qui , étant un simple calque de tiern, n’a pas le mauvais sens de tyran, mais seulement celui de seigneur. En certaines occasions cependant on joue sur le double sens de tyrannus.

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