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LES COLONS, TENANCIERS HÉRÉDITAIRES

tombaient dans la misère ou dans le mépris public, leur noblesse s’évanouissait.

Entre les hommes libres, même les nobles, le régime de la recommandation mentionné plus haut était très développé. Les puissants, les riches, les plus braves parmi les nobles, voyaient beaucoup d’hommes libres se placer sous leur patronage et leur commandement ; plus loin, en parlant des bénéfices, nous dirons dans quelles conditions se constituait d’ordinaire cette clientèle. En attendant, voici, dans les Gestes des saints de Redon, le portrait d’un de ces tierns d’importance qui entretenaient autour d’eux de nombreux clients : <l Au temps B de Nominoé (dit l’hagiographe) il y avait un homme boiteux appelé Haêlwocon, » très puissant et très riche, ayant sous ses ordres beaucoup de nobles, surnommé » par tous pour celte raison le large ou le généreux (1). Il menait une vie B fastueuse, buvait du vin sans mesure, tout adonné à flatter son ventre et à B satisfaire toutes ses passions, il ne souffrait de personne aucun conseil, et se B moquait insolemment de quiconque voulait le reprendre, b De concert avec le méchant tiern Illoc, il disputa même leurs droits aux moines de Redon (2). Mais il finit par se convertir.

2® Les Colons {Coloni, accolœ, manentes). — Le colonat, qui date de l’époque romaine, était un adoucissement de l’esclavage, puis de la servitude, en faveur des esclaves et des serfs employés à la culture des terres.

Le caractère essentiel du colon, dans les actes bretons du IX® siècle, c’est d’occuper une tenue rurale qu’il cultive sous condition d’une redevance annuelle au propriétaire, tenue qu’il ne peut quitter mais qu’on ne peut lui ravir ni à lui ni à sa postérité. Il est lié à la terre, la terre à lui (3).

L’hérédité de la tenue colonaire, d’après les chartes de Redon, est absolument incontestable; dans certains actes les colons sont dits formellement heredes coloni, colons héréditaires (4), dans d’autres les mots heres, hereditarius , sont substitués, pour les désigner, au mot colonus (5).

Presque toutes les terres que leur propriétaire ne tenait pas directement étaient cultivées par des colons. Dans les ventes, les donations d’héritage, on les mentionne constamment, soit sous le nom de colons, soit sous celui d'heredes

(1) « .Haêlwocon, præpotens et dives, exercuit potestatem super multos nobiles, et a tali opéré ab omnibus Largus appellabatur » etc. (Gesta SS. Roton, lib. 111, cap. 7, dans D. Morice Preuves I, 259.)

(2) Cart. de Red. n® 88, p. 66.

(3) On ne trouve dans le Cartulaire de Redon qu'un seul exemple d'un colon donné sans mention de la tenue occupée par lui (n® 187, p. 144); ce silence ne prouve pas qu’il n’avait point de terre, d’autant plus que l’acte semble avoir été tronqué ou abrégé par le copiste du Cartulaire. Cet acte à part, voici la formule ordinaire de nos actes mentionnant les colons : Catloiant vend , en Hufiac, c villam nuncupantem lironantrcar cum duobus colonis, Roiantmonoc et Goidwal et semine eorum et Wivrat et semine ejus. » Cartul. de Redon, n® 160, p. 123.)

(4) En 819 ou 820, un Breton du nom de Roênwolou déclare avoir vendu à Loêsbritou « rem proprietatis meœ (dit-il), hoc est dimidium hereditatis meœ in plebe Lanoés (Lanouée), cum terris cultis et incultis, heredibus colonis, silvis, pratis, » etc. {Cart. de Red. n® 164, p. 127).— De 851 à 857, Wrdoital donne à un moine appelé Maenweten une petite terre en Rufiac dite c Ran Mewin cum suo herede nomine larngrin, cum flliis et filiabus ejus » (Ibid, n® 143, p. 109); quelque temps après cette terre de Hann Mewin reparaît « cum suis colonis quos supradictus Wrdoital dederat » (Ibid, n® 144, p. 110) : ce qui établit la synonymie de colonus et d'heres.

(5) En 872, «t dédit Catwotal presby ter terciam partem tigranis Bislin cum suo hereditario nomine Anauvili » (Ibid, n® 254, p. 204). — Tigran est une sorte de domaine dont nous parlerons ailleurs. Voir aussi le Cartul. de Redon, n®* 136, 138, 153, p. 103, 105, 117. Quant aux autres heres ou herédes indiqués à la table du Cartulaire de Redon, ils n’ont aucun rapport avec les colons.

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