‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 95 sur 392 · REDEVANCES DES COLONS FIXÉES PAR LA COUTUME · texte numérisé non relu

REDEVANCES DES COLONS FIXÉES PAR LA COUTUME

OU de manentes (1); ils sont donnés et vendus, eux et leur postérité, avec les terres qu'ils cultivent.

Une villa, c’est-à-dire une terre importante, comprenait, au centre, un domaine principal tenu directement par le maitre, par le propriétaire, et autour un certain nombre de petites exploitations rurales cultivées par les manents (2) ou colons. Ainsi, en 833, Wincalon, l’un des première compagnons de saint Conwoion, l’un des fondateurs de Redon, en entrant dans cette communauté, lui donna sa villa patrimoniale de Colworetan dans le ploa d’Alcam (Augan), « avec le manse » principal qu’il habitait et les autres petits manses où demeuraient les colons (3). » Ces exploitations rurales appelées ici manses reçoivent plus souvent, dans les actes du IX® siècle le nom de ran, c’est-à-dire (en breton) « division, partage, » ce qui semble indiquer qu’elles sont des parts, des démembrements d’une terre plus complète, plus étendue; parmi ces ran, l’on en voit plusieurs porter le nom des colons qui les occupent (4), tellement, comme nous l’avons dit, le colon et sa tenue sont inséparables l’un de l’autre.

Quant aux* redevances annuelles dues par le colon au maitre du fonds, elles n’avaient rien d’arbitraire, elles étaient déterminées soit par une convention entre parties, soit par la coutume, et portaient le nom précis de renda, qui implique une rente flxe. Les chartes de Redon marquent la composition de plusieurs de ces rentes. Voici, à titre d’exemple, celle d’une exploitation de moyenne importance appelée Ran Hocar, en Guérande, occupée par trois colons. Celte terre, donnée à l’abbaye de Redon (en 876) par le prince Pascwiten pour l’àme de sa femme Prostlon, devait payer annuellement à son propriétaire un muid et demi de froment, un muid de seigle, six muids d’avoine, un porc valant un sol, deux grands moutons et deux petits de la valeur de 3 deniers ; plus un sol pour une redevance spéciale dite manaheda, mot jusqu’à présent inexpliqué (5). Ailleurs, un colon qui occcupait seulement le quart d’un ran (6) devait chaque année à son maitre cinq pains, 8 deniers, un setier de miel. Ces redevances ne semblent pas bien élevées.

Les colons pouvaient ester en justice et soutenir des procès même contre leurs maîtres. On en voit plusieurs exemples dans les chartes de Redon. Le roi Salomon avait donné au monastère de Plélan ou Maxent une terre située dans le plan de Guer (de plebe WernJ ; les moines prétendaient se faire payer sur cette terre un

(1) On trouve assez souvent dans les actes les colons qualifiés coloni manentes (CartuL de Red., n°* 99 , 261 , p. 76, 210). — Dans le n» 163 du CartuL de Redon (p. 126-127) on voit une terre donnée, eu 860, avec l’homme qui la cultive, « cum manente supra nomine Woretmelin et Iota renda sua, » et ce manens est dans le même acte qualifié colonus,

(2) Ce mot à cette époque et longtemps après désignait purement et simplement ceux qui demeurent sur la terre {manentes supra terram); c’est pourquoi, conformément à l’étymologie, je l’écris ici par un e, pour le distinguer du mot « manant, » qui a pris une tout autre signification.

(3) « Ego in Dei nomine Guincalon .. per hanc epistolam donationis donavimus oillam juris met, quœ evenit mihi ex parte genitoris mei quondam, nomine Colworetan, cum manso meo et aliis mansiunculis ubi manentes commanent » (Cartul. de Redon, n» 5, p. 5).

(4) En 878 ou 879, Loïeswallon donne à Redon plusieurs terres situées in plebe Caroth, apj. Caro, près Ploêrmel, entre autres : « Ran Anaumonoc cum colonis Anaumonoc et filiis suis, et Ran Woranau cum colonis suis Woranau et Wethanau et Driwaloê » (Cor/, de Red. n® 268, p. 218).

(5) Cartul. de Redon, n® 260, p. 209.

(6) « Quartam partem virgadæ. » Virgada est souvent employé comme synonyme de ran. Voir Cartul. de Redon, n® 163, p. 126.

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