LUTTE DES COLONS DE BAIN CONTRE LE PRINCE PASCWITEN
cens, c’est-à-dire une rente en argent, les colons soutenaient qu’ils n’en devaient pas. Le litige ayant duré quelque temps, le chef des colons y mit fin en déclarant que la concession faite par eux était purement volontaire (1).
Voici un épisode plus curieux qui nous montre tout un peuple de colons en lutte, non seulement contre des nobles qui se prétendent leurs maîtres, mais contre le prince Pascwiten, régnant (comme nous le verrons) après la mort du roi Salomon sur la moitié méridionale de la Bretagne. Il s’agit d’une entreprise dressée par certains tierns, émules du méchant Illoc et peut-être ses rejetons, pour dépouiller l’abbaye de Redon de presque tous ses colons de la paroisse de Bain. Le machtiern Gredworet, prétendant qu’eux ou leurs pères avaient déserté sa terre pour émigrer, les réclamait en se fondant sur le principe, d’ailleurs incontesté, que si le colon venait à quitter sa tenue, lui ou ses descendants pourraient être repris par leur maître partout où celui-ci les trouverait. Gredworet tombé malade reconnut son tort et mourut après s’être désisté de sa revendication. — Ses héritiers la reprirent et surent y intéresser le prince Pascwiten, qui envoya sur les lieux, pour présider au jugement de cette affaire, trois délégués. Unis aux héritiers de Gredworet, ces délégués prétendaient enlever aux moines la plus grande partie de leurs colons de Bain; le rédacteur de la notice ou relation officielle de cette affaire renonce à les énumérer : a II serait trop long, dit-il, de les nommer tous (2). Il se borne à signaler le plus important d’entre eux /maximus eorumj appelé Finitworet, qui assisté de ses fils, de ses frères, de ses nombreux parents, dirigeait la résistance et, ainsi que les autres colons, refusait absolument de quitter Bain.
Mais à qui s’adresseront-ils pour prononcer sur le différend? Dans Bain l’abbé de Redon avait les droits et jouait le rôle de chef de plou, mais étant partie en cause il ne pouvait juger. Les colons font réunir le conseil des nobles et des anciens du plou (seniores et optimales plebisj, les constituent en jury, les adjurent de décider ce qu’ils doivent faire, eux colons, en face de cette requête, protestant n’avoir jamais ouï dire à leurs pères ni à leurs ancêtres depuis un siècle rien de pareil à ce qu’on articulait contre eux. Le conseil des notables fut frappé de stupeur en apprenant ces étonnantes revendications fondées sur de prétendus faits inconnus de tous, et après mûre délibération il prononça :
— a Nul de nous, nul de notre race n’a ouï dire que pareille chose ait eu lieu, 9 ni du temps des Romains ni du temps des Gallo-Franks ni du temps des » Bretons. Ces hommes que l’on réclame sont tous du plou de Bain, ils en ont ® toujours été, ils en seront toujours, comme avant eux en furent leurs aïeux et 3> les aïeux de leurs aïeux (3). »
Ayant mis leur verdict par écrit, les notables l’envoyèrent au prince Pascwiten,
(1) « lllam donationem quam dédit Salomon monachis in plebe Lan, in honore Salvatoris, de pleise Wern, in hereditate perpétua, post obitum Salomonis heredes donalionU (les colons de la terre donnée) contradixemnt monachis reddere censum. Gaput illorum Loengil erat, » etc. (Ibid, n» 237, p. 185.)
(2) t Longum per singulos nomina singulorum dicere » (Cartui, de Redon, n» 261, p. 211).
(3) t Optimales vero plebis et seniores , hec audientes , nimio stupore turbati sunt quia nunquam talia audierunt, dicentes : « Nullus de semine eorum hœc audivit neque in temporc Romanorum seu
• Gallomm neque in tempore Britannorum ; sed semper avi et avorum illorum in plebe Bain orti
• sunt et nati sunt et semper erunt. » Mandaveruntque hœc omnia verba supradicto principi. » (Cariai, de Redon, n^ 261, p. 211.)