‹ Histoire de Canada, sous la domination françaiseChapitre 10 sur 20 · Le refus du gouvernement de sa Majesté de · texte numérisé non relu

Le refus du gouvernement de sa Majesté de

* " C'est en te défendant qu'ils ont perdu la vie : '* Ils sont morts combattant pour notre liberté."

t Loin de nous de vouloir plaisanter, à l'occasion d'un événement triste et regrettable ; mais évidemment l'écrivain n'avait pas sa tête à lui, quand, en s'efforçant d'être énergique, il donnait à entendre que ces trois individus furent tués avant qu'on eût tiré sur la foule, ou qu'ils furent fusillés après leur mort.

rembourser à la province le montant de la défalcation du ci-dovant receveur-général

" L'exposé ci-dessus," est-il dit, dans la 85ème résolution, dêmof^tre qu'à aucune époque les lois et les institutions de la province n'ont été administrées d'une manière plus contraire aux intérêts du gouvernement

de sa Majesté que sous la présente administration

et nécessité de la part de cette chambre la mise en accusation de son Excellence, M. W. Aylmer, gouverneur en chef de cette province, pour avoir, dans l'exercice des devoirs de sa charge, en contravention au désir du parlement impérial, et aux directions qu'il a dû recevoir, à V honneur et à la dignité de la couronne ; aux

droits et privilèges de cette chambre, recomposé le

conseil législatif, de manière à augmenter les dissentions qui détruisent la colonie ; mis des entraves sérieuses aux travaux de cette chambre, comme grande enquête du pays ; disposé du revenu public, de la province, contre le consentement du peuple, en contravention à la loi et la constitution^ maintenu des abus existans et en avoir fait naître de nouveaux ; refusé de signer un writ d'élection ; etc,* et cette chambre attend de Vhxmneur, du patriotisme et de la

• << Ce qui a valu à lord Aylmer la désapprobation de messieurs les patriotes, c'est de n'avoir pas émané une commission nouvelle des magistrats, après le 21 mai ; c'est de n'avoir pas traduit à une cour martiale un brave soldat, obligé d'obéir à l'officier municipal, sous peine de perdre son épee, c'est d'avoir refusé sa sanction à tous les troubles qui accompagnèrent cette funeste élection. La terrible accusation n'a cependant pas osé parler de ce dernier grief crainte de démasquer aux yeux des citoyens loyaux des intentions qu'il était prudent de tenir secrètes, et cette accusation qui, dans la bouche du coriphée patriote, parle de tout, excepté de ses véritables motifs, cette accusation, si hautement, si solennellement commencée, si misérablement, si honteusement continuée, cette montagne en travail, qui aboutira à un enfantement ridicule, n'a été, et ne sera qu'une mystification pour le public, et peut-être, pour Tbonorable accusateur lui-même." — Héftexiona sur Vétat actuel du pays.

2()g titS'POlËË

justice da parlement réformé du Royaume-Uni, que tes communes du parlement porteront des accusations parlementaires et les appuieront devant la chamt»^ des lords, contre le dit Matthew lord Aylmer, par suite et à raison de son administration iUégale^ injuste et inconstitutionnelle du gouvernement de cette province, etc.

La 86ème est comme suit : '' Cette chambre espère et croit que les membres indépendants des deux chambres du parlement du Royaume-Uni seront disposés, autant par inclination que par devoir y à soutenir les accusations portées par cette chambre, et à veiller à la conservation de ses droits et privilèges, souvent et violemment attaqués, surtout par l'administration actuelle, et à faire en sorte qu^on ne puisse pas, en opprimant le peuple de cette colonie, lui faire regretter sa dépendance de Tempire britannique, et chercher AILLEURS un remède à ses m^aux.

Dans la STème, reconnaissance, louange et recours à Daniel O'Connell, etc.

Dans la 88ème, même confiance en Joseph Hume qu'en D. O'Connell, et méfiance du secrétaire colonial

Dans la Bdème, invitation aux membres de la minorité du conseil législatif aux membres de la chambre d'assemblée, jusqu'aux prochaines élections, et ensuite à tous les membres élus, et à telles autres personnes qu'ils s'associeront, à former des comités de correspondance, pour correspondre avec Thon. D. B. Viger, agent de cette province, et avec les dits Joseph Hume et Daniel O'Connell, et autres.

Par la 90ème résolution, l'hon. D. B. Viger est prié de demeurer au siège du gouvernement de sa Majesté, sans se laisser décourager par les exceptions de forme

btt oAitAbÀ. *M

Ae ceux qui ne veulent pas entendre les plaintes du pays,^ " 91ème. Bésolu, Que les dépenses justes et raisonnables des dits comités de correspondance, en exécution des pouvoirs QUE LIUB CONFIE CETTE CHAMBRE, SOnt UnC dette

qu'eUe contracte avec éuXy et que les représentans du peuple sont liés d'honneur à employer tous les moyens constitutionnels^ pour les rembourser, à cet égard, ainsi que ceux qui leur feront des avances pour les fins énumérées ci-dessus.'*

*^ 92ème. Résolu. Que le message de son Excellence, le gouverneur en chef, reçu le 13 janvier dernier, relatif au vmt pour le comté de Montréal, avec l'extrait d'une dépêche qui raccompagne, le messagedu même, reçu le même jour, avec l'extrait d'une dépêche qui

l'accompagne, soient biffés des journaux de cette chambre.

Tel est le résumé d'une œuvre dont on n'aurait pu

trouver nulle part le pendant, l'eût-on cherché dans les

annales de la plus grande démence révolutionnaire.f

* M. Viger était mis là dans ce que les Anglais appellent an awkward predicamerUj aussi parut-on douter qu'il osât se montrer au bureau colonial ou ailleurs, après la réception de la requête basée sur les 92 résolutions, en envoyant M. Morln en Angleterre pour les soutenir.

1 Les centum gravamina "présenicB h la diè<e deWorms, par une partie du peuple d'Allemagne, succombant sous le poids, et le nombre de ses griefs, ne leur sont pas comparables, du moins quant au délire et à la furie du style.

Un ancien membre de la chambre d'assemblée, qui avait " signé de tout son cœur les 92 résolutions, en 1834, et qui aurait istèprêt à les signer encore^ en 1836," si les circonstances avaient été les mêmes, nous demanda, en souriant, la dernière fois que nous eûmes J

le plaisir de le rencontrer, ce que nous dirions des 92 résolutions, |]

et d'après la réponse que nous lui fîmes, il répliqua: '' Que voulezvous, quand l'esprit est malade ?"

" Les résolutions sur l'état de la province renferment beaucoup de vérités et d'erreurs, avec beailcoup d'extravagance et de folies,

mais à. notre avis, ce qui les distingue le plus, c'est le ridicule

On autorise des conventions, et ce qui est pi us étonnant, on menace du secours de l'étranger, et par ce fait, on appelle l'étranger contre l'état. Le mot *' légèreté *' au secrétaire colonial n'est puis le mot oonvenâble. — Gazette de Québec,

210 âtsfoîRis

La présenter à la chambre, c'était lui ctetnander de sanctionner tout ce qui était sorti de la bouche de son orateur, depuis le commencement de la session de 1831. Les plus aveugles partisans ou admirateurs de M. Papineau ne pouvaient s'être attendu que ces propositions deviendraient résolutions de la chambre, avant d'avoir subi de nombreuses et importantes modifications ; peu d'hommes pouvaient croire qu'il ilàt décent, ou prudent, de dénaturer les faits, d'invectiver, d'insulter et de menacer d'une manière si folle et si furieuse ; tous devaient voir dans cet incongru verbiage, les efforts pénibles faits pour trouver les termes les plus injurieux, et leur donner la tournure la plus offensante: les passions concentrées de l'orgueil, de r amour-propre blessé, de la haine invétérée et de l'aveugle esprit de vengeance, ne trouvant pas assez d'espace pour se déborder, d'issues assez larges pour s'exhaler ; l'effervescence cérébrale, enfin, le délire politique parvenir à son pins haut paroxysme. On verra ce qui en advint, contre toute attente raisonnable quand on aura vu quelque chose des débats qui eurent lieu avant l'adoptation finale.

Il faut d'abord remarquer que M. Bedard, qui s'est chargé d'introduire ces propositions dans la chambre, et qui avait bien voulu " en prendre sur lui la responsabilité," ne les présenta que par parties détachées, et de plus, qu'il put à peine dire quelque chose à leur soutien, n'ayant parlé un peu longuement qu'en une seule occasion ; que MM. de Bleury, Yanfelson et Lafontaine firent d'assez longs discours pour les faire trouver bonnes et convenables ; que M. Bourdages les appuya, comme il appuyait, soit par pure complaisance, soit par une identité singulière de sentimens et de vues, tout ce qui plaisait à M. l'orateur, et qu'il

ti*y eût que M. Papineau qui en parût connaître le fond, l'intention secrète, le mérite intrinsèque et caché, et qui les défendit, comme on ferait d*une œuvre chérie, chaleureusement, passionnément, et quelquefois impérieusement, à la façon d'un fameux président de la convention fiationale de France. Pourtant, son très long discours ne fikt guère que la répétition de ses déclamations précédentes, ou la copie même des résolutions, avec de légères variantes, dénotant que les accès démagogiques, ont été plus ou moins longs, plus ou moins grands, en différentes occasions ou sous différentes phrases allant parfois jusqu'à lui faire vouloir, à l'exemple des indépendans du temps de Charles I, l'abolition complète de la monarchie et de l'aristocratie, et par conséquent, la démocratie pure ou l'anarchie.

Les discours de MM. Neilson, Stuart et Quesnel contre ces résolutions, furent ceux d'hommes sages et réfléchis, mais parlant peut-être trop bas, au milieu de la tempête, ou pour Toccasion. Le seul M. Gugy parut animé, nous dirions peut-être mieux impatienté par les longues, divagantes, mordantes, et souvent éloquentes diatribes de M. Papineau. Ce que ces différents orateurs dirent de mieux alors ne doit pas être perdu pour la postérité.

M. Neilson. '< Si je suis prêt à résister à toute attaque contre cette chambre, je suis prêt à en faire autant pour le gouverneur. Gomment faire le bien commun en attaquant le représentant du roi? N'est-ce pas nous mettre en inimitié avec les autorités sous lesquelles nous siégeons, et déclarer qu'il n'y en a pas d'autre que la nôtre ? Il est de même contraire à mes principes d'arrêter la marche du gouvernement, en refusant les subsides...... Je serai le dernier à con-

212 kidfotftË

fientir qu'on s'emporte en injares et en insultes contré celui qui nous communique les ordres de sa Majesté dans cette province. Dire que nous voulons rompre toute communication avec lui, que nous jetons sous la table les dépêches de M. Stanley, sont dos' idées que comportent les résolutions, qui jamaiB n'obtiendront mon assentiment. C'est nous qui avons mis des entraves à la ^^ réforme des ahus'^

M. Stuart : *' Loin de moi toutes ces distinctions nationales, ces expressions exagérées et injurieuses que s'est permises Torateur de cette chambra Ces expressions sont extrêmement inconsidérées. Dans ce pays, il est impossible d'empêcher les inconvéniens qui résultent du mélange de la population ; mais est-ce à nous à semer des dissentions et à augmenter l'irritation ? J'ai cru apercevoir dans la discussion plus de personnalités que de raisonnemens

Nous sommes dans un moment de crise; nous

convient-il d'adopter des mesures propres à augmenter l'embarras et à exciter l'irritation ? Est-il conforme aux règles de la raison et de la prudence de tourner

contre nous tontes les autorités Ce n'est pas le

peuple qui est mécontent, ce sont ceux qui se mêlent des affaires. Où sont dans ce pays les esclaves dont on parle dans les résolutions ? Peut-être y en aura-t-il un jour, si elles sont adaptées. Ceux qui vantaient tant leur amour pour la liberté, qu'ont-ils fait pour le pays ? Ils ont suscité des mécontentemens,'ils ont su

exciter les passions Il est de fait qu'autrefois il y

a eu des abus...... mais aujourd'hui, quelle nécessité y

a-tril de mettre la chambre en collision avec les autorités locales et extérieures ? Il n'y a pas un homme sensé qui ne convienne qu'une pareille lutte nous serait funeste à tous. De bonne foi se persuade-t-on

que ces résolutions sont de nature à consolider Tétat du pays ? Pour moi, j'y vois son malheur, sa ruine et VesclavageJ*

M. QuESNSL : " Le gant est jeté ; la majorité a défié tous ses ennemis ; elle a fait une déclaration de

guerre Irons-nous en Angleterre, lorsque nous

sommes en guerre avec toutes les autorités de la province? Contre les règles de la saine politique, nous entreprenons plusieurs guerres à la fois. Nous déclarons la guerre au gouverneur, lorsque nous savons qu'il sera soutenu par les ministres, qui ont déjà approuvé sa conduite. Nous déclarons une autre guerre au conseil législatif, qui, avec beaucoup de raison, se sent appuyé par l'acte qui le constitue. Nous déclarons la guerre à l'administration de la justice, sans songer que c'est la faute de la législature, si le système vicieux sous lequel elle gémit n'a pas été amélioré. Nous attaquons aussi les juges; s'ils ne sont pas aussi 'indépendants qu'on le voudrait, à qui la faute ? C'est nous-mêmes qui avons refusé de passer un biU pour assurer leur indépendance. Non contents d'avoir déclaré la guerre aux autorités du pays, nous passons de l'autre côté de la mer, et nous attaquons

le ministre colonial lui-même Je demanderai si

nous ne devons pas tout appréhender du résultat de DOS démarches. Eh 1 qui sont donc nos alliés dans une aussi grande entreprise ?... . M. Daniel O'Connell ?

......M. Josepih Hume? J'ignore où ces résolutions

peuvent nous conduire : s'il n'en résulte point de trop grands troubles, il en résultera au moins une bien grande réaction;"

M. Gdgt : " Une foule d'accusations vagues et hasardée?^, une multitude d'expressions peu mesurées et injurieuses, Texagération dans les sentimens, les

erreurs dans les faits, qaî se trouvent dans le discours de M. Torateur, me forcent à élever la voix pour lui répondre. Je n'entreprendrai pas de le suivre dans toute cette longue chaîne d'argumentations soignées et travaillées depuis longtems, renfermant une foule immense de considérations,* dont les unes, pour lui rendre justice, sont vraies et lumineuses, et les autres pernicieuses et désorganisatrices. Je ne les ai pas encore toutes lues, ces résolutions^ mais il y en a une ou deux que je dois signaler. Elles contiennent des doctrines nouvelles pour ce pays, et qui lui devront être fatales. Je me doutais que les résolutions seraient violentes» emportées, mais je ne croyais pas qu'elles le seraient jusqu'à l'exaspération et la démence. Dans les 49ème et 50ème résolutions, il est clairement énoncé que si Ton ne fait pas comm^ il est demandé, on veut la guerre, et on en appelle aux Etats-Unis. Il est dangereux de déclarer la guerre et d'en appeler

aux Américains La passion domine quelquefois les

hommes publics, c'est cette passion qui leur fait dire :

** Ote-toi de là que je m'y mette" Je veux occuper

la place de cette misérable ^^ faction anglaise"

Voilà les sentimens de l'orateur, quand il parle d'hommes qui sont morts et qu'on ne connaît pas ; et ce sont encore ses expressions, quand il parle de griefs. Pour exciter les passions et nous précipiter dans ces écarts, il s'en vient nous parler du peu d'humanité de gens morts il y a cent ans. Mais qu'est-ce que cela a à faire ici ? Nous coupe-t-on les oreilles aujourd'hui ? Nous jette-t-on dans des vaisseaux pourris? Nous donne-ton la bastonnade ? Y a-t-il une preuve plus convaincante de notre liberté que les termes envenimés et insultants dont il se sert contre ce qu'il appelle

une faction, quand elle met un frein à ses projets d'aggrandissement ? Il y a un fait que tout le monde connaît, un fait qui nous a tous affligés ; je veux parler du 21 mai : je le demande à ceux qui viennent d'entendre cette philippique inflammatoire, si M. Papineau est aussi violent à Montréal qu'il l'est ici, est-il bien difficile de s'expliquer le 21 mai ? ' Je dirai que les passions d'un homme qui croit que tout est fait pour lui sont dangereuses et funestes. On nous parle de la confusion mise dans nos lois, et pour cela on veut tout bouleverser. On crie contre les menaces et le ton du secrétaire colonial, et qu'est cela auprès des discours de 11. Papineau, et de résolutions qui comportent la menace de se joindre aux Etats-Unis ? Ces résolutions qu'on nous présente comme le fruit de tant de recherches, sont un chef-d^ceuvre de démence. Les Canadiens sont vertueux et loyaux, mais que deviendront leur vertu et leur loyauté, si do telles mesures proposées par des têtes ch^des,^ précipitent le pays dans une lutte avec l'Angleterre ? Les bienfaits de la mère-patrie envers eux sont écrits en gros caractères. Elle leur a conservé leur religion, quand les Washington et les Franklin lui reprochaient de favoriser dans ses colonies un culte impie et blasphématoire. Depuis ce temps, nous avons eu tous les avantages de sujets britanniques, constitution, presse libre, procès par jury, etc. On nous dit que la minorité du conseil n'y veut pas siéger : eh bien, c'est à ceux qui, pouvant s'y trouver, se sont absentés, que nous devons attribuer

l'adresse du conseil de Tannée dernière L'orateur

de la chambre a un avantage sur Don Quichotte, c'est

* Les Oanadi^DS de la nouyeUe école sont Tifs, cherchant Vim^ ^çtiop. Mnpeu (ête* çhaudesy — Amury G|Rop.

que celui-ci se battait avec des moulins qu'il trouvait tout faits, au Heu que le premier les fait et les combat. Ces moulins de Thonorable orateur, c'est le conseil législatif, recomposé tel qu'il est aujourd'hui, des actes duquel il forme une foule immense de maux, qu'il attribue toujours à ceux qui ne sont pas de son opinion. Les Canadiens ne sont pas les seuls dans le pays, si l'on restreint ce nom à ceux qui sont d'origine française. C'est une idée de distinction qui n'entre pas même dans la tête des habitans de nos paisibles campagnes. C'est une idée de trouble et de dissention, qui n'est née que dans cette chambre ; et les conséquences funestes qui en résulteront, nous vivrons assez pour les attribuer à l'orateur. Quant à la constitution, je conviens qu'il faut une réforme, mais sans précipitation, sans l'étourderie de la jeunesse, avec réflexion et prudence ; mais la ^ite de ces résolutions incendiaires sera qu'on en aura pas du tout. Nous avons entre les mains une dépêche que j'ai prédite, au sujet des résolutions de l'année dernière* Cette dépêche, nous dit-on, contient de dures menaces : qu'avonsnous fait, de notre côté, nous qui avons refusé ce que nous offrait le roi par la dépêche de lord Goderich ?... Dans un pays où l'on voit l'orateur d'une des branches en appeler si souvent aux passions, et où se trouve une majorité d'habitans d'origine française, si le conseil législatif était électif, qui est-ce qui représenterait nos co-sujets qui viennent d'Angleterre, et qui ont les mêmes droits que nous ? On aurait un conseil et une chumbre qui seraient mus par les mêmes sentimens, par des sentimens comme ceux qui ont déjà été énoncés. Quelle confiance pourrait avoir une partie considérable de la population dans dw^

corps ainsi constitués?* Je ne vois pas dans le

conseil législatif an corps qui soit un opprobre, msàs qui a servi et servira d'échec à l'effervescence des passions qui régnent quelquefois dans cette chambre-ci. Si les rois ont leurs flatteurs, les peuples ont aussi les leurs. N'est-ce pas une flatterie faite au peuple que de chercher à lui donner des institutions plus démocratiques que celles que nous avons ? Ces flatteurs du peuple veulent lui faire croire qu'il est malheureux quand il est heureux. Ce sont ces flatteurs de mauvaise foi qui le perdent. Les Canadiens sont heureux, contents, paisibles. Comment le peuple, dont les neufdixièmes sont agricoles, souffrirait-il des petites injustices et des cabales que font la chambre et le conseil. J'appellerai encore l'attention des membres à la 50ème résolution, qui va à dire, faites ce que nous demandons, ou attendez-vous à nous voir nous ruer contre vous, et imiter l'exemple des Etats-Unis. N'est-ce pas là une déclaration de guerre ? De quelles autres expressions se servaient les Américains, quand ils se sont révoltés, eux qui étaient si bien gouvernés f Nous, qui sommes plus mal gouvernés qu'eux, nous avons sans doute de plus fortes raisons d'adopter leur démarche. En bonne foi, est-il prudent d'adresser un pareil langage à la mère-patrie ? Quelles sont les ressources du pays ? Et quand même on ne voudrait pas recourir à ces moyens extrêmes, il n'en est pas moins vrai que ces résolutions devront exciter des soupçons contre la loyauté des Canadiens. Je nie pourtant qu'on y ait exprimé leurs vœux et leurs sentimens. Il n'y a

* <* Dire que la minorité '' doit être en tout et partout soumise à la volonté de la majorité, c'est un principe qu'on pourrait tourner contre nous, si l'union des provinces avait lieu, ou si, par !'{ migration 4e3 Iles Britanniques, ou des Etats-Unis, la population de langa^ Malaise devenait la plus nombreuse." — JJAmx du Peuple,

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que de ûéqneBtB appels aux pasBionSy des intrigues et des menées qui puissent lenr faire désirer des événe-

mens qui devront être funestes Que veut dire cette

allusion qu'on fait, aux forces et à la révolution de r Amérique? L'idée si ridicule d'un système républicain en Canada n'existe que dans la tête de ceux qui auraient espoir d'en tirer parti. Je n'approuverai jamais qu'on fasse des menaces et qu'on adresse des expressions injurieuses à celui qui est le représen* tant du roi ; je regarderai toujours comme une mesure impolitique de nous adresser à MM. 0'Ck>nnell, et Hume pour soutenir nos représentations. Je ne puis m'empècher de croire que ces comités, ces clubs, que l'on prétend former ici, ne seront que des boute-feux de stdition. On va plus loin, on va jusqu'à oflBrir les deniers publics pour maintenir ces associations. Tout cela, vraiment, sent la révolution française, tout cela sent la force brute. Kéveillez l'énergie des masses, et elles s'entrechoqueront: elles briseront aujourd'hui leur idole d'hier. Elles auront commencé par le règne de la liberté et de la fraternité, elles finiront par celui de la terreur et de l'anarchie."

Les résolutions ayant été présentées pour le concours de la chambre par M. Bédard, qui ne s'en attribuait pas tout le méritêy mais qui consentait a en prendre sur lui toute la responêahilitéy et motion ayant été faite par le même, secondé par M. Morin, que la première série tdt adoptée.*

• «< Troubles en Canada. Il nW a pas que notre ci-devant heureux oaYS qni soit affligé des maux de la turbulence politique. Le funeux esprit de parti a dépassé le 45e degré, et exerce ses ravages avec un surcroit de violence dans les provinces canadiennes. Il avait été introduit une série de propositions parmi lesquelles nous transcrivons les deux suivantes (37e et 38e), qui indiquent une forte tendance révolutionnaire. , ., „ ^ t> • l'i. •*

«< l\ parait que la déclaration de M. l'orateur Papineau n'était

M. Nellson proposa, en amendement, secondé par M. Duval, " Que le rapport fût renvoyé à un comité général, avec instruction de savoir si la chambre ne devrait pas substituer aux résolutions rapportées une autre série de propositions, dont la première et la deuxième étaient comme suit :

*' L'état de cette province a été pleinement considéré par cette cbambre, et représenté à sa Majesté et aux deux chambres du parlement, dans ses humbles adresses du 16 mars 1831, et les réponses qu'y a faite le principal 'secrétaire d'état de sa Majesté pour le département colonial, en date du 7 juillet suivant, mises devant cette chambre le 8 novembre de la même année, contient une promesse solennelle,, de la part du gouvernement de sa Majesté, de son consentement et de sa coopération à obvier ou remédier aux principaux griefs et abus dont se plaignent les dites adresses, et il est du devoir de cette chambre de procéder dans l'esprit de la dite dépêche, de coopérer à avancer la paix, le bien-être et le bon gouvernement de la province, conformément à l'acte du gouvernement britannique qui le constitue.

<' L'extrait d'une déjiêche du principal secrétaire d'état de sa Majesté pour le département colonial, communiqué à cette chambre, par message de son Excellence, sous la date du 28 juillet 1828, adopté après un examen des requêtes de toutes les classes des sujets de sa Majesté de cette province, et en cela, cette chambre a un motif de plus pour procéder instamment, diligemment et avec persévérance, en autant que la

paa une vaine menace Dans les résolntions supplémentaires, le

gonTemenr est accusé directement et formellement, des conventionl dtt peuple sont proTo<|nées, et les dépêches de M. le secrétaire Stanlej sont biffées des journaux."— (7af»wi«rcta/ Advertmr de Kew York.

220 HISTOIBE

chose dépendra d*elle, à assurer à ses constituans les avantages qu'offrent les dites recommandations, cultivant en même temps l'harmonie entre tous les habitans de la province et le bien-être général."

La chambre se divisa sur Tamendement; il fut rejeté à la majorité de 56* contre 24, et les 92 propositions devinrent résolutions de la chambre. M. Neilson se retira alors avec les membres de la

minorié.

Si un résultat aussi étrange que déplorable dut

étonné d'abord, il put aussi s'expliquer par la composition de la chambre, autant que par le système de déclamations passionnées suivi par son orateur, surtout depuis 1831. Un nombre considérable de membres semblaient, suivant l'ancien système anglais d'acquiescence ou d'opposition irrationnelle ou systématique, avoir juré de ne vot^r jamais que dans le sens de M. Papineau et de M. Bourdages, de l'orateur et du doyen de la chambre. Sur ceux-là les considérations les plus justes ou les plus sérieuses, les raisonnemens les plus logiques, les argumens les plus concluants n'avaient pas la moindre prise, et ce ne fut pas sans raison que M. Bourdages dit, au moins une fois, à ses adversaires, qu'il leur était inutile de raisonner, parcequ'il avait pour lui le nombre ou la force des voix. La paie des

• MM. Amiot, Archambault, Bedard, Berthelot, Bertrand, Besserer, Blanchard, Boissonnault, Bouffard, Bourdagea, Bureau, Carreau, Casseau, Oourteau, DeBleury, Deligny, Desobampe, de Tonnanconr, De Witt, Dionne, J . Dorion, P. A. Dorion, Drolet, Fortin. Girouard, Guillet, Godbout, Huot, Kimber, Lafontaine, Lame, Leslie, Letourneux, Masson, Méthot Morin, Mousseau, Noël, Poulin, Proulx, Raymond, Hivard, Rocburne, Rochon, Rodier, SScott, Simon, A. U. Taschereau, P. £. Taschereau, Tessier, Toomt, Trudel, Turgeon, Valois, Vanfelson, Viger.

MM. Anderson, Baker, Berthelet Caldwell, Casgrain, Guvillier, Davis, Duval. Goodhue, Gugy, Hojle, Knowlton, Languedoc, Le Bouthillier, Lemaj, Neilson, Power, Quesnel, Stuart, Tajlor, Wood, Wright, Wurtele, Young.

BU OAÎIADA. 221

membres, jointe au manque de restriction à Tëligibilitéy du coté de la propriété foncière et de V&ge, avaient beaucoup augmenté, depuis quelques années, le nombre de ces votours systématiques, et de ceux aussi auxquels on n'a peut-être à reproeber que de s'être lancés prématurément dans la carrière de la politique.

Les procédés et les débats offrent des indices nombreux que plusieurs de ces derniers étaient entrés dans la chambre avec des intentions droites, des idées saines de convenance et d'équité, malgré l'effet préalable de la licence de la presse, mais l'enthousiasme, la soif même de la justice, jointe à l'effervescence de la jeunesse, ne les rendirent que plus sujets à être exaltés et comme électrisés par des harangues passionnées et inflammatoires; pour eux M. Papineau n'était pas seulement l'orateur ou le président de la chambre, mais encore un oracle infaillible.

Ces procédés, dont le gouverneur aurait pu rire, s'il n'eût été un homme grave, et voulant la tranquillité et le bonheur du peuple canadien, n'empêchèrent pas son Excellence de communiquer encore officiellement avec la chambre d'assemblée ; cette chambre put, à l'instance de son orateur, tenter de flétrir par bill trois honorables citoyens ; * M. Papineau put dire, entre mille autres choses curieuses, que les subsides étaient refnGés poitr paralj^r un gouvernement devenu onéreux, et inculper, ou réprimander, tantôt un membre, tantôt un autre, et M. Stuart s'indigner de cet étrange comportement.f

* L'hoiK G. Moffatt, Jules Quesnel, écr., et le capitaine Pipbb, commissaires pour l'amélioration du hÂvre de MontreaL

t ^ Je suis on ne peut plus surpris du langaf^ de Porateur de cette chambre^ je n'imagine pas quelle leçon nous ayons à reoeroir de lui plus que de qui que ee soit. Il s'est érigé en un pédagospe impérieux, qui donne la réprimande à ses jeunes écoliers trop taroift

222 HISTOIRS

Pendant que le tonnerre de la tempête excitée par la considération de Tétat de la province semblait menacer tout le monde, un autre orage tombait sur les têtes de deux particuliers, 11 . James Baxter, membre de rassemblée pour le comté de Stanstead, ayant été appelé au conseil législatif, il fallut lui donner un remplaçant. Il y eût deux candidats, M. W. Cham- BEBLiN, constitutionnel, ou conservateur, et M. Marcus Child, révolutionnaire, ou radical. M. Ritchie, Tofficîer-rapporteur, ayant accepté, d'abord, coinme votans tous ceux qui se présentaient, M. Child parut avoir le plus grand nombre de votes quelconques ; mais après examen ou recherches, il se trouva que M. Chambei^ lin avait le plus grand nombre de votes légaux ; une grande partie de ceux qui avaient voté pour M. Child n'étant que des squatterSy ou gens établis sans titres sur les terres de la couronne. M. Eitchie ne sachant lequel des deux candidats il devait rapporter comme élu, s'adressa au gouverneur, pour avoir une opinion légale, d'après laquelle il pût se régler. Le procureurgénéral étant absent, le gouverneur renvoya l'affaire à M. E. A. Hamsl, avocat-général. L'avis de M. Hamel fut que l'officier-rapporteur aurait dû déclarer élu celui qui avait eu le plus grand nombre de vofes légaux, et en conséquence, M. Chamberlin prit son siège comme membre ; et M. Child de s'adresser à la chambre pour que la déclaration de l'officier-rapporteur soit désavouée, et M. Chamberlin, pour qu'elle soit confirmée. Les pétitions sont référées au comité

bres. De quel droit se porte-t-il pour notre mattre 7 L'indépendance de chacun des membres n^estrelle pas pleine et entière? Gomment se fait-il que le gardien de nos règles et du décorum dans cette chambre, y manque si sourent? ''

Dû CANADA. 223

des privilèges et élections, et ce comité rapporte, (en substance) à la majorité de 3 * contre l,f que M. Ghild aurait dû être déclaré élu, et qu'il doit prendre son siège dans la chambre, que M. Gbamberlin ne peut continuer à y siéger, et que s'il faut procéder sur la dernière partie de sa requête, cela no peut empêcber M.^ Child de siéger maintenant; que M. Bitcbie s'était écarté de son devoir, en consultant V Exécutif , sur un sujet lié à la liberté d'élection ; qu'il aurait dû agir sur sa propre responsabilité, ou consulter un avocat indépendant et désintéressé, et que l'intervention du gouverneur en chef et de l'avocat-général était inconstitutionnelle et subversive des droits et privilèges de la chambre."

Ce rapport, déjà assez offensant pour le gouverneur, lui attira, de la part de M. Papineau les injures les plus vulgaires, dans le débat qui s'en suivit,| et à M. Hamel, ainsi qu'à M. Ritchie, une sévère, sinon grave admonition. Yainement M. 6ugy soutient-il en chambre que les procédés de l'officier-rapporteur ont été conformes à la loi, et que l'avis de l'avocat-général doit être regardé comme aussi bon que celui qu'aurait pu donner un avocat de Montréal, ou des Trois-Rivières, la majorité pense, ou veut juger autrement, et sur

* HM. Boordages, Lafontaine et Rodier. f M. Stuart

t " L'officier-rappcnrtear s^adresse an gouyernear, qu'il regarde comme très habile, n demande à cet honnête soldat ce qu'il doit faire. Il aurait dû consulter d'autres personnes, sans partialité. Jamaison ne yit un exemple cPune si grotsière ignorance. Le gou- Temeura compromis TofiScier-rapporteur, sa conduite proure qu'il est erUièremeni ignorant de la constitution anglaise, et fl se précipite d'écarts en écarts. Il écrit à un arocat-genéral de sa création, qui lui donne un chef-^ceawre cPianorance. Au lieu de dire au gouTemeur que l'interrention de VExécuti/ dans les élections est intolérable et doit être regardée comme odieuse, rayocat-général

ose attumer une autorité qui n'appartient qu'à la chambre Ga

trio a donné une preure complète de son ignorance J*

â24 ài6!tolÉ«

motion do M. Boordagos, elle résaut, ou décide, quô M. Bitohie et M. Hamel ont enfreint les privilèges de la chambre, et ordonne qu'ils soient amenés à la barre sous la garde du Qeigent4'armes, pour y être admo* nestés par M. Torateor.

Nous ignorons ce que M. Ritchie put penser, en recevant sa réprimande, mais nous croyons que M, Hamel aurait pu, et peut-être dû dire, que " son devoir et les convenances ne lui avaient pas permis d'insulter le gouverneur," quand M. l'orateur lui dit : " Les notions du droit public devaient vous engager à répondre à V Exécutif de ne pas empiéter sur les privilèges de cette chambre."*

Quoiqu'il en soit, les avocats de Québec, de Montréal et des Trois-Rivières ne virent pas sans indignation cet afEront fait à un membre distingué de leur corps. Ils s'assemblèrent, dans ces trois villes, et réprouvèrent par d'énergiques résolutions l'arrestation et la censure de M, Hamel, comme étant un exercice indu d'un pouvoir usurpé. Ceux de Montréal regardèrent « comme un sujet de regret pour le barreau, que M.

* '^Jamais dans un corps délibératif représentant un peuple civilisé, rien de semblable ne s'était passé. M. Hamel, avocat-général^ a été traduit à la barre de la chambre, et sévèrement réprimande par-rorateur, pour avoir, dit-on, enfreint les privilèges de ce corps. £t de quelle manière le lecteur pense-t*il qu'il avait violé ces droits? Av£dt-il tenté de corrompre quelqu'un des membres 7 Avaitil terrassé l'orateur ou épouvante le greffier ? Avait-il publié quelque libelle contre ce corps honorable ? Bien de tout cela. M. fiamel n'avait commis aucune offense contre la personne sacrée des législateurs Mais il avait donné un avis légal, lorsqu'il était de son

devoir de le faire, en étant requis, etc. Oet avis s' étant trouvé contraire à celui de la majorité de la chambre, cette majorité résolut de le traiter de violation de ses privilèges La chambre le fit

paraître en sa présence, et là, M. l'orateur Papineau le tança vertement Ceci es^ à notre avis, le necphu uUra du pouvoir arbitraire. Jamais rien de pareil ne s'est vu depuis que la reine Elissabetii demanda compte à son parlement d'avoir ose agir contre ses désirs et privilèges royaux." — Tradmt du Courier and Enguirer de New- York,

î>tT CANADA. 225

fiamel se itlt Bilenciensement soumis à rindignîtë qui avait été offerte à la profession en sa personne."

Pour revenir à Tétat de la province, on plutôt de la chambre d'assemblée, que le gouverneur aurait peutêtre dû considérer à temps, pour se convaincre de la nécessité de la renvoyer, (ainsi que son orateur s*y était attendu,*) comme atteinte d'une maladie mentale dont rien ne pouvait la guérir alors, si ce n'était un coup d'état, ou " de gouvernement," comme celui auquel le général Craig avait eu recours, dans des circonstances beaucoup moins graves; le 1er mars, M. Bedard présenta une adresse basée sur les 92 résolutions, et ce monstrum horrendum informéy ingens fût adopté à la majorité de 33, et sur motion du même, il fût résolu :

" Qu'il est expédient de nommer quelque personne en qui cette chambre repose confiance, pour porter eh Angleterre, et livrer à l'honorable D. B. Viger, agent de cette province,^ les pétitions de cette chambre aux deux chambres du parlement du Royaume-Uni sur l'état de la province, et pour les appuyer conjointement avec le dit D. B. Viger, et ordonné que A. N. Morin, écuyer, membre de cette chambre, soit chargé de cette mission."

Quant à l'adresse au roi, le gouverneur s'était condamné à se l'entendre lire par l'orateur, accompagné de la majorité de la chambre. En entendant la lec-

* "^ Le goayerneur les a Tues et les a lues, ces résolutions : il a eu < deux jours pour délibérer : il a été le maître de nous dire quMl ne donnait son consentement à ce qu'on les discutât, en nous prorogeant ; hier et aujourd'hui, il a pu nous renvoyer encore, et il ne ra pas fait ; il est vrai pourtant qu'on ne pouvait pas supposer qu'il nous permettrait de discuter ses torts et ses injustices. Le temps est passé, à présent."

t C'était la deuxième ou la troisième fois qu'on faisait dire à la chambre d'assemblée cette insigne et notoire fausseté.

2i6 fiisfomf

tare des accusations portées ocmtre lui, lord Aylmôr eût probablement à faire plus d'efforts pour s'empêcher de rire que pour contenir son indignation.

Le conseil législatif avait aussi pris en considération Tétat de la province. Les honorables Felton, Joliette et MofBatt avaient présenté, chacun, une série de propositions, et le 8 mars, il fut résolu :

^ Que les efforts faits par la chambre d'assemblée, dans la dernière session, pour obtenir un changement dans la forme dé gouvernement établie dans cette province, ont éprouvé une opposition efficace, de la part du conseil législatif;

" Que la dépêche du secrétaire d'état, communiquée au conseil législatif le 14 de janvier dernier, lui donne l'assurance la plus satisfaisante de la détermination do sa Majesté de conserver à ses fidèles sujets de cette province les bienfaits de la constitution et de la forme de gouvernement dont ils jouissent maintenant ;

<< Qu'après l'assurance qui a été ainsi formellement communiquée, de conserver la constitution telle qu'établie par la loi, le conseil législatif est obligé d'envisager les résolutions de l'assemblée et ses adresses transmises à la chambre des lords et à la chambre des communes du Boyaume-Uni, comme une atteinte à la justice et à l'impartialité de sa Majesté, et le conseil législatif, regardant l'appel de la décision de sa Majesté aux deux chambres du parlement impérial, comme le renouvellement et la continuation des attaques contre le gouvernement et les institutions du pays, se croit obligé, tant par devoir que par inclination, de résister de nouveau et de s'opposer à des prétentions qui, telles que dévoilées dans les résolutions, sont dangereuses pour la stabilité du gouverne-

M tàxàhJi. tut

ment <ie sa M i^esté, et tendent à détraire U piùz et le bonheiir de 866 loyaux flttjetB de eeUe ptoyinoe;

'' Qu'une hanUe adrMse aott prfoenlée à aa Majeaté, pour reoDUveler lee expreasiona de rattachement contUrael de cette chambre à la présMite oonstitatkm de gonvemement ; poor assurer 6a Miqestéque le coDsdl Uigislatif met une confianoe sans bornes dans la sagesse de son gouTemement; pour prier que sa Hiyesté ne soit pas induite à accMer à la demande d'un cdiangement dans une constitution chérie de ses fidèles sujets canadiensi et pour assurer de plus sa Majesté que les résolutions et les adresses qui appuient une pareille demande par des menaces dont les conséquences sont peu douteuses, adoptées par une majorité de rassemblée, présentent un exposé &ux des opinions, et ne sont pas conformes aux sentimens de loyauté et d'attachement que la grande masse des sujets de sa Majesté de cette province a toujours eu pour son gouvernement."*

Comparées aux 92 résolutions de rassemblée, celles du conseil législatif sont un modèle de modération ; tel fut aussi le langage du gouverneur, dans son discours de clôture.

* Tandis qae le conseil législatif rassurait ainsi le gouYernement ^de la métropole sur la loyauté des Canadiens, rendu très problématique par les procédés de l'assemblée, la presse licencieuse osait dire que ses résolutions contenaient la demande de ce aue les 92 résolutions avaient tout l'air d'appeler, un r*v/ort de layon» nettes. Ainsi s'exprimait alors cette presse nauséabonde à l'exemple de l'orateur dç la chambre :

** C'est un corps déjà nu>rt dans l'opinion publique, et les gens de bien, la minorité du conseil, craignent de m eorrompre et n'osent approcher de ce e<idavre hideiÀX et ir^ectj dont nous voj^ons aujourd'hui les êiHumes et les eonvuleiom. à l'aspect de l'opinion qui produit sur lui les mômes effets que le galvanisme sur le corps animal privé de vie." — La Minerve,

'^ Il peut y avoir dans ces résolutions quelques parties qui méritent attention. Mais les neuf-dizèmes sont hasardées et absurdes. Deux régimene dPi^fanterie et %m escadron de eavtUeriCf devraient être la seule réponse à ces résolutions."-— «/ourno/ ds Londres^

228 ttiâtomc

'< Messieurs de la chambre d'assemblée : Vos {)r(V cédés récents me dispensent de vous rien dire, en cette occasion, au sujet de la communication, qu'en obéissance aux ordres de sa Majesté, j'ai dû vous &ire, à Touverture de la session, concernant les difficultés financières du gouvernenient local, occasionnées par la perte du biU de subsisdes de l'année dernière. Ce sujet, ainsi que d'autres, ayant rapport aux affaires de la province, a été ôté des mains du gouvernement de sa Majesté par votre appel au parlement impérial. Aux décisions de cette autorité suprême toutes les parties intéressées doivent une obéissance implicite. ' '^ Mais, en attendant, je ne puis m*empêcher de faire quelques observations sur le langage des 92 résolutions sur lesquelles est fondé votre appel au parlement impérial , car il s'éloigne tellement do la modération et de l'urbanité, si bien connues du caractère canadien, que ceux qui ne connaîtraient point l'état réel de la province, auraient de la peine à se persuader que ce langage ne doive pas être attribué à une fermentation extraordinaire et générale dans l'esprit du peuple. Je profite donc de cette occasion pour énoncer distinctement, et je dois appeler votre attention particulière sur ce fait, que quels que soient les sentimens qui ont prévalu dans l'enceinte de la chambre d'assemblée, lorsque vos 92 résolutions ont été adoptées, tout le peuple, hors de cette enceinte, jouissait, dans ce moment même, de la tranquillité la plus profonde, et je compte avec trop d'assurance sur son bon sens, pour croire qu'il souffrira que sa tranquillité soit troublée par les manœuvres qui voîit évidemment être mises en jeu à cet effet. Ce sera, je crois, une tâche un peu difficile que de persuader tout un peuple de l'existence de maux qu'aucun individu de la société ne ressent en ce qui le concerne personnellement

'^ Vous rendriez un service bien utile à vos constituans, en leur communiquant, à votre retour parmi eux, les paroles que je viens de vous adresser/'

Son Excellence dit aux deox chambres. '^ Je désire sincèrement que la diffusion générale de Tinstruction puisse avoir Peffet d'avancer le bonheur du peuple, qui est, en dernière analyse, le but de toutes les institutions publiques. Il en résultera du moins ce grand bien&it, qu'elle mettra le peuple plus en état qu'il ne l'est actuellement, d'apprécier les avantages politiques dont il jouit, comparativement à d'autres peuples» en diverses parties du monde, et le rendra capable d'estimer à leur juste valeur les argumens de ceux qui s'efforcent do le rendre mécontent de sa condition, et à qui leur éducation donne la facilité de revêtir d'un langage spécieux les inspirations d'un esprit faible ou déréglé."

Ce discours, oii respire surtout une bienveillante sollicitude pour la perpétuité du bonheur de la population canadiennne, était bien fait pour soulager comme d'nn pesant fardeau l'âme accablée, amèrement contristée par les 92 résolutions de la chambre d'assemblée : c'était une espèce d'antidote, et jusqu'à un certain point, un préservatif contre les maux dont nous nous sentions menacés ; on devrait y voir avec reconnaissance le dessein louable d'empêcher que le peuple ne fdt compromis avec ceux qui avaient prétendu exprimer ses sentimens et ses vœux. Il n'en paraissait pas moins à regretter que les soi-disant représentans du peuple n'eussent pas été arrêtés dans la carrière ténébreuse ou ils s'étaient précipités à la suite de leur chef de file, et que le gouverneur ne se ttt pas montré moins patient, et moins tolérant vis-àrvis d'hommes qui, d'abord, avaient travaillé à

230 fitftîotËi

faire mati^uer la session, et qui, ehsiiite, avaient sôill* blé vouloir se venger à outrance d'avoir été retenus malgré eux au parlement. Plusieurs, sans doute, avaient pensé comme M. Papineau, qu'on ne leur permettrait pas d'achever une besogne qvl n'avait peutêtre été commencée si bruyamment que dans le dessein d'amener une prorogation soudaine, ou une dissolution. Peut-être, enfin, lord Aylmer en agit-il comme il fit par le motif dont le loue, ou le remercie, une assemblée du comité de Bouville.*

A l'époque où nous en sommes, passer de la province inférieure à la supérieure, c'est sortir du règne de l'inquiétude et du désordre politique et moral, pour entrer dans celui de l'ordre légal, de la régularité des procédés et du progrès des améliorations, nonobstant quelques ébullitions violentes, mais passagères do l'esprit de parti, et quelques tentatives abortives de troubler la tranquillité publique. Le lieatenantgouverneur n'eût qu'à se louer de la conduite des deux chambres, et particulièrement de la chambre d'assemblée, comme le prouvent les extraits do son discours de clôture, prononcé le 6 mars :

<< C'est avec beaucoup de satisfaction que j'observe le nombre de mesures avantageuses auxquelles vous avez concouru, et je suis persuadé qu'elles contribueront à avancer les meilleurs intérêts de la province.

''Les bills passés pour établir l'indépendance de l'office de juge, conformément aux propositions qui

vous ont été transmises par ordre de sa Majesté, et

« I I II I 1 1 1 j I » Il 1 1 p I I ■ .11 11 ■■■■ Il II ■ Il ■

* " Eéêolu. — Qae les remercimens de cette assemblée et de tous les fidèles sujets de sa Majesté de cette province, soat dus à son Szcellenoe, lord Aylmer, pour le mépris silencieux avec lequel il a souffert les insultes de ses vils calomniateurs, comme ayant tenu en cela la conduite la plus convenable à la dignité de son caractère «t à l'indépendance de l'administration coloniale/'

potlr âmëndor la loi coneernant la propriété foncière, assurent à la population des avantages essentiels.

"Messieurs de la chambre d'assemblée : Je vous remercié, au nom de sa Majesté, des subsides que vous avez accordés pour le service de Tannée, et des allocations que V0XU9 avez faites pour continuer les travaux et améliorations publiques.

"Honorables messieurs et messieurs: Tattention que vous avez constamment donnée à Tamélioration des moyens de communication, dans la province a réveillé Tindustrie dans chacun de ses districts ; mais nulle mesure ne parait plus capable d'exercer immédiatement une influence salutaire sur la prospérité du Canada ; que celle que vous venez de sanctionner pour effectuer une navigation sûre et continue, depuis le lac Huron jusqu'à la province inférieure. Les circonstances dans lesquelles ce grand ouvrage sera entrepris sont favorables sous tous les rapports.

. " En huit ans, la population de la province a doublée ; la quantité de terres mises en culture, dans le même espace de temps, correspond à cet accroissement rapide. Les importations par le SaintrLaurent augmentent sur le pied d'un tiers annuellement ; et le capital employé à la construction de canaux, de ports, de levées, donne déjà, en plusieurs cas, un remboursement direct."

Pour revenir au Bas-Canada, ce que le gouverneur avait prévu ne tarda pas à arriver : A peine les membres de l'assemblée j^irent-ils de retour dans leurs villes, ou leurs comtés^ qu'ils y provoquèrent directement ou indirectement des assemblées pour approuver en total les procédés de la majorité de la chambre.

â32 âfâTOtEti

et particulièrement les 92 résolutions.^ On imagine quelles harangues furent prononcées, quelles résolutions furent adoptées, à ces assemblées, ou simulacres d'assemblées publiques. ^

Mais si presque toutes les villes et presque tous les comtés eurent leurs assemblées révolutionnaires, ou agitatrices, et Montréal, son " comité central et permanent,'' la plupart eurent aussi leurs assemblées constitutionnelles, nommément les cités de Québec et de Montréal, les villes des Trois-Eivières et de Sorel, les comtés de Rouville, Lapraîrie, Beaubamois, Deux- Montagnes, Terrebonne, Missisquoi, Sherbrooke, Nicolet, etc.

La plupart des signatures apposées aux adresses approuvant les derniers procédés de la chambre d'assemblée, ne furent obtenues que par l'intrigue, la ruse et la déception, comme le prouvèrent, entre autres faits, un grand nombre de rétractations motivées et la répugnance à les signer, dans les endroits où ces moyens indus ne purent être mis en usage sur un grand plan.f

* A peine la session du parlement était-elle close, que l'on commença a colporter l'adresse an parlement impérial, a former des assemblées, a organiser des comités pour la faire signer et obtenir rai)probation des procédés de la chambre d'assemblée. Si l'on en croit les rapports publics, on employa tous les moyens possibles dans ce bot ; les mensonges, léa déclamations, les subterfuges ne furent point épargnés ; on prétend même qu'on parcourut les écoles pour obtenir les signatures des enfants. Le peuple trayailla par diffiàrens

Sartis, signe de droite et de gauche le pour et le contre Or, je emande quelle confiance on peut mettre dans de pareilles signatures, après de semblables numœoTres ? '^ — ^M. Psrrâult.

t Le Vindicator demande ce que font les comtés de Dorchester, de Lotbinière et de Bellechasse, et si les gens de Vile d'Orléans sont morts. Nous pouvons répondre à cela que nous ayons lieu de croire que l'Ile d'Orléans signe et enverra une assez bonne liste. Quant aux autres comtés, on signe aussi, par endroit, mais pas avec autant de vigueur qu'on aurait pu l'espérer. Le atatu quoj fait du tapage. Malgré cela nous attendons encore beaucoup au zèle de plusieurs bons Canadiens qui résident dans ces comtés." — Ja Canadien.

DtT CASAÙA. 233

Si,, dans qaelqaeB-UQes deB résobUions d<to ftâfiemblées loyales, il se renoontre des expressions trop fortes, ou sentant trop l'indignation, pour ne pas dire Temportement^ dans la plupart^ nos compatriotes y expriment des sentimens qui témoignent, non-seulement de leur loyauté, mais encore de leur bon esprit et de leur bon cœur. Les idées saines, le bon sens politique, le bon propos des officiers du premier bataillon de la milice du comté de Nicolet, (tous d'origine française, à Texception du lieutenant-colonel,) méritent au moins une mention honorable.

La crainte du choléra avait eu cela de bon, en 1833, suivant la Gazette de Québec, qu'elle avait empêché la chambre d'assemblée de rompre brusquement avec le gouverneur-général; de l'appaiition de ce terrible fléau, à la suite de l'émigration européenne, résulta au moins, en 1834, suivant M. Perrault, ^^Vavantage de faire cesser les disputes diplomatiques." C'est une coïncidence assez singulière, un fkit digne de remar^ que, qu'à ces deux époques lé choléra asiatique envahit le Canada au moment d'une grande effervescence politique, d'une effrénée licence de la presse et d'une bruyante et menaçante agitation populaire, et qu'en causant un grand désastre physique, il mit un frein à un grand désordre moral.

Longtems avant l'apparition du choléra dans le Haut-Canada, cette province avait été partiellement agitée par et pour W. L. Mackenzie. Yers la mi^mars, VAdvocate avait publié '' les procédés d'une convention tenue à Toronto, (ci-devant York), à laquelle avaient assisté cinquante-cinq délégués, élus par les firancs-tenanciers du district métropolitain du Haut-Canada.*' Le but principal de cette convention avait été de soutenir M. Mackenzie, à la prochaine élection, de nommer

234 mSTOIRÎB

un comité pour rédiger et faire circuler Une adresse aux électeurs, au soutien des candidats approuvés par elle, etc.

Les propositions de refuser les subsides, si le gouvernement n'abandonnait pas à l'assemblée le contrôle absolu des revenus ; de rendre le conseil exécutif responsable de ses actes aux représentans di^ peuple, et de faire du conseil législatif un corps électif, devinrent résolutions aussi facilement que d'autres, plus ou moins raisonnables ou déraisonnables. Tune desquelles fdt:

'^ Que les remercimens sincères et unanimes de la convention soient communiqués à L. J. Papineau, écuyer, etc., à Louis Bourdagés, écuyer, et aux honorables membres avec lesquels il ont agi dans rassemblée, aussi à rhonorable D. B. Viger, membre du conseil législatif, et aux honorables membres avec lesquels il a agi dans cette chambre, pour leurs efforts prudents,^ zélés et patriotiques dans la cause de la réforme, contre un système colonial vicieux, regardé comme insupportable dans les colonies de TAmérique du Nord/'t

Jusque-là, pourtant, l'agitation factieuse et révolutionnaire n'était encore que dans Texpectative ; mais les trois branches de la législature venaient de passer imprudemment un acte d'incorporation qui donnait au peuple de Toronto beaucoup plus de pouvoirs qu'il

* On aurait pu parier que ces résolu tionnaires parlaient ironiquementj ou qu'ils ignoraient la signification des termes qu'ils employaient

t Cette résolution doit être grossojée sur du papier velln, signée par le président et le secrétaire, et il en sera présenté une copie à ces trois messieurs, placée dans un beau cadre doré. — La Minerve,

Btî oaNaba. 235

n^en attrait dû posséder, dans les circonstances.* Les élections se firent dans nn sens si préjudiciable à la tranquillité et à la dignité de la ville, qu'il se trouva une majorité de conseillers pour élire le sieur Mackenzie pour leur chef, sous le nom de maire. Si cette dignité nouvelle et, sans doute inattendue, le tranquillisa un peu, elle ne le rendit ni moins indiscret ni moins vaniteux. Il venait de recevoir de son ami et protecteur, Joseph Hume, une lettre qui, dans d'autres temps, ou d'autres circonstances, eût pu assujétir son auteur à une poursuite criminelle. Il ne put résister à la tentation de la publier, et elle parut dans son Advocatey au grand scandale de toute la population loyale,t ^^ ^^ grand regret de ceux qui, sous le nom de réformistes, ne voulaient que la réforme des abus, et non une révolution.J

Le conseil de ville s'assembla, et M. Gurnbtt, secondé par M. DsNNisoN, fit motion : " Qu'attendu qu'il a été publié une certaine lettre signée Joseph Hume, exprimant l'opinion qu'une crise approche rapide-

* "Nous avons lu arec attention cet acte d'incorporation, il donne au conseil de ville de Toronto une/ouU de pouvaén que n'ont

point nos corporations Si, comme on a raison de le croire, le

parti populaire s'empare des pouvoirs accordés par cet acte, on pourra dire aux ministériels : Sic vo$ non vohù!^ — La Minerve.

t " Sa Seigneurie^ le maire, ayant pleinement exposé les desseins de sa faction, en publiant les parties de la lettre de M. Hume que le sens commun aurait conseillé à tout autre individu de tenir secrètes, à cet état peu avancé de la conspiration, les misérables conspirateurs se trouvent dépouillés de tout prétexte couvert pour l'agitation, et avouent ouvertement leur intention de délivrer le Canada de ce qu'il leur plaît d'appeler la pernicieuse domination de la métropole. Ceux qui, jusqu'à présent avaient admiré Mac-

kenzie ont été jetés dans le plus grand étonnement Qu'on

le dise à leur honneur, ils n'ont pas tardé un moment à manifester leur horreur des traîtres qui les ont trompés." — Toronto Pairiot.

X Si une séparation est le désir de M. Hume, ou de quel(}ues individus d'entre nous, nous pouvons assurer M. Hume et ces individus qu'un vœu de cette sorte n'existe point dans les esprits des réformistes du Haut-Canada,— Co6ottr^ Rrformer.

236 fitsTomis

ment dans les afPairos du Canada, et qu'elle se terminera par rindépendance et la liberté de ce pays, qui secouera la pernicieuse domination de la ThéïropoU, il soit résolu, etc., de désavouer, de la manière la plus décidée, les sentimens exprimés dans la susdite lettre," etc.

Le Dr. Morrison, secondé par M. Leslie, fit motion en amendement, '' que cette proposition soit entièrement mise de côté, et qu'il lui en soit substitué une autre, portant (en substance) ' que des interprétations forcées.et blâmables ont été données à la lettre de M. Hume,'" etc.

L'amendement fiit adopté à la majorité de 12 contre 6, mais les membres de la minorité, appuyéli des principaux citoyens, n'en demeurèrent pas là; ils s'assemblèrent, et rédigèrent une adresse au roi, condamnant les démarches du maire et de la majorité du conseil de ville, et désavouant toute participation à leurs résolutions.^

Les adresses de notre chambre d'assemblée au roi et aux deux chambres du parlement britannique arrivèrent durant la session, et le 16 avril, on voit un jeune avocat, à peine connu dans ce pays, ou du moins, dont on n'avait pas encore fait sonner le nom aux oreilles du peuple, M. John Arthur Roebuck, faire motion, dans la chambre' des communes, '^ qu'il soit nommé un comité spécial, pour s'enquérir de l'état politique du Canada." Qui avait induit ce jeune membre à se charger d'une tâche si aa-deasus de «es forces, c'est ce qu'on ne tarda pas à deviner. Il parait qu'il lui avait été remis une copie des 92 résolutions, qu'il les

M^— ■^J— ^^— ^^i— »^— i^i^— «— »— ■ I .1 II II I I ■ 1-^—^—^

* Telle était, diton, l'indignation publique, qa'en moins de six heopes de temps, Padiesse jfùt signé par les deox-tien de la population mâle et adulte de Toronto.

avait étudiéeSi et qu'il en avait compris la teneur ; car, il débuta par dire : ''Je m'efforcerai de prouver que les deux provinces sont actuellement dans un état approchant d'une rébellion ouverte, et que le Bas-Canada en particulier. est, dans toute la force du terme, en état de révolution.'* Ce début, où le Bas-Canada était mis à la place de la majorité de la chambre d'assem* blée, et qui faisait de tous les Canadiens des hommes aussi insensés que coupables, était, ou l'effet d'une étourderie ou d'un manque de jugement inconcevable, ou l'expression commandée de l'idée folle de faire peur à l'Angleterre par des menaces de révolte et de recours à l'étranger, avec cette différence pourtant, que l'auteur des 92 résolutions accordait à la métro» pôle une trêve ou un sursis de vingt ans, au lieu que M, J. A. Roebuck l'attaquait comme à l'improviste, et ne lui donnait point de répit. La suite du discours répond au préambule, et est également remarquable par l'indiscrétion, le manque de jugement, la mauvaise foi, ou une puérile crédulité. Les contradictions s'y multiplient; les faits y sont dénaturés au point d'exciter parfois le rire, et parfois l'indignation : les idées absurdes, les vœux coupables d'un ou de quelques particuliers, y sont attribués à la masse entière de la population ; enfin, ce sont les 92 résolutions empirées mises sous les yeux de la chambre des communes.

Le discours de M. Stanley fÏÏt ce qu'il devait être, mais non ce qu'il aurait pu être, en sortant du sang rassî. Sans suivre M. Boebuck dans toutes ses divagations ; sans s'arrêter même à toutes ses folles inculpations, l'honorable secrétaire se contente de donner l'exposé de ce que le gouvernement a fait, à l'égard du Canada, et de ce qui s'était passé dans cette colonie.

réfutant en même temps, les plus saillantes assertions de son téméraire antagoniste. ** Il n'y a plus qu'une question, ditil, en finissant, à laquelle je demande l'attention de la chambre : l'acte de 1831 a mis sous le contrôle de l'assemblée certains revenus, sous la garantie que la chambre octroierait permanemment des sommes pour le paiement des juges, etc. L'infraction de cette condition me force à recourir à la chambre, pour retirer les juges, etc., de la dépendance où les

placent les votes annuels d'un corps populaire Je

ne demande que la suspension de l'acte de 1831, pour faire revivre l'acte de la lée Geo. lU, en attendant que la liste civile soit octroyée : aussitôt cela fait, les revenus de ce dernier acte retomberont sous le contrôle de la législature provinciale. L'état de la province n'est pas un état de rébellion, mais celui d'une révolte, ou d'une guerre de mots d'une partie de la chambre éCassembUe^ et il exige que nous venions à l'aide de la justice contre le ton virulent de cette chambre. Je ne m'arrêterai pas à la violence des résolutions, non plus qu'aux complimens qu'elles font à d'honorables membres, qui, sans doute, seront fiers de cette confiance. Je ne m'arrêterai pas à l'invitation de correspondre avec les autres colonies, et de se réunir en convention, ni à lu profession d'attachement aux institutions britanniques, suivie du désir d'adopter celles des Etats-Unis. Je ne m'arrêterai pas non plus à d'autres parties des résolutions, que je ne veux pas signaler, de peur de perdre mon sang-froid."

M. Koebuck veut répliquer, et il parle encore aussi erronément, aussi illusoirement que dans son discours principal. '' Les juges, dit-il, sont encore dépendants de la couronne ; le gouvernement r^'a donc pas rempli

sa promesse. Lo conseil législatif, dit-il encore, en copiant M. Papinean, est précisément ce qu'il était, avant qu'on prétendit y faire des changemena."

M. Roebuck ayant retiré la motion, le ministre proposa qu'il fût nommé '' un comité spécial pour s'enquérir et rapporter à cette chambre jusqu'à quel point les griefe dont se plaignaient, en 1828, certains habitans du Bas-Canada, ont été redressés, et jusqu'à quel point les recommandations du comité de cette chambre qui s'en est occupé, ont été suivies, et pour s'enquérir de certains autres griefs, qui n'avaient pas été soumis à la considération de cette chambre, et qui sont maintenant détaiUés dans les résolutions adoptées par la chambre d'assemblée du Bas-Canada, dans la dernière session, et faire rapport de son opinion sur iceux à la chambre."

'' Les noms que j'ai choisis pour former ce comité, ajoute le ministre, sont ceux des messieurs, maintenant membres de cette chambre, qui étaient membres du comité de 1828.

n aurait stirement dépendu de M. Stanley de faire traiter d'une toute autre manière les 92 résolutions de notre chambre, et elles ne durent qu'à sa grande libéralité l'honneur d'être prises en considération.

Le comité spécial fit, le 3 juillet, le rapport suivant : '' Votre comité a examiné mûrement les sujets qui lui ont été soumis, relativement aux affaires du Canada, n a interrogé plusieurs témoins sur ces questions. Il a considéré attentivement les dépêches et les notes qui ont été échangées entre le bureau colonial et le gouverneur de la province, depuis 1828, correspondance qui lui a été communiquée sans réserve quelponque.

<* Votre comité a oin de son devoir de déclarer comme son opinion que la plui vive anociété a existé, de la part du gouvernement de la mère-patrie de mettre à exécu. tien les suggestions du comité spécial de 1828, ei que ses efforts pour atteindre ce but ont été constants, etquHl a été guidé, dans tous tes cas, par le désir d^ avancer les intérêts de la colonie, et votre comité a remarqué avec beaucoup de satisfaction, que quant à plusieurs objets importants, ces efforts ont réussi. C'est, néanmoins, avec un profond regret que votre comité a vu que, dans d'autres, ces efforts n'ont pas été accompagnés du sacrées auquel on aurait pu s'attendre, des aigreurs et des animosités s'étant malheureusement élevées, et des différons continuant à prévaloir entre les branches de la législature coloniale, ainsi qu'entre la chambre d'assemblée et le gouvernement de sa Majesté. Ces malheureuses difficultés paraissent, à votre comité, n'être pas moins propres à paralyser les progrès des améliorations dans une de nos plus importantes possessions coloniales qu'à affecter, d'uue.maniôre trop préjudiciable^ l'intérêt de l'empire britannique.

" Votre comité pense qu'il remplira mieux son devoir en s'abstenant de se prononcer sur les difficultés qui continuent à exister; il lui a semblé qu'il y a eu, de part et d'autre, des malentendus, et lorsque votre comité considère l-iroportance extrême qu'il y a qu'un ajustement parfait de ces différons* ait lieu, il exprime son ardent espoir que, quand ces malentendus auront disparu, la plupart des difficultés actuelles n'existeront plus, ou seront arrangées à l'amiable.

'' Votre comité est ainsi induit à adopter cette démarche dans la persuasion où il est qu'il conviendra mieux d'abandonner les înes^^^s pratiques ppuç le

goayernement tatar du Ba^anada à la considération réfléchie da gouvernement, qui est responsable de ie«r adoption et de leur exécution.

** Votre comité est d'opinion qu'il ne serait pas expédient de demander à ôtre autorisé à mettre devant la «faambre les témoignages qu'il a obtenus, ou les docusiens qui lui ont été '^ soumis."*

Ce rapport déclare mal fondées les accusations de notre chambre d'assemblée contre le gouvernement de la métropole, et conséquemment,. contre celui de la ^lonie, mais quant au reste, il se composait, en grande partie de phrases oiseuses ou à peu près insignifiantes, en conséquence, sans doute, du nombre disproportionné de membres radicaux que M. Stanley avait fait entrer dans son comité, et de ce que ce ministre don-

* Les témoignages rendus à l'appui des 92 résolutions, furent en harmonie avec l'esprit qui les avaient dictés. Le témoignage de M. Morin fût publié plus tard dans La Minerve, Nous en ex- Uavons ce ^ui suit, comme échantillon :

(* Gonsiderez-vous que le tribunal d'accusation (de jugement) pour délits politiques, devrait être également indépendant de la couronne et de la faveur du peuple ? — Oui, également.

** Considérez-vous que l'indépendance de la faveur du peuple serait beaucoup augmentée si lé conseil législatif était rendu électif, et un tel changement aurait-il l'effet de rendre ce conseil un tribunal plus propre pour décider sur les délits politiques ? — Je le pense.

^ Voulez-vous dire quelles sont les raisons sur lesquelles vous fondez votre opinion, pour dire qu'un conseil électif serait plus propre à décider sur des affaires politiques, dont l'accusation serait portée par un autre corps électif du même pays, qu'un tribunal pommé à vie,'et entièrement indépendant de la couronne et du peuple ? — L'ej^périeiiGe a montré qu'un corps à la nomination de la fiourono.e ne peut pas être .indépendant. Je considère qu'un tel porps, quoiqyélu par le peuple^ serait^ indépendant , et je ne crois pas qu'aucune aes f faisons mentionnées d'ans la question qui m'est posée, aurait aucune influence sur ce corps, quand il serait appelé à remplir les hautes fonctions de décider sur des accusations portées eontre les fonctionnaires publics,

<( Vous considérez la chambre d'assemblée comme représentant ^dèlement les sentimens et les opinions de 1^ masse du peuple du Çaoada.^Oui.

t< Pans l'accomplissement de ses devoirs, ne devient-il pas queU •uefois nécessaire à un juge du à un fonctionnaire public de faire des déailrobes qui peavem i^ rendre extrêmement impopulairo yii»

242 HISTOIBB

na sa démisBi'on et fût remplacé par un autre, avant que Texamen des papiers et Taudition des témoins fussent terminés. Sans ces malheureuses circonstances, il est probable qu'à la place de ^^ malentendus de part et d'autre, on eût vu l'esprit de révolution en progrès, et la nécessité de l'arrêter dans sa marche, pour la tranquillité et le salut du peuple, et que la rébellion dont M. Roebuck menaçait l'Angleterre n'eût été qu'une guerre en paroles promptement terminée et suivie d'une paix solide. Mais, quélqu'insignifiant que fût ce rapport, il eût l'effet de rassurer ceux des Canadiens à qui la teneur des 92 résolutions avait fait appréhender un résultat préjudiciable, à notre état social.*

Nous sommes ramenés dans notre pays par une lettre de M. Roebuck au ^* Comité central et permanent" de Montréal ; lettre qui, par une ridicule vanterie, et par le mélange de bons et de mauvais codhoUs peut servir à caractériser l'homme à qui les agcns de la chambre d'assemblée s'étaient adressé, par erreur de jugement, ou faute de trouver mieux.f Cette lettre

à-vis de la masse du peuple ? — Je crois que UnU Juge équitable eH toujours retpeeté de tous les partis,

*' Supposez Qu'un grand mécontentement s'élevât contre un juge à l'occasion de l'accomplissement d'un devoir impopulaire, et qu'une accusation fût portée contre lui par une assemblée élective exprimant fidèlement les sentimens du peuple, croyez-Yous qu'il serait à désirer que ce juge eût à répondre devant un autre corps élu par le peuple, et qui devrait être renouvelé de temps à autre, et qu'amsi soumis à ce tribunal, les juges seraient indépendans dans la province 7 — Je crois qu^ils le seraient.

'< Seriez-Yous d'avis que le jugement du conseil législatif (électiH tût en dernier ressort 7--Je crois que le jugement devrait ùùe/ifwL

^' Sans appel à aucun autre tribunal ? — Absolument sans appela

* " Le rapport du comité des communes n'a pas eu l'honneur de nous tirer entièrement de notre stupeur : il a été comme une réponse de la sjbille, interprétée par les deux partis dans le sens de leurs rsions, quoique regardé comme bien sage par les gens sensés."-— Pbrradlt.

t '^ Pour devenir un peuple libre, il vous faudrait résister aa parlement britannique. JNe croyez vous pas sage de détourner ce

fût prise OD considération par le comité central et permanent^ dans sa séance du 4 septembre. Ce que ce comité considéra ensuite, savoir : nn discours de lord Ajlmer, la compagnie des terres, la nomination de M. Gale à l'office de jnge,t do peut, quelle qu'en soit l'étrangeté, entrer dans une histoire générale.

Enfin, arriva Tépoqne vue avec indifférence par la masse du peuple, attendue avec impatience par les partisans de mesures extrêmes, et redoutée par tous les hommes modérés qui avaient suivi la marche des événemens et observé le progrès des idées nouvelles. Malgré la confiance réelle ou feinte de quelques journalistes, nul homme tant soit peu clairvoyant ne pouvait bien augurer des élections qui allaient se faire. Si, depuis 1827, il y avait eu quelque changement dans la manière dont elles se faisaient hors des villes, c'avait été pour le pis. On avait parlé, dans les deux provinces, du mode inoonsciencieux, sinon

mal, et de tenter au moins une autre chance d*nn arrangement paisible. Il vaut mieux, j'en conviens, combattre que de perdre toute espérance de se gouTerner soi-mcme. Mais certainement nous devons tenter tous les moyens avant de prendre la résolution

<f avoir recourt aux armes Afin de donner au ministre actuel

l'occasion de remédier à vos gpriefs, il m'a paru nécessaire de mettre fin, pour le présent, à nos procédés hostiles. La chambre pourrait

passer un biU temporaire de subsides, sous protêt Si j'étais à

votre place, je ne renoncerais à aucune de mes tentatives pour

réoeiUer le peuple et lui faire sentir les ir^itstiees qu^il éprouve

Vous ne pouvez avoir un bon gouvernement avant de voue gouverner vous même, et vous n'v pourrez point parvenir, tant que le conseil lég^latif existera.* Vous devez persister fermeiiunt dans vos demandes '* sur ce point.'*

* Grande raison donc pour V Angleterre de maintenir et même de renforcer ce corps.

t La nomination de M. Gale au banc de Montréal nous parait une mesure très malavisée, violant des rapports de comités en Canada, ainsi que les promesses du bureau colonial, et nous parait propre à faire durer ces animosités et ces malentendus mutuels, que la mère-patrie dernièrement et d» nouveau s'est montrée empressé de faire disparaître."! — Gazette de Québec,

t M. Gale avait été nommé juge par Lord Aylmer, d'après l'avis et la recommandation dn juge en cnef de MontréaL

immoral, des garanties, ou eDgagemens préalables,^ et dans quelques endroits, on avait projeté de retirer virtuellement des mains du peuple la franchise* élective, pour la remettre à un petit nombre dlndividns, et les comités et sous-comités de correspondance établis presque partout, donnaient aux fauteurs des 92 résolutions une chance de succès presque certaine. Aussi vit-on les anciens membres de la minorité, ou être rejetés, ou même ne se pas présenter, soit qu'il prévissent qu'ils n'obtiendraient pas la majorité des votes, soit qu'il leur répugnât d'être noyés, pour ainsi dire, dans une majorité d'hommes nouveaux et de jeunes gens.f

Presque partout, dans le district de Montréal, les candidats populaires furent élus d'emblée : dans quelques comtés, il suffît d'une ou deux lettres do recommandation, ou de la présence d'un ou deux fauteurs de la majorité de l'assemblée, pour faire élire des hommes sans propriétés, étrangers et inconnus aux électeurs. Au comté des Deux-Montagnes, pourtant, et au bourg de Sorel, il y eût des luttes longues et acharnées: ainsi on fût-il dans les villes de Qaébec et de Montréal. Dans cette dernière, au quartierouest, où MM. W. WALKEaet John Donnellan étaient opposés à MM. Papineau et Robert Nelson, il y eût, d'aboi*d, des chamaiilis et des rixes entre les électeurs,

• " It is of infinité importance that they should nol be suffered to imttçine that their willy any more Ihan that q^ kings^ is the standard o/" right and wrong ; andthatj therefore^ they ate not to exact in those who ofîciate in the ttate an abject tubsmisaion to their occaatonal will^ exlinguithing thereby in ail thote who serve them ail moral principlej ail sensé of dignity^ ail use qfjudgmentj and ail consisttncy ofc h minier." — M Edmund Burke.

t A une assemblée tenue à Saint-Athanase, le 10 mars, sous la présidence du Dr. Babdy, il avait été résolu: '* Que cette assemblé^ ose désapprouver la conduite parlementaire de MM. Neilson, Duval, Lbmay, Quesnel et autres, gui ont rougi de servir h çQiU^ç (h kUT pat/Sf et trM les int4r4ts dk mr9 c<?n«ww<»f»«."

Dtî CANADA. 245

OU fauteurs des deux partis opposés, puis des lutte s, ou plutôt des assauts et batteries, entre plusieurs centaines d'hommes du guet, armés par la corporation, et la population irlandaise des faubourgs ; et cette dernière, armée de pierres et de b&tons, parut parfois comme maîtresse de la ville. Dans cet état de choses, roffîcier-rapporteur ne pouvant, ou prétendant ne pouvoir continuer l'élection sans risques pour sa vie, prit sur Ini de déclarer élus ceux des candidats qui alors avaient le plus grand nombre de votes, c'est-àdire, MM. Papineau et Neilson. MM. Walker et Donnellan protestèrent, et s'adressèrent, mais en vain, au gouverneur, pour faire annuler le rapport, et une douzaine de jours plus tard, M. Papineaa put lancer triomphalement dans le public, contre une infinité de choses et de personnes, à commencer par le gouverneur, et dans un langage qui justifiait de reste les expressions de son Excellence, en une occasion précédente,^ la philippique la plus furieuse qui ait jamais étonné des lecteurs canadiens, ou indigné des journalistes anglais, même radicaux, ou niveleurs, et conséquemment accoutumés à dire eux-mêmes de très gros mots;! malheureux modèle offert aux jeunes rédacteurs, ou correspondans de gazettes, qui, dans rimpuissance d'accumuler assez de termes injurieux pour exprimer toute la haine qui leur avait été inspirée contre le gouverneur et le gouvernement, appelaient quelquefois à l'aide du langage des symboles

* '* Mon caractère, ma conduite publique ont été affaiblis de toutes parts, et avec toutes les variétés de l'insulte que le langage peut comporter, depuis la basse et vulgaire impertinence jusqu'à l'inTective la plus grossière et la plus virulente.

t Particulièrement le London Moming Advertûer.

246 filSTOIEE

ou signes hyéroglyphiqties d'une facile interprétation.*

Le résultat général fdt que la fraction agitatrice de la population accapara toute la représentation ; que les amis de la constitution et de la tranquillité publique, c'est-à-dire les neuf-dixièmes de la population canadienne n'eurent pas de repfésentans, et que la population britannique ne fit représentée que dans quelques townships.t

Cet état de choses donna à cette dernière Tidée de chercher en elle-même quelque protection, et, de là, naquit une union politique qui prit le nom d'association constitutionnelle. Elle prit naissance à Montréal, après les élections, et s'éleva en deux branches principales, Tune dans cette ville et l'autre à Québec, avec des rameaux, nommés comités subordonnés, dans différentes parties de la province. Ce fut une espèce de contre-poids an comité central et permanent et à toutes ses ramifications, bien qu'elle dut souffrir du désavantage de ne pouvoir pas employer un langage comme celui dont se servait son antagoniste, dans ses résolutions, ses adresses, ses rapports, etc., qui était parfois celui de la fureur ou de la démence.

Les associations constitutionnelles de Québec et de Montréal députèrent en Angleterre, la première, M. John Neilson, la dernière, M. W. Walker.

* Voir, par exemple, le pamphlet dont il ordonna la circulation par la province.

Lord Aylmer étant venu à Montréal, dans l'été de 1834, le Vindicator et La Minerve parurent tout barrés de lifi^nes noires.

<' Nous ne dénonçâmes point le VindiecUor et LaMinene^ quand ils exprimèrent leur déteatation de lord Ajlmer enrevêtisiant (pour revêtant, sans doute) leurs feuilles de deuil, quand son Excellence visita notre ville." — La Minerve traduisant le Daily Adverliser^ Journal oui naquit neutre, quant à la politique, en 1833, et qui mourut, a l'âge d'environ un an, radical, ou niveleur renforcé.

t MM. IStuart. Neilson, Cuvillier, Quesnel, Badeaux, Gasgrain, Duval, Languedoc, Lemav, Berthelet, Young, ne furent point membres de la nouvelle chambre.

Dans le Haut-Canada, les nouvelles élections donnèrent une chambre pire que celle qui avait troublé les dernières années de l'administration de Sir F. Maitland, et la première, de celle de Sir John Golborne, résultat de la bienveillante, mais très impolitique acquiescence aux fausses représentations de M. W. L. Mackenzie.*

Le parlement provincial fut convoqué pour le 23 février (1835) ; mais " la majorité des membres élus pour servir dans le parlement du Bas-Canada " joints à '' la minorité du conseil législatif, ne crurent pas devoir attendre cette époque pour exhaler les sentimens dont ils étaient oppressés, et, réunis en convention, à Montréal, ils adressèrent à la chambre des communes d'Angleterre une " humble pétition," où, après avoir parlé des " principes vicieux qui servent de base à leurs institutions politiques, ils exposent comme addenda aux 92 résolutions," que de nouveaux abus sont venus peser sur le peuple de cette province, lesquels, s'il ne disparaissent promptement, tendront à accroître, à un degré alarmant, les mécontemens qui ont si longtems régné, et aliéneront finalement les senti mens du peuple du gouvernement d'Angleterre lui-même; qu'au nom des griefs additionnels dont le peuple de cette province a à se plaindre....... ..son

Excellence Matthew lord Aylmer, a été continué jusqu'à présent à la tête du gouvernement de cette province, après avoir été accusé formellement de conduite illégale, injuste et inconstitutionnelle, après qu'il a agi envers les représentans du peuple, d'une

* Par aoite du découraf):eiDent, dans lequel là dépêche du 8 . novembre 1832 avait jeté les amis de la constitution et du gouvernement, et de l'espoir qu'elle avait donné aux niveleurs, il se trouva dans la nouvelle chambre douze ou treize Américains, dont on pouvait dire avec le poète latin : Codum^ non arttmum, mutant^ qui tramfreta currunU

248 msTOTM

manière insultante et propre à déti*tiirô le respect qui

devrait être dû au représentant de sa Majesté que

la conduite vindicative et les senti mens haineux de son Excellence, ont créé un sentiment universel de mécontentement contre son administration ; qu'on voit rarement des habitans d'origine canadienne-française parvenir jusqu'aux places, et que ceux d'entre eux qui y sont parvenus, ne le sont qu'après s'être aliéné les sentimens d'affection du peuple, et alliés à la minorité factieuse, opposée aux vues et aux intérêts du pays, et que même le caractère sacré de la justice a de nouveau été souillé dans sa source, par l'appel à la haute fonction de juge d'un partisan violent et passionné de l'administration du comté de Dalhousie, et d'un ennemi déclaré des lois qu'il a juré d'administrer, et par la nomination d'un nombre de commissaires choisis avec intention, à la veille d'une élection générale, d'entre les partisans notoires de l'administration actuelle ; qu'un autre sujet de plainte est l'indifférence coupable manifestée par le gouverneur en chef, au sujet des tristes ravages du choléra asiatique, durant l'été dernier ; que la violation de l'acte déclaratoire (de 1778), a conduit à la juste et heureuse résistance des ci-devant colonies anglaises, (en 1776 et avant), et au démembrement de l'empire britannique ; que les dilapidations continuelles des revenus de la province sont une autre source d'alarmes pour les sujets canadiens de sa Majesté,^ et que, tout récemment, les privilèges indubitables de l'assemblée ont été de nouveau violés par le paiement des serviteurs publics ; que le peuple des anciennes colonies, quelque maltraité

qu'il fût par des tentatives de taxes inconstitution-

■ * On Terra plas tard quels étaient ceux qui araient réellement dilapidé une partie considérable des revenus de la prorince.

Dû OAKADA. 24d

tiolles; avait bien moins à se plaindre, en fait d'usurpations par Vexécutify l'assemblée ayant, à plusieurs reprises, déclaré sa ferme détermination de ne pas sanctionner co qu'elle doit toujours regarder comme iine violation tyrannique de ses droits, et que le peuple de cette province regarde comme une dissolution virtuelle de la constitution, des con8équ£nces de laquelle vos pétitionnaires ne peuvent répondbe ; que la chambre peut et doit de suite connaître qui sont

CEUX QUI ont autorisé UNE USURPATION DE POUVOIR AUSSI CRIMINELLE; AFIN^ DE LES AMENER A UN CHATI- MENT MÉRITÉ."*

Vient ensuite le ronouvolloment de la demande que le conseil législatif, tel qu'à présent constitué, soit aboli, et que le peuple soit mis en état d'élire une secondé branche de la législature, comme seul moyen de produire l'harmonie ; et puis les dernières élections données comme prouvant que le peuple de cette province partage entièrement les opinions de la majorité de l'assemblée.

On serait tenté de croire que la minorité du conseil et la majorité de l'assemblée s'impatientaient de la longanimité de la métropole, et qu'elles voulaient mettre enfin sa patience à bout, en lui adressant un manifeste aussi ridiculement menaçant que gratuitement injurieux, fruit évident du plus intense accès de délire, dans lequel des hommes puissent être jetés par l'accumulation et la concentration de toutes les passions envieuses, haineuses et vindicatives, enfantées par la politique.

^^■— ■■■■ ■■■^ , ■■■■■^ >■■■■ I ■»■ > ■■■■■■■ ■ iMiii» ^■^

* Ce n'étaient pas des personnages moindres que les ministres du roi, sinon le roi lui-même, que la convention de Montréal, voulait ainsi traduire à sa barre, ou à celle de la future chambre d'assemblée, pour être châtiés par elle d'une manière exemplaire, ou condigne,

250 ôtsîomi

On était généraloment persuadé qu'il n'y aurait pas de sesBion, ou que, s'il y en avait une, elle serait de très courte durée, et qu'il en résulterait plus de mal que de bien. Il y avait certainement, parmi les nouveaux membres, des hommes rassis et de mérite, qui, dans d'autres circonstances, auraient pu se faire honneur à eux-mêmes, et se rendre utiles à leur pays ; mais ils avaient presque tous pris l'engagement de parler et d'agir dans un sens déterminé ; et si^ selon La Minerve, le Herald fanatisait ses lecteurs ; à leur tour, La Minerve, le Vindicatory le Canadien et VEcho du Pays fanatisaient au moins la partie ignorante et juvénile des leurs, et il y avait, dans la nouvelle chambre, un plus grand nombre d'hommes ignorans et de jeunes gens que daps la précédente.

Il n'y avait pas de doute quant à l'homme que la chambre choissirait pour orateur ; mais on était en peine de savoir si le gouverneur se croirait obligé de se désapprouver lui-même en quelque sorte, de blâmer virtuellement le gouvernement de son souverain et le sien, en confirmant le choix de la chambre.^ Ce

* M. Bedard, secondé par M. Lafontaine, proposa que L. J. Papinean, écuier. fut élu orateur. Après que le greffier eût lu la motion, M. Gugy se leva, et secondé par M. Bowman, proposa, en amendement, qiie L. H. Lafontaine, écuier, fût élu orateur.

" M. Lafontaine se leva, et protesta avec chaleur contre l'amendement de M. Gugy, dont, dit-il, il 'n'avait eu, avant, aucune expectative ou connaissance, et conclut ses remarques par déclarer que, s'il était élevé à cette dignité, il résignerait son siège."

** M. Gugy répliqua dans un discours d'une grande longueur. Dans le cours de ses observations, il introduisit le célèbre manifeste de M. Papineau, le commenta, et déclara qu'il s'opposait à l'élection de Papineau sur des raisons nullement personnelles, mais politi(]|ues.

" M. Papineau se leva, et répliqua à M. Gugy avec cette force et cett« lucidité qui lui sont si familières. 11 accorda les plus amples félicitations à M. Lafontaine, entre lequel, dit-il et lui-même, il existait le plus parfait acccord sur les questions publiques.''

** Le résultat des votes sur la motion de M. Bédard fût pour, 70 ; contre, 6. MM. Bowman, Clapham, Gugy, Moore, Power, Wells.

^a^aucun de ses prédécesseurs, à sa place, n'aurait fait probablement, lord Aylmor le fit, sans doute conformément aux intructîons du nouveau ministre des colonies, ou en sacrifiant toute considération personnelle à sa mianière de comprendre son devoir, ou l'utilité publique, bien que l'idée de la convenance et de la dignité semble suggérer qu'il eût dû renoncer à son haut emploi, plutôt que de faire un tel acte d'abnégation de lui-même.

Dans son discours d'ouverture, le gouverneur apprend aux chambres, qu'en conséquence des changomens qu'il y avait eu dans les conseils de sa Majesté, (M. Stanley ayant été remplacé par M. Spring Bice,^

* M. Spring Rice prouva pendant sa courte administration, qu'il n'était nullement l'homme qu'il fallait dans les circonstances. Il voulut réparer un tort léger, si s'en fût un, par une faute grave, en refusant de confirmer une nomination faite par lord Aylmer, et il eût à regretter de s'être imprudemment enfermé seul avec MM. Yiger, Morin et Roebuck, pour conférer avec eux sur les affaires du Canada. Mais s'il était faible sur la politique, et manquait de pré- \07ance, il pouvait parler convenablement, comme le prouve le dialogue suivant :

M. Udmb (présentant une pétition de Québec, au soutien des 92 résolutions) : ^' Je suis convaincu que, tant que les Canadiens ne pourront pas régler eux-mêmes leurs affaires, ils ne seront pas satisfaits."

H. Spring Riob. " «Tai déjà manifesté le désir de concilier tous les partis en Canada, mais je dois réclamer contre les moyens qu'a employés un membre de la chambre, en faisant publier des choses

propres à enflammer ^es esprits remuants La lettre écrite par

l'honorable membre est de nature à exciter le Canada contre la

mère-patrie Je ne sais trop si de tels propos sortis de la bouche

d'un colon ne l'aurait pas rendu coupable de trahison et sujet à être poursuivi criminellement. Nul membre de la chambre ne peut tenir une pareille conduite sans mettre en danger les intérêts de l'Angleterre et du Canada.

M. Hume : Je me crois assez^ justifié d'avoir écrit cette lettre puisqu'on a fait aucun effort pour mettre à exécution les recommandations du comité de 1828. (Voir Rapport du comité de 1834). Si l'on ne redresse pas les griefâ, la résistance sera permise. Je suis persuadé que si le gouvernement refuse de faire cesser les plaintes, il y aura bientôt une séparation,

M. Spring Riob : <' 11 est extrêmement inconvenant à un homme qui parle en sûreté dans cette chambre^ de mettre au jour des idées qui peuvent en Jeter d? autres dans de si grands dangers. L'homme qui paisiblement et sûrement assis dans son cabinet, se sert d'up

252 MtâtotftË

et ce dernier par le comte d'Aberdeen, il n'avait J)âô encore reçu toates les communications et instructions qu'il attendait; mais que, comme il n'avait pas été accordé de subsides dans la dernière session, le gouvernement de sa Majesté avait jugé expédient d'ordonner que la somme de £31,000 jfiit prise de la caisse militaire, pour paj^er une partie des salaires des juges et autres officiers publics, " qui éprouvaient depuis longtems une détresse extrême et de grands inconvénions, le gouvernement de sa Majesté étant persuadé que cotte somme serait prompte ment remboursée, au moyen des subsides, qu'il se flattait que les cbambres voteraient, et sou Excellence recommande à sa Majesté de pourvoir au remboursement de cotte somme, qui avait été appliquée à des services absolumept nécessaires pour continuer l'administration de la justice et d'autres opérations indispensables du gouvernement."

L'expédient auquel M. Spring Rice avait eu recours ferait croire qu'il était persuadé que c'était réellement en conséquence d'un malentendu^ et non par calcul, que la cbambre d'assemblée avait mis le gouvernement colonial dans l'embarras et ses employés dans la détresse, et qu'il n'avait compris ni la teneur, ni l'esprit des 92 résolutions.

Quoiqu'il en soit, le soin de rédiger la réponse au discours du gouverneur fût d'abord confié à MM. Mo-

.1 ^ ^ ■— r— ■ i-i — w-ww !■ ■ I ■ I I I ^^m M^^M 1^^ ^^1 I - —

pareil langage entend et pratique mal la doctrine de résistance. !Si la résistauce est assez recommandée et assez soutenue pour enfreindre les lois, il 7 a lieu d'eppérer que les lois triompheront finalement. M. Hume peut, en sûreté, jouer le rôle de trompette, en exprimant de telles idées, comme membre de cette cbambre; mais s'il croit en sa propre doctrine, quHl parte et entreprenne lui-même de la défendre et qaHl s'expose aux dangers dans lesquels ses opinions peuvent en entraîner d'autres."*

* Simul ipsequi suadet consideratus est^ ad^iciat ne consilio péri" culum suum, Taoit. Hutor^ lib. II.

btr CANADA. 263

fin, Lafontaîne, Caron, Bedard, Girouard, Locjlie et O'Callaghan ; mais il y avait pour la majorité des membres des choses plus pressées, et dès Je premier jour de la session, on eût la preuve qu'ils étaient venus au parlement dans un état d'exaltation et d'exaspération extraordinaire.

A peine les membres furent-ils descendus de la salle du conseil législatif que M. Morin proposa que la chambre se formât en comité sur Vétat de la province. Cette proposition n'éprouva pas d'opposition, d'abord, mais M. Morin ayant proposé comme résolution préliminaire, que la chambre adoptât la requête de la convention de Montréal, déjà expédiée pour l'Angleterre, il s'en suivit des débats où il fdt encore dit des choses étranges.*

Le discours de M. Papineau contenait une suggestion dont M. Morin parut se prévaloir, pour proposer que la chambre se formât en comité sur le discours prononcé par le gouverneur, à la clôture de la dernière

session. Les résolutions qui s'en suivirent, et dont la dernière était que ce discours fût biffé des journaux de la chambre fournirent au " véhément " rédacteur du Vindicatory qui avait été fourré " sans cérémonie " au comté d'Yaraaska, l'occasion de l'emporter sur tous les autres orateurs par la quantité et la qualité des injures dont le gouvernement fdt accablé, en même temps que la minorité de la chambre, et à M. Gugy

* M. Gugy: "Il me parait bien extraordinaire qu'on demande un comité sur l'état de la province, le premier jour de la session....

M. Papineau (après avoir dit du gouvernement, qu'il a refusé de rendre justice contre une bande de meurtriers armés) : Je n'aime

pas les gens qui vieniient ici s'arrogeant un pouvoir arbitraire

qui veulent une aristocratie héréditaire, projets des plus ridicules que les bayonnettes seules pourraient soutenir.'^

iU MisfôtRi

celle de lui dire de dures vérités,^ et de forcer M< Papineau à faire des aveux significatifs» quant aux prétendus vœux et volonté du peuple-f

Dans cette première séance furent introduits, par M. Morin, un bill ^^ pour nommer un agent au Royaume- Uni/' et par M, Leslie, un MU " pour limiter le nombre des passagers dans les bâtimens qui viennent d'Europe en cette province, etc., et il f&t ordonné^ sur motion du mênûTe^ membre, que le collecteur des douanes mette devant cette chambre un retour (une liste, ou un état), de tous les vaisseaux, etc.

Le lendemain, 24, la chambre s'étant formée en comité sur le bill de Tagent, M. Morin dit qu'il proposait de nommer un " monsieur qui avait déjà rendu des services signalés à cette province, et que tous les partis respectaient, J. A. Eoebuck, écuyer, membre de la chambre des communes/'

* "J'ai gardé le silence sur les deux premières propositions, mais je proteste contre la troisième. M. Morin parait ne pas youloir se charger de cette résolution, il Va mise entre les mains d'un nouveau membre qui peut faire usage des termes employés dans le journal que rédige M. O'G allâghan. Cet individu s'est servi envers le gouverneur de termes qu'il n'aurait pas osé adresser à ses égaux nors de cette chambre. '^Insultant" et 'insolent" ne peuvent jamais être dits par cet individu, du chef du gouvernemeût, si infiniment élevé au dessus de lui. Il parle aussi de i a minorité ^^ factieuse", eh bien il a appartenu longtemps à cette même minorité, et l'oiseau qui

salit son propre nid est des plus sales Ce personnage a signalé

l'élection des Deux-Montagnes, de Sorel, etc; Je désirerais connaître la cause des troubles, s'il y en a eu ; si j'en connais quelque chose, ce même Dr. O'GalIaghan a beaucoup contribué à causer ces troubles. Les 92 résolutions, qui promettaient une distribution des deniers publics, avant la dernière élection générale, à des gens de la trempe du docteur, sont une des causes de ces troubles, et ce même docteur a été élu par des gem qui ne Pavaient ni vu ni eohnu,

aux ordres talismaniques de certaine meneurs Les paroles du

gouverneur ont été vérifiées par les événements ; car nulles manœuvres, nuls artifices n'ont été épargnés par la majorité."

t Dans un pays nouveau comme le Canada, où le peuple n'est pas encore accoutumé à l'exercice de ses droits politiques, les représentans, aussitôt sortis de l'enceinte de l'assemblée, étant plus au courant des affaires publiques, ont le droit de conseiller leurs conS" tituans dans leurs procédés publicsP

JOtt (JANÀdA. 2fiS

M. Clapham ayant demandé '< s'il ne serait pas plus à propos de nommer un des membres jouissant de la confiance du peuple, et qu'on pourrait rendre plus responsable à la chambre," M. Papineau dit qu'il croyait la nomination de M. Boebuck un acte de reconnaissance peur les services éminents rendus à nos compatriotes, etc., sur quoi M. Glapham remarqua: • *^ Il est vrai que M. Roebuck a défendu avec zèle la cause qu'on lui a mise entre les mains, tant qu'il a eu près de lui un agent responsable, mais je voudrais une garantie pour sa future utilité...;. .M. Eoebuck n'est pas sans tache, et peut-être n'est>il pas incorruptible. Il est même probable que sa conduite passée a été stimulée par la promesse ou l'espérance d'une rémunération future."...... La proposition de M. Morin fût

agréée.

Ce même jour, fût reprise la considération de l'état de la province, ou plutôt la discussion de l'adresse de la convention de Montréal, et l'on entendit encore M. Gugy répondre énergiquement et logiquement à ce que M. Papineau avait dit à P appui de cette pièce.

Dans les débats qui eurent lieu le 28 sur la même question et sur les dépenses contingentes de la chambre, fût avouée et proclamée, comme officiellement, la cause des torrens d'injures déver^<é8 sur le gouverneur, depuis le printems de 1832; do la proposition et de l'adoption des 92 résolutions, et de l'agitation extraordinaire qui s'ensuivit.*

* M. Gdgy : Faut-il que cette chambre ne soit qu'ud bureau d'enregistrement de la convention de Montréal ; aont l'orateur est membre, et d'où partent les illuminations de doctrines révolutionnaires? Les haines et les inimitiés de certains membres mettent

obstacle' atout Une certaine lettre de l'orateur, qui contenait

(comme) un ordre au gouverneur de se rendre à Montréal, après l'affaire du 21 mai, n'ajant pas été écoutée, l'orateur, accoutumé à toujours commander, se trouva offensé et piqué. Depuis lors, la haine et les querelles personnelles ont été le fondement de la con-

â&6 tiistotÉ»

M. JoBSop, collecteur au port de Québec, avait ^crît qu41 regrettait de dire qu'il ne se sentait pas autorisé à produire l'état demandé sans un ordre du gouverneur, et sur motion de M. Leslie, il avait été résolu : que le refus contenu dans la lettre de M. Jessop était une infraction des privilèges de la chambre, et ordonné qu'il fût pris sous la garde du sergent d'armes, ot le 28, cet officier f(it, non amené à la barre de la chambre, mais envoyé en prison. * Dans la session précédente, M. Jessop n'aurait peut-être pas été traité .plus rudement que le colonel Heyden, mais l'assemblée était en progrès, et elle en donna une autre preuve, en déclarant M. Henby destitué de la charge de greffier en loi, ou de rédacteur des projets de loi de la chambre d'assemblée. M. Heney devait sa nomination au gouverneur-général, mais, suivant M. Lafontaine, " il était temps que la chambre nommât ses propres officiers." *

duite des membres, parceque l'on devenait important en devenant chef départi. Le gouverneur a^ant désobéi aux ordres de l'orateur, la guerre s'est allumée. Il ne convient point aux membres de prendre fait et cause pour les querelles de l'orateur."

M. Pâpineâu: *<0n attribue toutes les difficultés du pays aux querelles particulières de l'orateur et de V Exécutif. 11 n'existe point de pareilles querelles Si l'on veut faire allusion à une lettre respectueuse et polie, au moment où le san^ des citoyens coulait dans les rues de Montréal^ quand j'ignorais qu'il fût indifférent à ces meur-

tresj et qu'il était disposé à protéger les meuririersj je dirai, qu'en

effet, depuis ce moment, j'ai reconnu que cet homme était bien audessous de sa charge, faible, partial et corrofnpuJ^

•* Les torts imaginaires de lord Aylmer envers M. Papineau n'excusent pas l'opposition qu'il fait, lui et ses partisans, aux mesures du gouvernement, quand ces mesures ont reçu la sanction des ministres, et d'ailleurs, il n'est jamais permis de faire une opposition publique de ses sentlmens personnels.' — Traité de lapolittque coloniale (1835).

" Ce n'est point une offense personnelle, c'est un déni de justice qui me porte à l'accuser et à me plaindre ae son administration."-^ M. Papimbau.

* Non-seulement la chambre s'était déjà nommé un bibliothécaire dans la personne du rédacteur du Canadien, mais elle lui avait alloué, de sa seule autorité, X200 par an. Quant à M. Henejr il

Dtî CANADA. 257

Ce même joar, un projet de réponse an discours du gouverneur fût rapporté par M. Morin . M . Vanfelson le trouva très violent et contre les formes parlementaires. " Il n'est pas d'usage, dît-îl d'introduire un sujet étranger dans une réponse à un discours du fi'ône, à l'ouverture d'une session. Le dernier paragraphe fait allusion aux griefs dont la chambre s'est plainte, l'année dernière, ce qui me justifie à dire que l'adresse n'est pas parlementaire."

M. Papineau trouve futiles les raisons de M. Yanfelson, et défend, aussi chaudement que si elle eût été sien De, cette adresse où l'on devait voir un " grand dessein," "un désir scrupuleux," etc.

M. Bedard proposa un amendement, mais il iÏÏt rejeté, et l'adresse de M. Morin- fût adoptée, à la majorité de 48 contre 26.

On ne sera pas étonné de l'objection de M. Vanfelson et autres à la teneur de cette adresse, quand on saura qu'elle disait, en dernier lieu : ''" L'année dernière, cette chambre basa ses procédés sur Vancien usage du parlement, d'après Vesprit de la constitution tnêmey* et d'après d'autres considérations connues de cette cJunnbre, pour V avantage des sujets de sa Majesté, et de son gouvernement dans cette province. Nous regrettons que le gouvernement de sa Majesté, pour subvenir à la dépense du gouvernement civil et de V administration de la justice ait eu recours à l'emploi de deniers prélevés dans cette province, qui sont de droit, .et devraient

avait été nommé conseiUer exécatif : il ne ponyait pins être, conséquemment, à la hauteur des idées de la majorité ; et pais, il avait publié un ^' Commentaire " ou des *' Observations sur Pacte constitutionnel du Haut et du Bas-Canada," et il l'avait ** respectueusement dédié à la chambre d'assemblée du Bas-Canada.'' Cette chambre pût regarder la chose comme une leçon à elle faite, pour la détourner de l'idée fixe de détruire cette constitution.

* L'esprit d'une constitution ne peut pas vouloir sa destruction ou prévoir une révolution.

258 fitsTOtRË

être de fait sous le contrôle de cette chambre. Nous regretterions aussi que Ton eût employé aucun autre fonds pour le même objet, sans un vote de cette chambre ; PARALYSANT PAR LÀ L'iNPLUENCB SALUTAIRE ET

C0N8TITUTI0NELLB, quc le peuple devrait avoir, par la voie de ses représentans, sur toutes les branches du gouvernement exécutif.'* ....

Lorsque cette adresse eût été présentée et lue au gouverneur, son Excellence répondit : " Il a été d'usage avec moi, de même qu'avec, je croîs, tous mes prédécesseurs en office, de transmettre au secrétaire d'état pour le département colonial, une copie de l'adresse de la chambre d'assemblée en réponse à la harangue du gouverneur, à l'ouverture de chaque session, et cela sera pareillement fait dans ce cas-ci."

Le même jour, 28, il fdt résolu que, dans le cas où le bill nommant J. A. Roebuck, écuycr, agent pour cette province ne deviendrait pas loi, le dit J. A. Eoebuck soit prié d'agir comme Agent de cette chambre, etc., et que le greffier de cette chambre paie au dit J. A. lioebuck, sur les deniers appropriés |>owr les dépenses contingentes de cette chambre £600 sterling, pour l'indemniser, etc., et £500 sterling pour fournir à ses déboursés.*^

Si nous passons au 2 mars, nous voyons la chambre amendant le bill de M. Leslie qui devait avoir force de loi dans la Grande-Bretagne et l'Irlande, et passant le bill du. même, "pour éloigner les troupes des villes pendant les élections." On pouvait ne voir dans le premier qu'un avis donné à la métropole, quoique d'une manière assez singulière, ou nouvelle ; on avait pu ne voir dans le second, lors de son introduction, dans les deux sessions précédentes, qu'un but de parti, celui, par exemple, de faire croire en Angleterre, qu'à

rëlectîon do mai 1832, les troupes avaient gêné, terrifié les électeurs, dans Vexerdce de leurs droits : que pouvait-il signifier en 1835, après Télection du quartier-ouest de Montréal ? on nous dispensera de Fexprimer.

Le même jour, M. Huot ayant proposé une " adresse à son Excellence, demandant £18,000, à compte des dépenses contingentes de la chambre^ M. Gugy proposa, en amendement, que la chambre se formât en comité, afin de considérer s'il ne serait pas expédient de payer par un le déficit annoncé par son Excellence, Tannée dernière Cet amendement fiit négative, à la majorité de 51 voix, et l'adresse fat agréée et présentée au gouverneur.

En répondant, le 6 mars, le gouverneur rappela à l'assemblée son message du 18 janvier 1833, et dit que s'il avançait présentement £18,000, il deviendrait responsable de près de £26,000. Il remarque dans le tableau des comptes contingens de la chambre des items qu'il croit ne pouvoir être strictement- parlant, classés sous le titre de contingens^ nommément, les allocations à l'hon. D. B. Viger, et le salaire du bibliothécaire nommé par la chambre.*

Quant à l'allocation de M. Viger, le gouverneur rappelle à l'assemblée la protestation du conseil législatif, et lui dit qu'il y a en outre une lettre de M- Hat, en date du 14 mai, 1833, par laquelle M. Viger est informé que le " secrétaire colonial regarderait

* " La chambre d'assemblée a agréé une adresse au gouverneur, demandant la petite somme de Jb'18,000 pour ses dépenses contingentes. Gela n'inclut pas environ Jb*4,000 (année commune), pour la paie de ses membres, ni jt'1,000 pour l'hon. M. l'orateur Papîneau, et probablement quelques autres et cetera. Selon nous, non-seulement les avances demandées doivent être refusées, mais à l'avenir, toutes les dépenses contingentes des deux chambres doivent être octroyées par des lois et sujettes à un f^xamen le plus strict." — Gazette de Québec.

260 HISTOtRfi.

radmîssion d'un agent permanent dépnté par une seule branche de la législature d'une colonie comme une innovation inconvenante et dangereuse ; et par une lettre subséquente, M. Viger est informé de nouveau, que le secrétaire d'état ne peut consentir à le recevoir dans sa qualité officielle. Le gouverneur ne peut se constituer partie dans un acte que le conseil législatif déclare être une violation flagrante de ses droits constitutionnels, et qui donnerait la sanction de l'autorité du roi à une nomination qui a été distinctement rejetée par son gouvernement ; mais le gouverneur est prêt à faire de nouvelles avances, moyennant une loi le déchargeant, en omettant les salaires de M. Viger et du bibliothécaire."

'' Dans la vue, dit pertinemment son Excellence, en finissant, d'obvier à de nouvelles difficultés, à l'avenir, le gouverneur recommande à la chambre d'assemblée de prendre eu considération l'expédience d'ordonner à l'officier à qui il appartient, de transmettre à l'inspecteur-général des comptes, avant le commencement des sessions, un état détaillé des divers articles de l'estimation des dépenses contingentes de l'assemblée, qui jusqu'à présent, vHont été que simplement mentionnées en bloc. D'après la pratique suivie jusqu'à présent, au sujet des estimations, il parait que, quoique le conseil législatif et la chambre d'assemblée aient exercé un contrôle strict et vigilant sur les dépenses de la branche executive de la législature, et exigé des tableaux détaillés de chaque article de ses dépenses, le pouvoir exécutif et la chambre d'assemblée n'ont exercé aucun contrôle sur les dépenses du conseil législatif, ni le pouvoir exécutif et le conseil législatif sur celles de la chambre d'assemblée. On a ainsi perdu de vue, dans ce cas-ci, le principe de frein

DU OANADA. 261

et de contrepoids, qui fait un des traits les plus admirables de la constitution britannique, modèle de la constitution du Bas-Canada.

La chambre avait devant elle deux voies, celle de la convenance et de la raison, et celle de la violence irrationnellQ, et elle se jeta, tête baissée, dans la dernière, à la persuasion de son orateur, nonobstant tout ce que put dire M. Gugy pour lui faire prendre Tautre, et malgré que M. Power s'efforçât de Vy engager, par des raisons qui nous parurent alors, et qui nous paraissent encore bonnes, mais que M. Lafontaine qualifia de frivoles. M. Morin lui présenta ; M. Papineau voulut violemment lui faire adopter brusquement,* et elle adopta aveuglément, après d'inutiles réclamations, de la part de la minorité, une série de résolutions, dont la dernière était :

* M. Taché : *^ C'est à moi que faisait aUasion M. l'orateur, je sap> pose, lorsqu'il a dit que des membres, dans la couversation, se disaient réformateurs, et avaient toujours en chambre quelques objections à faire à des mesures de réforme (" pas plus à vous qu'à d'autres, à plusieurs.") Je suis ami d'une réforme raisonnable et bien fondée, mais je ne voudrais pas qu'on y allât à peu de charae. Depuis le commencement de la session, toutes les mesures ont été précipitées ; il a presque fallu les voter sans les avoir lues"

M. DuBOBD : " Je n^i jamais dit que^'je serais opposé aux résolutions, et je ne crois pas l'honorable orateur en droit de dire que nous avons manqué à nos promesses^ et changé de langage. J'ai dit et je répète que je ne suis pas prêt à voter sur ces résolutions, et que dans l'intérêt de mes constituans, je dois désirer de les lire. Voilà pourquoi i'en ai demandé l'impression."

*< Il était déplorable de voir l'orateur, lorsqu'on demande l'ajournement, afin de faire imprimer les résolutions, se lever et lancer les plus violentes invectives cokitre le gouverneur, le gouvernement, le conseil législatif, et le ministère britannique. Il est déplorable de l'entendre continuellement parler des difficultés créées par M. Stanley, M. Spring Rice eUlé comte d'Aberdeen, avec la brutalité (fun tory. Je vois malheureusement que la chambre se suicide. La chambre ne peut disposer des deniers publics sans le consentement des autres branches de la législature. Si la disposition des fonds publics était laissée à la chambre seule, elle aurait eh mains un des plus puissants moyens de corruption. La chambre n'a le droit d'emplover de l'argent que pour ses dépenses les plus nécessaires et les plus indispensables. Les dépenses cootiiigeiites dQ lA

çb»mbre 9ont Uwitéfs ^^x une loi."— M. CrvaY«

^'Que cette chambre, n'attendant des autres branches de la législature nulle coopération dans les travaux d'une session propre à promouvoir le bien du pays, ne peut, avant d'interrompre ses travaux, qu'elle est dans V impossibilité de continuer, se dispenser de protester hautement contre un acte du gouvernement exécutif, qui Uude la lettre de la constitution et en viole Vesprit,^ et qu'en attendant que le peuple de cette province puisse être protégé avec efficacité par les travaux de sa législature, cette chambre persiste à demander LA MISE EN ACCUSATION DE SON EXCELLENCE,

LE GOUVERNEUR DE CETTE PROVINCE, et persévère dans ses déclarations et demandes, contenues dans ses adresses et pétitions au roi, et aux deux chambres du parlement du Royaume-Uni, et ses résolutions sur lesquelles les dites adresses et pétitions étaient basées." Après cette détermination, la chambre dédaigna de prendre en considération un message contenant une estimation des dépenses probables de l'Année courante, et s'ajourna, et ainsi fit-elle jusqu'au dernier jour de la session, dont nous n'avons plus rien à dire, sinon, qu'à cette époque, le moindre signe de modération, d'une intention d'agir dans la vue du bien public, nous semble devenir digne d'éloge, et ce signe nous l'appercevons parfois chez des membres de la majorité habituelle, mais tel était l'esprit du temps, ou plutôt la maladie des esprits était telle, qu'après la session, un des nouveaux membres se crut obligé d'exposer les raisons qui Pavaient empêché de voter sur une question vitale, avec la majorité, quoiqu'il pût s'appuyer de l'opinion de vingt-cinq collègues. Les débats ne furent presque qu'une suite de querelles injurieuses,

* On aurait dit que la majorité de l'assemblée s'était fait une loi de ne parler plus que contradictoirement k la vérité même évidente.

de diatribes contre le gouverneur, que M. Papineau, ou un membre quelconque, put outrager, sans être rappelé à Tordre. Les nouvaux membres parlèrent peu, à Texception de l'irlandais '* élu par des Canadiens qui ne Ta valent ni vu ni connu,*' et qui débuta par une violente et dégoûtante philippique contre le gouverneur. M. Rodier s'efforça d'imiter son modèle admiré, mais il n'insulta pas lord Aylmer, non plus qu'un jeune avocat canadien, nommé à un emploi honorable, impunément ou sans exciter l'indignation de M. Gugy.* Mais à l'occasion d'une dépêche du comte d'Aberdeen, et à l'exemple de M, Papineau, M. Morin put dire, omnibus silentibus, antforsan stupentibus, au même, ou du même M. Gugy : " Croit-il aussi que la chambre s'oppose à l'éducation, au moment qu'elle est traitée, dans les dépêches du comte d'Aberdeen, qui viennent d'être lues, avec toutes les prétentions, la brutoMtéy Vignorance et V absurdité d'un tory,\

* M. Rodier : Mais quels étaient enfin les titres de ce jeune homme auprès de son Excellence ? Apostat de la cause du peuple et renéaat politique, son mérite était d'avoir trahi ses concitoyeru."

M. GuQY : Quel droit a M. Rodier d'appeler apostat et renégat le jeune avocat récemment nommé greffier de la couronne en chancellerie? La liberté tant vantée de M. Rodier consiste-t-elle pour lui à appeler apostat et renégat un homme dont les opinions ne s'accordent pas avec les siennes ? "

t N'est-il pas au moins étrange d'attribuer au toryisme du comte d'Aberdeen l'étrange prévention ou erreur de jugement qu'il montre dans le paragraphe suivant :

'' La discussion de cette question en faveur du séminaire de Saint- Sulpice, entraîna des conséquences que tout Canadien, quelle ^ue soit son origine nationale ou sa croyance religieuse, aurait

également raison de réprouver telles que la nécessité de re-

crutrer continuellement éP étrangers versant de France les membres d'une^ corporation ^ui devrait avoir au plus haut degré possible les intérêts elles sentimens, non pas cThabitans français venant d^tin pays étranger, mais du peuple canadien.''^

l Le comte d'Aberdeen dut revenir de ses préventions et de son erreur, en lisant, un ou deux ans plus tard, le Vindicator ou La Minerve,

La clôture du parloment eût lieu le 18 mars. Le ton de la harangue du gouverneur contraste singulièrement avec celui de tous les procédés de l'assemblée à son égard. On put croire, d'abord, que cette harangue n'était pas adaptée à Poccasion ; mais si la modération, la longanimité de lord Aylmer n'avait pas été due au plan de conduite qu'il s'était tracé, dès le commencement de son administration, elle aurait été expliquée par le passage suivant d'une dépêche de M. Spring Rice :

" Comme il est essentiel, pour que nos efforts soient couronné du succès, â! éviter tous les sujets qui pourraient augmenter V irritation ou aggraver le refroidissement/]' 2ii^ pelle l'attention de votre Seigneurie sur le principe d'après lequel le comité spécial se propose de se conduire, savoir de disculper entièrement le gouvernement, et les témoignages qu'il a devant lui, autorisent cette disculpation ; mais, en même temps, d'éviter toute inculpation d'autres parties."

11 ne résulta aucun acte législatif de cette cession, qui fût particulièrement caractérisée par " l'empressement que montrèrent quelques membres de la chambre, de faire confirmer la requête de la convention de Montréal aux communes d'Angleterre ; de faire nommer M. Roebuck agent, de biffer le discours du gouverneur, lors de la clôture de la dernière session du parlement, et par les discours violents auxquels* ces mesures donnèrent occasion, et qui ne pronostiquaient rien de bon pour l'avenir," et cette première session du parlement provincial ^^ se termina honteuse-

ment, et laissa la province dans une situation déplorable, sans subsides, ni dispositions des établissement de obarité."— (M. PnwiAyLT).

Une dépêche du comte d'Aberdeen, reçae après la clôture^ fÙt expédiée, dans le cours d'avril, aux membres du conseil législatif et de la chambre d'assemblée, on y lisait :

'< En Tannée 1828, il fÏÏt nommé un comité de la chambre des communes pQur s'enquérir de'l'état du gouvernement civil du Canada, lequel, après un examen long et prolongé, incorpora dans son rapport différentes suggestions, propres, comme il le croyait, à améliorer l'administration des affaires de la province. La chambre d'assemblée déclara que ce rapport était un monument impérissable de la justice et de la sagesse profonde du comité, et qu'il indiquait le moyen certain de faire disparaître les maux dont s'^était plaint le peuple du Canada. Je me flatte de pouvoir faire voir incontestablement, que les recommandations du comité ont été entièrement mises à exécution. Pour le présent, je me bornerai à remarquer que, nonobstant l'enthousiasme avec lequel le rapport fût accueilli par Passemblée, un esprit de mécontentement, dont je ne rechercherai pas la cause, a continué à croître graduellement parmi les membres de ce corps, jusqu'à ce qu'il ait éclaté, l'année dernière, avec une véhémence absolument sans exemple. Cet esprit s'est manifesté, d'une manière remarquable, dans les 92 résolutions adoptées par la chambre d'assemblée. Ces résolutions furent référées à un comité de la chambre des communes, et occupèrent son attention durant un temps considérable, et il termina les travaux par un rapport, dans lequel il rend une entière justice au vif désir qu'avait montré le gouvernement de la métropole de mettre à exécution les recommandations du comité de 1828, et déclara que les efforts dugouyernepxent, à cet égard, avaient été continuels, et guidas,

266 HISTOIB.E

dans toas lés cas, par le désir d'avancer les intérêts de la colonie.

** La situation pénible où votre Seigneurie se trouve placée, depuis longtems, et les rapports personnels qu'on vous a fait conserver avec rassemblée, n'ajoutent pas peu aux embarras qui s'opposent à la solution satisfaisante de la question en débat. L'on doit dire cependant, en justice à votre Seigneurie, que mes prédécesseurs en office, dans le département auquel je préside maintenant, ont exprimé leur approbation générale de la conduite que vous avez tenue dans l'administration du Bas-Canada. J'ajoute avec satisfaction que, d'après un examen de la correspondance officielle de votre Seigneurie, je ne puis voir aucun motif de refuser mon assentiment à la justesse de ces opinions. Mais il doit être évident que les sentimens d'exaspération qui dominent à un si haut degré dans rassemblée, et le mésaccord entre cette chambre de la législature et le gouvernement ont rendu la position de votre Seigneurie si extrêmement difficile, qu'il ne reste pas même l'espoir que vous puissiez employer avec succès des paroles de conciliation et de paix. Le gouvernement de sa Majesté est donc d'opinion que l'urgence du cas demande quelque mode de procéder plus décisif et plus expéditif que ne comporte celui d'une correspondance ordinaire et régulière. Votre Seigneurie a plus d'une fois exprimé ses sentimens dans ce sens. Le roi a été, en conséquence» avisé de choisir un individu possédant l'entière confiance de sa Majesté qui ait l'avantage d'être étranger à la politique passée du Canada, et qui ait eu occasion ^ dans le cours de ses communications personnelles et récentes avec des membres du gouvernement, de connaître leurs vues et leurs intentions plus amplement

et avec moins de réserve que par le moyen de documens écrits. Cet individu, en sa qualité de commissaire royal, ira au Bas-Canada, muni d'instructions suffisantes pour examiner, et s'il est possible, terminer les divers points en discussion, dans Tespoir d'ajuster tous ces diflFérens qui agitent la province depuis si longtems. La mission du commissaire extraordinaire n'aura pas tant en vue de promulguer de nouveaux principes do gouvernement, que de mettre à exécution ce système de libéralité et de justice envers les babitans du Canada adopté depuis longtems par sa Majesté. Quoique le résultat de nos efforts jusqu'à présent puisse rendre moins vif notre espoir pour Pavenir, le roi n'en conserve pas moins le désir de satisfaire à toutes les réclamations et attentes raisonnables de ses sujets canadiens. Sa Majesté est prête à faire toits les sacrifices qui seront compatibles avec les principes fondamentaux de la constitution, et la continuation de la province comme possession de la couronne d'Angleterre." *

Nos journaux publièrent, dans le même mois d'avril les débats qui avaient eu lieu, dans le parlement britannique, au commencement du mois précédent.

Le 9 mars, M. J. A, Roebuck avait osé présenter à la chambre des communes la pétition de la convention de Montréal, et la soutenir par un discours violent et extravagant, dont le résumé était, " quesi l'on n'accordait pas à la majorité de la chambre d'assemblée ce qu'elle demandait, elle recourrait à des moyens violents ou en d'autres termes, qu'elle ferait révolter le peuple." Cette pétition, dit-il, est d'une grande importance, et je ne cacherai ni à la chambre ni au gouvernement le fait que les pétitionnaires pensent à adopter des mesures violentes pour obtenir justiccj sHl n'est pas promptement donné a^

tention à leur appel Le Canada n'est pas, comme

rirlande, entouré par la mer, et ne peut être cerné facilement par une force navale: au contraire, il a près de lui treize millions de républicains pleins âlen-

thousiasme Quant à moi, j^ôserai dire que si l'on

tente de persister à mettre en force un système vicieux, plus tôt le Canada secouera le joug, mieux ce sera,* M. Roebuck avait été divagant, extravagant, injurieux et follement menaçant: M. Spring Rice, qui lui répondit le premier, fdt au moins diffus, en défendant son administration et celle de son prédécesseur : peutêtre eût-il dû se borner à ce qui suit :

" Convient-il à un membre du parlement d'avancer que les canadiens seraient justifiables de se révolter, si quelques-unes de leurs demandes étaient rejetées? Est-il décent d'en appeler à la crainte dos communes, quand on sait qu'un appel à leur sympathie ne serait pas infructueux ? J'admets que les canadiens ont des griefs dont ils peuvent demander le redressement ; mais ce redressement ne doit pas être demandé dans un langage de blâme, de censure et de menace, comme celui qui a été employé par le membre pour Bath.

Lord Stanley: "Après les explications de M. Spring Rice, il m'est inutile de défendre mon administration. Quant aux attaques personnelles, je les

* Le paragraphe anecdotique suivant nous a paru mériter d'être transcrit : " On sait que cette pièce a été confiée au Dr. Nelson ;...

qui voulut bien se charger de cette mission délicate et devait en

conférer avec M. Roebuck. M. Roebuck était particulièrement lié avec l'honorable D. B. Viger, et ce vétéran de la patrie, pendant sa résidence en Angleterre, T'avait particulièrement initié dans notre politique. Il lui avait dépeint avec chaleur et cette logique qu'on lui connaît, le mal qui croissait chacune jour dans notre pays, et le bien

les convictions dont la sienne était le foyer, et c'est à ces précédons qu'on doit la manière ferme, précise et persuasive, avec laquelle la pétition fut présentée. — La Minerve^ 16 avril 1835.

Dtî CANADA. 269

Jnëprîse, et quant aux faits, les voici: Deux messieurs furent envoyés par la chambre d'assemblée avec 92 griefs, ou actes d'accusation. Ces messieurs furent examinés et entendus patiemment sur chacune de leurs 92 accusations, et il est à remarquer qu'ils ne purent pas réussir à en prouver une seule. Le résultat de Penquête, fût la conviction que les plaintes n'étaient pas fondées."

M. Sobinson : " J'espère qu'à l'avenir, les canadiens choisiront un. avocat plus modéré et moins emporté que M. Eoebuck. Jamais discours aussi inconvenant, aussi extravagant et aussi repréhensible n'a été prononcé dans l'enceinte du parlement. C'est un appel aux passions et aux-<îraintes de la chambre, au lieu d'un recours à sa raison et à son jugement. La chambre ne devrait pas permettre l'usage d'un langage aussi injurieux et aussi inflammatoire."

Sir Eobert Peel : "Nous n'avons pas intention de mépriser les pétitions des habitons du Canada] mais, nous voulons en appeler à leurs sentimons de raison,

et de justice Je dois dire clairement aussi que nous

ne prétendons introduire aucun principe nouveau de

gouvernement dans les colonies Si nous trouvons

que leurs plaintes ne sont pas fondées en justice, nous nous efforcerons de mettre un terme à l'agitation actuelle. Si nous les trouvons ibndées en justice, nous nous appliquerons, sam égard aux épithetes injurieuses dont m nous a accablés d'avance, à faire disparaître entièrement et pour toujours, tout sujet de, plainte.

'* Le membre pour Bath a jugé à propos de nous menacer qui si tout ce que les canadiens demandent no leur est pas accordé, ils sont déterminés à se révolter. Il a aussi entrepris de nous prouver que treize millions d'habitans des Etats-Unis, les Etats-Unis entiers^ si

une révolte survient on Canada^ sont prêts à se joindre aux canadiens révoltés. Je ne ferai pas aux Etats- Unis Pinjustice de croire qu'ils ont autorisé M. Eoebuck à faire une semblable déclaration dans Tenceinte de cette chambre. Quant à la déclaration des sentimens des canadiens, j'ai aussi un mot à dire : Je me flatte que ce monsieur n'est nullement autorisé à dire que si les canadiens n'obtiennent pas tout ce qu'ils désirent, ils se révolteront : Quelque dure que soit l'alternative, j'aime mieux croire que, pour le moment, la sagesse et la prudence, pour lesquelles l'honorable membre est si renommé, l'ont abandonné, que de supposer qu'il nous a donné une idée juste de ceux qu'il s'est plu à

nommer ses constituans S'il était vrai que les

canadiens, ou une partie des canadiens, eussent chargé rhonorable membre d'agir ici comme Tet^r ministre de la guerre, moi, comme ministre du gouvernement britannique, j'irai à leur rencontre, non avec une déclaration semblable d'hostilité, maison leur tendant une ^main amie et pacifique, je leur dirai : quoique nous tirions de vos menaces une nouvelle source de force,... malgré que, par vos accusations injustes, qui, à la fin, retomberont sur vous, vous nous donniez une nouvelle preuve de votre injustice et de votre immodération, nous sommes déterminés à ne point nous écarter de la route que nous nous sommes tracée ; nous sommes déterminés à faire disparaître tout sujet de plainte."

Quelques autres membres parlèrent dans l'un x>u dans l'autre sens : l'agent de la chambre d'assemblée répliqua, en prenant un ton un peu plus modéré, mais toujours dans un langage rempli de menaces indirectes, ou de tentatives d'intimidation.*

* Il dit " qa'U espérait ^ue set avis ne seraient pas inutiles pour prévenir les malheurs qui menaçaient P Angleterre ; que les rensei-

DtT CANADA. 271

Lord Broughara, le seul membre radical qu'il y eût dans la chambre haute, en Tabsence de lord Durham ? eût le rare courage de présenter la même pétition à ses nobles collègues, api*ès en avoir " supprimé à dessein un passage, où Ton faisait usage d'un langage très ferme,'' et fit un discours dans le genre de MM. Roebuck, Hume et O'Connell, c'est-à-dire, censurant à tort et à travers, en un langage " très ferme," le gouvernement de la métropole et celui de la colonie.

Le discours de lord Brougham surprit particulièrement le comte Ripon, (ci-devant lord Goderich), et le comte d'Aberdeen. " Cette pétition, dit le premier, incorpore, à ce que je présume, l'assortiment des 92 résolutions, apporté ici, dans le cours de Tannée dernière. Rien de plus violent, de plus injuste, de plus contraire à la vérité n'a jamais été affirmé par aucun corps délibératif que ce soit Toute la difficulté à arranger leB différens qui étaient survenus, est provenue de la conduite injuste du corps dont le noble et savant lord vient de présenter la pétition, et auquel il semble

donner son approbation Je ne puis entrer dans les

détails de cette pétition, mais je puis affirmer sans crainte qu'il n'y a rien de plus injuste que les accusations qu'elle contient."

Le comte d'Aberdeen dit que ,1e noble lord

(Brougham) a pris la voie la plus extraordinaire; que la pétition qu'il a présentée ne fait pas la moindre allusion à la plupart des sujets sur lesquels il a appelé l'attention de leurs Seigneuries; que c'est lui (lord Brougham) et ses collègues, que les pétitionnaires

gaernens qu'il possédait venaient d'une source plw sûre que celle où le gouvernement a7ait puisé *, qu'il connaissait maints faits ^nl avaient toujours été ignorés au bureau colonial ; qu'il désirait sincèrement que les évènemens ne iustiâassent pas ses prédictions mais qu'il ne pouvait se dissimuler qu'elles touchaient presque a leur accomplissement/'

27â ËisTomfi

accusent, tout ce dont ils se plaignent ayant eu lieu pendant qu'il siégeait sur le sac de laine.

Dans le même temps que les pétitions ou adresses menaçantes de notre chambre d'assemblée occasionnaient des discussions qui ne se terminaient pas en faveur des pétitionnaires, elles nous attiraient, avec l'aide de celles de nos gazettes qui parlaient dans le même sens, des reproches amers, et quelquefois des injures, de la part de presque tous les journalistes de Londres, torys, whigs, et même radicaux, témoin le Moming Advertiser,^ On avait pourtant pris ici les moyens de n'être plus dans le cas de dire pathétiquement avec " M. Papineau, que l'on n'y pouvait pas,' même à prix d'argent, trouver à faire publier quoique ce soit en faveur du Canada," et l'on aura bientôt l'occasion de voir des articles du True Sun, du Spectator, écrits, non pas précisément en faveur du Canada, mais bien du radicalisme, ou du révolutionisme en Canada.

Pour revenir au ministre des colonies, le comte d'Aberdeen avait dit à lord Aylmer, dans sa dépêche du 13 février : " Je ne manquerai pas d'inforrper, à temps votre Seigneurie, de l'époque probable où arrivera le commissaire de sa Majesté, afin que vous puissiez convoquer l'assemblée avec le moins d'inconvénient possible pour ses membres."

Ceci signifiait que lord Aylmer demeurerait gouverneur, en présence du haut commissaire. Les ministres ne tardèrent pas à voir des inconvéniens graves dans

* " Depuis quelque temps, nos journaux de toutes les couleurs contienent les articles les plus fulminants contre votre pays, contre les prétentions si justes de vos concitoyens et surtout contre les hommes influents de votre province, qui ont si vigoureusement soutenu les droits du peuple. Cette unanimité que vous trouverez dans les reproches de tous nos journaux, et qui vous paraîtra assez singulière, n'en soyez ni aflaigés ni découragés."— Correspondance du Vindicator traduite par La Minerve,

eet amngmBcnt, et le ecNnte d^Ai^rdeen écnTit à loid Avliiicr, sons la date da 3 avril ;

** J'ai rhooiieiir de transmettre à Totrd Seigneurie^ co|He d^mie dépêche que Jai an/îNird^liai adressa ao lord Ajehskst, annonçant la nomination de $a Seigneurie, comme goavemeor^néral du Haut-Canaia et du Bad-Canada, et comme haat commi:$siin» de $a Maîe^té. Mon objet, en transmettant à votre Seigneurie, la copie incluese, sera suflisamment compris par votre Seigneorie, lorsqu Elle aura In ce document FI expliquera les moti^ qui ont fkit adopter une mesure qui, à première vue, pourrait donner une idée peu favorable de la conduite de votre Seigneurie ^^an^^ Tailministration des afiaires de la province^ et il pourra vous donner les moyens d obvier à une telle mauvaii^^ interprétation.**

Il était dît, dans la communication adre^^^) à lord Amherst :

"Il est distinctement entendu que sa Majesté nVxi* géra pas la continuation de vos services, après que les objets spéciaux de votre mission auront été remplis. La commission de gouverneur a été ajoutée à celle de haut commissaire, principalement, ou exclusivement, pour éviter toute question ou difficulté qui, îlutrement» aurait pu s'élever, quanta l'étendue et à la légalité de votre autorité dans la province, et c'est seulement pour cette fin que sa Majesté a été conseillée de révoquer la commission tenue par lord Aylmor. Il est dû au lord Aylmer que ce fait soit explicitomont éUibli et généralement connu. Les censures auxquelles sa Seigneurie a été exposée par sa conduite publique, pourraient, autrement, être données ou représentées très erronément, comme ayant occasionné ou influencé

cette décision. Il ne saurait être trop clairement

274 âis^oïËÉ

compris que le roi n'a adopté aucune opinion touchant la conduite de lord Aylmer, comme administrateur du gouvernement du Bas-Canada, qui puisse déroger aux droits de sa Seigneurie à la confiance et à l'approbation de sa Majesté."

Dans l.e cours du même mois d'avril, il y eût encore changement de ministère en Angleterre, et M. Charles Grant remplaça le comte d'Aberdeen au département des colonies. Après une première dépêche, datée du 22 avril, et annonçant la détermination de suivre le plan d'envoyer un commissaire royal dans le Bas- Canada, M. Grant, devenu lord Glenleg, écrivit à lord Aylmer, sous la date du 6 mai.

" En me référant aux dépêches adressées à votre Seigneurie par le comte d'Aberdeen, sur la nomination du comte Amherst comme gouverneur du Bas-Canada et haut commissaire dans cette province, je dois conclure que mon prédécesseur en office n'a pas prévu la continuation de votre Seigneurie en Canada, après l'arrivée de lord Amhërst dans ce pays ; mais, d'un autre côté, j'observe que lord Aberdeen a évité avec soin l'usage d'expressions qui puissent être entendues comme vous ôtant l'espoir d'être réinstallé dans le gouvernement, lorsque les devoirs du haut commissaire auraient été remplis. Depuis que j'ai eu l'honneur d'adresser à votre Seigneurie ma dépêche du 22 du mois dernier, j'ai usé de toutes les ressources en mon pouvoir pour me mettre au fait de l'état de l'esprit public dans le Bas-Canada, et de la position dans laquelle des circonstances d'une difficulté particulière ont placé votre Seigneurie, relativement à la chambre d'assemblée. Le résultat m'a convaincu qu'il me vaut mieux consulter l'intérêt public, en informant votre Seigneurie que votre administration des affaires du

btî ÔANAbA. 275

£a8-Canada doit être considérée comme terminée. Il n'est pas nécessaire d'assurer votre Seigneurie de la répugnance avec laquelle je lui fais cette communica* tion, le regret en tout temps inséparable de Tacomplissèment d'un tel devoir, est augmenté, dans le cas présent, par la crainte que j'ai qu'il n'en soit déduit de fausses conclusions. Je désire donc exprimer dans les termes les plus explicites, qu'il n'existe aucune intention de censurer, par cette décision, une partie quelconque de votre conduite publique, ou d'admettre comme fondées les accusations auxquelles vous avez été exposé."

Le rappel de lord Aylmer, regardé par le plus grand nombre, comme un acte de convenance, et même de nécessité, puisque les ministres voulaient tenter encore une fois la voie de la conciliation, fût vu avec joie par un des partis extrêmes, et avec regret par l'autre. L'association constitutionnelle de Québec témoigna, par une série de résolutions énergiques, le déplaisir que lui causait ce ^^ sacrifice ofPert à la clameur d'un parti qu'elle qualifiait en un langage ' très ferme,' comme s'exprimait lord Brougham."*

A Padresse basée sur ces résolutions, lord Aylmer répondit, entre autres choses :

" Gomme fidèle serviteur et dévoué sujet du roi, et comme sincère et constant ami du peuple du Bas- Canada, de toute origine, je souhaite cordialement que les mesures que sa Majesté a été conseillée d'adopter, pour régler les affaires compliquées de cette province, puissent établir l'autorité du gouvernement de sa

* JiéêolUj sur motion de Thos. 0. Aylwin, écujer, secondé par John McLbod écajer : Que cette association envisage avec alarme et regret le sacrifice de la prérogative royale ofi^rt ainsi pour la première fois à la clameur d'un parti qui met ouyertementen question la juste subordination de la colonie à la métropole, et inculque oq« Tertement la résistance à ion autorité."

2% msToiÉS!

Majesté suf une base solide et durable ; car ce n^est que par ce moyen que les intérêts publics seront consultés. Lorsque je pris les rênes du gouvernement du Bas-Canada, je n'ignorais pas les difficultés qui y existaient, mais je ne désespérais pas de les pouvoir surmonter, en usant de la politique la plus strictement impartiale.... Il ne me reste plu^ qu'à espérer, qu'à mon retour, au siège du gouvernement impérial, ayant cessé d'être officiellement lié au Bas-Canada, j'aurai le bonheur de faire plus pour son avantage qu'il n'a été en mon pouvoir de faire pendant mon administration Les témoignages d'estime et la bonne opinion de l'association constitutionnelle de Québec, ne pourraient que m'être agréable en tout temps et sous toutes circonstances ; combien plus dois-je les apprécier, lorsque je considère les efforts qui ont été faits avec tant de persévérance pour noircir et diffamer mon caractère, du moment où je suis arrivé en Canada à venir au moment actuel, et que, pendant cet espace de temps, toutes mes actions ont été en butte à de virulentes invectives et à de basses calomnies."

Ce dernier paragraphe était de la vérité la plus notoire et personne ne pourra douter de la sincérité du premier. Comme le comte de Dalhousie, lord Aylmer arriva à Québec mû par les meilleures intentions et avec ridée fixe d'agir équitablement et impartialement envers toutes les classes de la population, et d'avancer, autant qu'il était en lui les intérêts de la province. Malheureusement, il ne connut pas assez tôt à quels hommes (politiques), il avait affaire, et il leur parla parfois un langage qu'ils ne voulurent pas comprendre, ou qu'ils prirent pour celui de la pusillanimité. La suspension du procureur-général, accordée timidement à leur demande, jointe au libre cours laissé à la

licence effrénée de la presse, put les confirmer dans cette idée, cette faute, ou cette erreur, de ne pas s'opposer, dans le principe, à un mal qui menaçait d'aller toujours croissant, fût due, sans doute, à la croyance erronée qu'il se guérirait de lui-même, ou serait détruit par ses propres excès, comme il arrive dans les pays oii les popu^tions peuvent voir les deux côtés des qu«(3tions, ou le pour et le contre ; car il n'est pas permis de supposer que lord Aylmer ignorât qu'il est du devoir d'un gouvernement quelconque d'empêcher, autant que la chose dépend de lui, la démoralisation du peuple et la désorganisation de la société.

" Les journaux, dît un de nos écrivains, sont Parme offensive de la démocratie, muni d'un pareil glaive, le peuple s'empare bien vite du pouvoir, si V administration ne se hâte de réprimer les excès de ceux qui le manient. L'on voit, dans ce pays, les journaux de la majorité de la chambre d'assemblée attaquer avec violence, tandis que les défenseurs de l'administration soutiennent le combat avec le désavantage que, dans cette guerre comme dans toute autre, une défense passive a contre une aggression opiniâtre et continuellement répétée La Gazette de Québec, dont on

a vanté les succès et apprécié le mérite, la gazette de Neilson a pâli devant le Canadien ; tant, aux yeux du vulgaire, une défense calme et raison née paraît faible et décolorée auprès d'une attaque audacieuse qui ne respecte rien." Lord Aylmer eût au moins une fois l'occasion de s'opposer efficacement à un mal si progressif et si contagieux : ce fût au commencement de 1832 ; plus tard, la répression légale parut être devenue impossible.

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