‹ Histoire de Canada, sous la domination françaiseChapitre 14 sur 20 · VIGOUREUSE JEUNESSE, BIEN ORGANISÉE ET DÉTERMINÉE · texte numérisé non relu

VIGOUREUSE JEUNESSE, BIEN ORGANISÉE ET DÉTERMINÉE

(Test en grand qu'il faut faire la contrebande. Plus de ménagement, ni de temporisation. A de grands maux de grands remèdes. Il faut tarir la source du revenu. Les coffres se videront, les voleurs n'y trouveront plus rien. Alors, l'Angleterre entendra raison. Jamais lutte n'aura été plus juste, Nou savons retenu les subsides ; on nous ôte ce moyen, on nous met dans la nécessité d'en chercher déplus efficaces'*

Dans le numéro du 18 mai, parut une longue diatribe d'un Publicoldj qui est à l'illustre romain de ce nom ce qu'est un démagogue forcené et poissard à un -^véritable pati-iote, et, dans celui du 22, un détail des procédés et discours des "industriels" de Londres,

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fort ressemblants anx dits et gestes de la populace de Paris, au temps de Bobespierre.

Les assemblées agitatrices, et pire qu'agitatrices, dont le Viîidicator avait menacé le Canada et l'Angleterre, ne tardèrent pas à avoir lien, à se succéder rapidement, dans le district de Montréal. Ce volume grossirait outre mesure, s'il nous fallait rendre un compte détaillé de ces assemblées de comtés, de villes, de paroisses, et même de côtes, ou concessions ; car il n'est presque pas une localité, si peu remarquable ou connue qu'elle fût, dont on n'ait tenté d'agiter, d'abord, d'exaspérer ensuite, enfin, de fanatiser les habitans. Nous ne pouvons pourtant pas nous dispenser de rapporter les résolutions les plus saillantes de ces assemblées, ne serait-ce que pour faire voir jusqu'à quel point d'apparente démence, la licence effrénée des discours et des écrits peut porter des hommes, d'ailleurs estimables et d'un rang respectable dans la société ; car, hors de la politique, tels étaient la presque totalité de ceux qui proposèrent, ou secondèrent^ ostensiblement, ces résolutions, et qu'il nous semble maintenant plus qu'inutile de désigner par leurs noms leurs titres, ou leurs occupations.

La première de ces assemblées, dites anti-coercitives eût lieu à Sain1>0urs, comté de Eichelieu, le ï mai. On y aflScha ce qu'il nous répugne de définir d'avance, mais ce qu'on va voir, en résolvant :

" Que l'adoption des résolutions, etc., sera une vialotion flagrante de la capitulation, des traités ; etc.

" Que nous ne pouvons regarder autrement le gouvernement qui a recours à l'injustice, à la force et à une violation du contrat social, que comme un gouvernement oppresseur, un gouvernement de force, pour lequel la mesure de notre soumission ne devrait être

désormais que la mesure de notre force nurtiérique, jointe aux sympathies que nous trouverons ailleurs.

" Que le pays a été abusé par les promesses mensongères qui Vont porté à combattre un peuple qui lui offrait la liberté et des droits égaux : une triste expérience nous oblige de reconnaître que, de Tautre côté de la ligne 45e étaient nos amis et nos alliés naturels.

" Que nous regardons comme nuls et non-avenus, l'acte des tenures, Pacte du commerce du Canada, Tacte qui incorpore la compagnie des terres, Pacte qui, sans doute, sera basé sur les résolutions, etc.

" Que, considérant Pacte du commerce du Canada comme non-avenu^ nous regarderons comme très licite le commerce désigné sous le noui de contrebande, jugerons ce trafic très honorablCy tâcherons de le favoriser de tout notre pouvoir, regarderons ceux qui s'y livreront comme méritant bien du pays, et comme infâme quiconque se porterait dénonciateur contre eux.

" Que pour opérer plus efficacement la régénération du pays, il convient, à l'exemple de PIrlande, de se raUier tous autour dun homme ; que cet homme. Dieu Va marqué, comme O'Connell, pour être le chef politique, le régénérateur du peuple que cet homme, déjà

désigné par le pays, est L. J. Papineau. Cette assemblée* considérant les heureux résultats obtenus en Irlande du tribut appelé tribut O'Connell, est d'avis qu'un semblable tribut, sous le nom de tribut Papineau, devrait exister dans ce pays.

" Que dans une élection générale, les électeurs témoigneraient leur reconnaissance à leurs fidèles mandataires, en les réélisant, et en repoussant ceux qui ont forfait à leurs promesses, et à leurs devoirs, et ont trahi leur pays,**

41 d HlSTOtafi

Comme il y avait là évidemment rébellion ouverte et excitation délibérée à la violation des lois, etc., on se serait attenda que, pour obéir à Tordre Je son supérietir, de veiller au maintien de la tranquillité publique, et sans doute aussi au salut du peuple, lord Grosford se serait empressé de faire rechercher au moins Vauteur, ou le rédacteur forcené de ces résolutions, proposées ou secondées obligeamment, ou ignoramment, par des hommes qui, probablement, ne les avaient pas lues, ou qui n'en avalent pas compris la portée. Il demeura " inerte" et muet, et la démoralisation continua.

Si les résolutionnaires de Saint-Marc, comté de Verchères,! ne purent pas être plus extravagants, le 15 mai, que n'avaient été ceux de Saint-Ours, ils se montrèrent plus confiants en leurs forces, plus déterminés et plus prodigues des biens et du sang du peuple, car ils arrêtèrent :

" Que les résolutions, etc., sont une tache indélébile,

que le peuple du Bas-Canada ne doit ni ne veut s'y

soumettre, mais que fort de son droit, il s'y opposera

par tous les moyens possibles; que ce peuple

veut maintenir et transmettre ses droits intacts à sa

postérité, fût-ce au prix de ses biens et de son sang

Plutôt une LUTTE A MORT qu'uuc soumission lâclie à Voppressiond un-pouvoir corrompu,^* etc., etc.

Gomme on le peut voir, Fauteur des résolutions lues à Saint-Marc, le 15 mai, n'hésite pas à déclarer la guerre à l'Angleterre, et ne craint pas de le faire en ** un langage très ferme."

Le même jour, 15 mai, à Saint-Laurent, comté de Montréal, on résolut :

" Qu'il est urgent de recourir, en premier lieu, à quelque moyen de paralyser l'attaque dirigée contre

W OAKADA. 419

nos droits et nos libertés, en tarissant la sou&oe du BEYENU, que les mesures du ministère ont pour but de nous dérober;'' et peu content de vouloir désespérément Tappauvrissemont du pays, on paraît ne pas répugner à se couvrir de ridicule, en proposant, ou secondant, une eérie d'extravagances, formulées d'avance, telles que :

Conseil de ne faire usage que d'articles (taxables) fabriqués dans le pays, ou " importés en contrebande des Etats-Unis;"

Hecommandation au peuple d'accepter la '' Requête

au congrès dos libres et heureux Etats-Unis d'Amérique ;

La reconnaissance la plus vivo due par les habi-

tans de toutes les colonies anglaises à Véloquente et ver-

tueuse minorité de la chambre des communes :

" Remef cimons" offerts à "l'association des industriels de Londres ;"

Applaudissemens " aux efforts des frères colons et réformistes;'*

Recommandations aux " frères réformistes d'élire des délégués pour une convention générale^ Et, comme pour combler la mesure du mal, on résolut, on déclara aussîi " que dans le cas où les mesures inconstitutionnelles proposées par le ministère seraient adoptées, on espérait que la représentation du pays no s'avilirait jamais au point de sanctionner ces usurpations, en votant les subsides."

Le comté du Lac des Deux-Montagnes, qui avait coutume de prendre les devans dans ces sortes d'affaires, s'était laissé devancer, cette fois, car son assemblée " antî-coercitive" n'eût lieu que le 1er juin. Les propositions qu'on y adopta no furent pas pires, par le fonds et par le style, que celles qu'on vient de lire, mais le début fût extraordinaire au point de laisser

dans rembarras sur le choix des expressions propres à le décrire, et conséqnemment de noas disposer d'en entreprendre la description.* A*nne assemblée tenne le même jour, à Saint-Hyacinthe, on ne parla pas de contrebande, mais on recommanda la formation d'nne '^ association permanente,'' dont les membres devaient être sensés avoir acquis un titre incontestable à la confiance et à l'intimité dos vrais amis du pays," et la création du fonàspatriotique qui, en reconnaissance des services de l'habile et constant défenseur de la cause canadienne devrait être appelé le tribut PapineauJ'

Le même jour, au comté de Chambly, on résolut, ** Que c'est avec le plus grand mépris que l'on a vu les résolutions présentées à la chambre des communes, d'Angleterre, par lesquelles on se propose 4© i^^y^r et récompenser les auteurs de notre mauvaise administration

coloniale f

Le 11, au comté de Terrebonne, on résolut : 3o. *' Qu'après une expérience de plus de quarante années de souffrances sans nombre le pays n'a vu et

* Entre autres journalistes le rédacteur du Populaire en témoigne ainsi son dégoût et son indignation: <* C'est avec le sentiment du dégoût le plus prononcé que nous avons lu dans La Minerve le récit du soidisant triomphe remporté car M. Papineau, dans la saturnale qui eût lieu à Sainte-Scholastique, jeudi dernier. Nous avons reculé devant l'idée de consigner dans les annales du Canada des actes qui doivent flétrir jusque dans la postérité la plus reculée, les folies impardonnables qiron tente de faire passer pour du patriotisme .Honte 1 à jamais honte, sur la réforme, si elle ne s'annonce qu'avec des paroles de sang et des pensées de sacrilège social Si de semblables manifestations étaient tolérées, encouragées, secondées chez nous, elles auraient pour conclusion infaillible de traîner le patriotisme dans la boue, de déshonorer la plus sainte des causes, et de rendre les Canadiens la fable comme l'exécration des autres nations."

t II paraîtrait par ces expressions, qu'il était entendu par ces résol utionnaires. ou par le rédacteur de ces résolutions, que la chambre d'assemblée retenait les salaires des fonctionnaires publics, non pas comme elle l'avait donné à entendre, pour /oreer le gouvernement et le parlement d'Angleterre à faire ce qu'elle désirait, mais parce qu'elle ne voulait pas quHla fussent payés ^ destinant l'argent qui leur était dû à d'autres nus.

Dû cakàda. 421

îie Voit d*autre remède à ces maux qu'un,., ..conseil électif.

4o. " Que loin d'écouter la voix de la justice et de la saine politique, la majorité de la chambre des communes vient d'arracher au peuple du pays la dernière espérance qui lui restait, et le force à chercher ailleurs les sympathies qu'on lui refuse."

Des résolutions parfois si délirantes, et sentant si fort la rébellion, ou l'oubli de tout sentiment de devoir public, n'étaient pas proposées et Bdo-piéed unanimement avant qu'il n'eût été prononcé, par un ou plusieurs des patriotes les plus exaltés de l'endroit, ou venus exprès de la ville, une ou plusieurs harangues, aussi violentes, aussi inflammatoires, aussi contraires à la vérité, et souvent aussi triviales qu'il soit possible de l'imaginer. Nous nous contenterons de rapporter, comme échantillons, quelques passages de celles que M. Papineflu prononça à Saint-Laurent et à Sainte- Scholastique.

A Saint-Laurent, M. Papineau dit, entre autres choses, à ses auditeurs :

" Nous sommes en lutte avec les anciens ennemis du pays; le gouverneur, les deux conseils, les juges, la majorité des fonctionnaires publics, que vos représcntans ont dénoncés, depuis longtemps, comme formant une faction corrompue, hostile auxd roits du peuple et mue par V intérêt seul à soutenir un système de gouvernement vicieux .. .SjqHq faction a toujours la même volonté de nuire, mais elle n'a plus le même pouvoir de le faire : c'est toujours «ne bîte malfaisante^ qui aime à mordre et à déchirer, mais qui ne peut plus que rugir parccquo vous lui avez rogné et limé les dents.

Pour eux, les temps sont changés En 1810, un

mauvais gouverneur jetait les représentans en pri-

4â2 âisîotÉÊ

son : depuis ce temps, les représentans ont chassé tèS mauvais gouverneurs. Autrefois, pour gouverner, et mettre à l'abri des plaintes de rassemblée les has courtisans ses complices, le tyran Craig, était obligé de se montrer, pour faire peur^ comme bien plus méchant qu'il n'était. Il n'a pas réussi à faire peur: le peuple s'est moqué de lui et des proclamutions royales, des mandémens et des serxïwns déplacés, arrachés par surprise, et fulminés pour le frapper de terreur. Aujourd'hui, pour gouverner, et mettre ' les bas courtisans, ses complices,' à l'abri de la punition que lour a, justement infligée l'assemblée, le gouverneur est obligé de se montrer larmoyant pour faire pitié, et de se donner pour bien meilleur qu'il n'est en réalité. Il s'est fait humble et

caressant pour tromper Néanmoins, le mal n'est

pas consommé, et ses artifices sont usés Il ne peut

plus acheter des traîtres, il ne peut plus tromper des patriotes; et comme dans un pays honnête, le nombre des lâches qui sont en vente et à V encan ne peut pas être considérable, ils ne sont pas à craindre. La circonstance nouvelle dont nos perpétuels ennemis vont vouloir tirer avantage; c'est que le parlement britannique prend parti contre nous ; c'est que le ministre comptant pour rien les justes plaintes du peuple, n'a de sensibilité et de prédilection que pour des employés corrompus, qu'il veut voler votre argent, pour payer vos serviteurs que vos représentants ont refusé de payer parceque, d'après cette autorité compétente, ils ont été paresseux, infidèles, incapables, et qui, lorsque vous leur refusez un salaire qu'ils n'ont pas gagné, s'associent avec des voleurs étrangers, pour vous dérober,.,.., Ce parlement tout-puissant, les américains Vont glorieusement battu, il y a quelques années, c'est un spectacle consolateur pour les peuples, que de se porter à l'épo-

DTT ÔANAbÀ. 423

que de 1774, d'applaudir au succès complet qui fût opposé à la même tentative qui est commencée contre vous. L'étendue du mal que Ton nous veut faire, c'est Vinsultey c'est le mépris avec lequel un gouvernement persécuteur repousse chacune des réformes que voies avez demandées : c'est de vous préparer un avenir plus mauvais que ne l'a été un passé déjà insupportable, c'est enfin de vous voler, devotis arracher le fruit de vos sueurs et de vos travaux, pour soudoyer et rendre plus insolents vos serviteurs. Les anglais ont toujours cru qu'il était juste de tirer l'épée contre ceux qui violaient la loi en cherchant à briser les portes du dépôt public, dont ils avaient remis les clefs à leurs représentans. Dans cette juste et légitime défense, ils ont quelquefois chassé des gouvernans qui violaient des droits aussi chers : quelquefois, ih leur ont tranché la tête„..L*histoire nous dit que les anglais ont bienfait de Jiaïr leurs oppresseurs jusqu'à les emprisonner, à les chasser et à

LES TUER Un membre du parlement de la plus

grande fortune, des plus beaux talens, des meilleurs principes, du dévouement le plus honorable à la cause du peuple, à l'amour de là justice et à la liberté du Canada, s'est écrié, en présence des ministres : ' Oui, si vous prétendez consommer votre omvre d^iniqtdté, c'est pour les canadiens wne obligation morale de vous résister; oui, si le même sang coulait' dans leurs veines que celui qui a produit les Washington, les Franklin, les Jefferson, ils vous chasseraient de leur pays, comme vous avez été justement chassés de vos anciennes colonies.* Il y a eu, à Londres, des assemblées dans lesquelles le peuple a fait écho à ces énergiques invectives contre de coupables ministres, à cette bienveillante sympathie pour vos souffrances à ces encourageants avertissemens, qu'il est de notre devoir et de notre intérêt de re-

424 msi^ot&s

pousser la violence par la violence : Je dois le dire, ce n'est ni la peur, ni le scrupule, qui me portent à dire qne Vheure n'est pas sonnée où nous devons répondre à cet appel. Ce n'est pas la peur : si la nécessité y était, la force du pays, dans son éloignement de l'Angleterre et sa proximité des Etats-Unis, pourrait effectuer cet

objet. Ce n'est pas le scrupule Ce serait pour

. ainsi dire, s'associer aux réputations les plus grandes et les plus pures, que de marcher avec succès, dans la voie qu'ont tracée les patriotes de 74. La situation des deux pays est différente, et nos amis d'Angleterre ne la comprennent pas, quand ils nous croient dignes del)lâme, ou une race inférieure, si nous ne résistons

pas tout de suite Faut-il abattre, ou n'est-il pas

mieux d'user un mauvais gouvernement? Vous

avez vu avec quelle facilité vos représentans ont biffé

les insolentes menaces de Stanley Si vous admettez

que cette intervention puisse être tolérée pour le vol de -la plus petite partie de votre propriété, vous admettez que vous la souffrirez pour le vol do quelque portion que voudra vous ravir un parlement qui avait juré sa foi et son honneur de ne le plus faire, et puisse qu'il est disposé à devenir parjure, quand le ministre l'exige, quel espoir nous reste-t-il qu'il s'arrêtera. Il vous a donné l'acte déclaratoire de 1778, par lequel il s'est engagé à ne pas approprier votre revenu. Par respect pour ce principe, il vous a donné, il y asix/ins, l'acte de Quil, IV. Mais lord Russell et lord Qosfoixi veulent qu'il s'abaisse à ce contredire, en le révoquant, de fait, dans les vœux de lord Russell, expressément par une loi, dans les vœux plus outrés et plus tyranniques de lord Gosford. Quels conseils nous ont donnés ceux de nos amis qui ont si honorablement pris notre défense en parlement? lisent dit aux ministres : 'Les Cana-

Btr OANABA. 425

diens sauront vous puniry se combiner pour appauvrir votre commerce et votre revenu.' C'est la marche qu*ont prise les américains, dix ans avant de combattre. Ils ont bien commencé et bien fini, dans dos circonstances semblables à celles où noas sommes placés.

Nous n'en sommes qu'à bien commencer Le temps

est venu où leurs bons exemples de non-consommation

sont bons à imiter Nous sommes pris à l'impro-

viste, nous ne sommes pas aussi prêt à attaquer le revenu, que les intéressés ont été prêts à le ravir. Dans ces premiers momens, il est beaucoup d'articles nécessaires qu'on ne pourrait se procurer en contrebande ; mais dans quelques semaines, les contrebandiers

viendront à nous Il est d'autres autorités à qui

nous pouvons, avec le plus juste espoir de succès, faire

de juste demandes; c'est le congrès des Etats-Unis

Une réunion nombreuse élue dans des assemblées do comté, devrait, dans un temps peu éloigné, siéger en convention, pour signaler toute l'étendue du mal que serait de nature à produire la nouvelle intervention parlementaire, et indiquer avec poids et autorité le choix de mesures additionnelles les plus propres à en faire manquer le but."

Si nous passons du comté de Montréal à celui des Deux-Montagnes, nous y entendons M. Papineau disant, entre autres choses, d'après le rapporteur :

" Le parlement britannique, vous ayant dépouillés de vos terres, pour les donner à des escrocs et à des brocanteurs, menace maintenant de vous dépouiller de votre argent, et pour qui ? Pour une misérable faction, pour une meute criardre d'officiels corrompus, comme votre agent, M. Boebuck, les a si justement désignés ; et comme le receleur est aussi coupable que le voleur, vous devez haïr autant Vun que Vautre....^o\x& avions

426 HISTOIBIS

des espérances dans la chambre des commanes, mais cette chambre nous a trompés; une malheureuse commission royale a trompé les lords, les ministres et les communes, dans lesquelles nous avions mis une confiance déplacée. Puisque vous avez été partout trompés ; puisqu'on vous offre la coercitiorty quand vous demandez des réformes, votre unique appui n'est plus qu'en vous-mêmes, et dans votre chambre d'assemblée ; tant que vous déclarerez hautement que vous ne vous soumettrez pas à Toppression, quoiqu'elle soit sanctionnée par la chambre des communes, vous pourrez défier un mauvais et malhonnête gouverneur et sa horde de partisans coalisés et corrompus, ainsi que ses cahaleurs, ses amis. Justice nous sera rendue, ou nous nous la ferons : ils vont distribuer votre argent parmi les officiers, vos serviteurs, contre la volonté de vos ceprésentans. Ils vont vous voler votre argewt : voti'e devoir est donc simple ; ne leur donnez aucun argent à voler. Examinons ce que firent les américains, dans des

circonstances semblables même les femmes, belles

et patriotiques comme nos canadiennes, résolurent d'aider leurs maris, leurs pères et leurs frères à résister à Vhorrible oppression que leurs tyrans leur préparaient. J'espère fermement, et au nom des souffrances de votre pays, et du mien, j'en appelle aux femmes du Canada ; je les conjure de m'aider, de nous aider A DETRUIRE CB REVENU, dont nos oppresscurs forçcnt des chaînes pour nous et nos enfants,'*

Laissant l'orateur ''dans les ti'anses" que lui a causé la foreur à laquelle il s*est livré, à la vue des horribles souffrances auxquelles il va être en proie, en conséquence de la " tyran nique " intervention des ministres et du parlement, qui n'ont pas eu honte de trouver que c'était assez pour les fonctionnaires pu-

blics, d* avoir souffert pendant cinq ans, non en imagination, mais en réalité, nous remettrons à parler plus tard, des effets que produisirent, dans ces derniers quartiers, " d'aussi abominables représentations.'*

Tous les journaux de la province, à Texoeption du Vmdicator et de La Minerve, improuvaient fortement ces assemblées agitatrices et excitatrices, et les combattaient par le raisonnement ou par le ridicuFe, le Vindicator et La Minerve répondaient, tant bien que mal, quelquefois en essayant de raisonner, le plus souvent par '* dos quolibets et des injures ;*' mais c'était au Canadien que les agitateurs en voulaient le plus ; aussi résolurent-ils, à (Québec, où il y eût aussi des assemblées agitatrices,

"Sur motion de Chs. Drolet, écr., M. P. P., secondé par M. F. D, Frenière :

" Que, depuis longtems, les vrais canadiens ont vu avec chagrin et indignation, que le journal qui avait été établi pour être l'organe de leurs sentimens politiques, a cessé de répondre à leurs espérances, et de remplir la belle et noble tâche de protecteur des droits de ses concitoyens, et s'est réuni aux ennemis les plus dangereux de notre pays, quHl est, en conséquence, du devoir de tout bon citoyen de retirer à ce journal leur protection et leur encouragement."

En voyant presque partout, dans le district de Montréal, le peuple excité au mécontentement, au mépris des lois du pays, et à la résistance aux autorités suprêmes de la métropole, que faisait ou qu'allait faire l'administration déplorablement "faible et inerte " de lord Gosford ? Le Herald représente le gouverneur se promenant dans son château, joignant les mains, levant les yeux au plafond de sa chambre, et se disant : " Hélas ! je ne puis empêcher cela." Son

428 filsToiBfi

Excellence se détermina, enfin, quoiqu'un peu tai-d, beaucoup trop tard même, à faire autre chose que se promener de long en large, et se lamenter. Les conseillers exécutifs furent mandés à Québec : il en résulta des conjectures d'autant plus diverses, que M. Debartzch, connu pour avoir été jusqu'à Tannée précédente, fauteur de Pabolition du conseil législatif, dont il était membre, et d'institutions purement démocratiques, y fdt aussi appelé. Le Herald dit, en conséquence, des absurdités peut-être dans le seul but de paraître original, on de témoigner son mépris pour lord Gosford : avec plus de décence dans le langage, La Minerve n'augura pas mieux, mais le Morning Chronicle^ entre autres, pronostiqua juste. " Que l'on suppose dit ce journal, que son Excellence ait observé le simple fait, que des juges de paix et des officiers de milice, qui peuvent avoir occasionnellement les mêmes fonctions à exercer, que des hommes tenant des commissions du gouvernement, et les tenant dans le but exprès de maintenir les lois du pays, se sont dernièrement trouvés présents à ces assemblées, y ont pris une part active, y ont proposé et secondé des résolutions recommandant au peuple d'enfreindre les lois, et de haïr, et s'il était possible, de renverser le gouvernement ; que l'on suppose cela et alors, on ne verra rien de bien mystérieux dans la convocation du conseil exécutif, pour prendre la chose en considération."

En effet, le 15 juin, (environ 40 jours après l'assemblée de Saint-Ours,) parut une proclamation dans laquelle on lisait :

" Vu que certains sujets de sa Majesté ont récemment tenu, dans différentes parties de cette province, des assemblées publiques, auxquelles ils ont adopté des résolutions ayant pour objet de résister à Tautorité

législative du roi et du parlement, et la destruction des lois, dont le but principal est d*assurer la tranquillité et le bonheur de tous les sujets de sa Majesté-; et vu que, dans ces assemblées, ceux qui en ont été les auteurs, hommes malintentionnés et pervers, se sont servi d'artifices et de fausses représentations, pour répandre parmi le peuple dos avancés et des opinions en contradiction avec les devoirs des loyaux sujets de sa Majesté, et avec les principes reconnus de la constitution, en contravention à Tautorité légitime de sa Majesté et de son parlement, et de nature à faire croire aux sujets de sa Majesté quUls sont absous de leur serment de fidélité, qu'ils no peuvent attendre de la mère-patrie ni justice ni protection, et qu'ils doivent chercher à se les procurer ailleurs, quand l'occasion favorable s'en présentera;

" Et vu que je suis déterminé et obligé do défendre de la manière la plus efficace, contre ces procédés et ces tentatives illégales les prérogatives et l'autorité indubitable de sa Majesté et de son parlement, afin de maintenir et d'assurer aux sujets canadiens de sa Majesté leurs institutions civiles et religieuses, et la continuation de la paix et d'un bon gouvernement, dans cette province ;

*•' Et vu que, dans les assemblées ci-dessus mentionnées l'on a sciemment fait des représentations entièrement dénuées de vérité, dans le dessein d'engager les sujets de sa Majesté à renoncer à leur allégeance, et de leur faire croire que le parlement a violé ou qu'il entend violer les droits et privilèges des sujets de sa Majesté, de cette proviDce et qu'il est sur le point d'adopter à leur égard, d<*,s mesures oppressives ;

" Et mu par le désir de détromper ceux qui n'étant pas sur leurs gardes, se sont laissés séduire par ces

représentations malicieuses et mensongères, il est de mon devoir de m'adresser très instamment aux habitans de cette province, dans la confiance qu'ils écouteront la voix de la raison, qu'ils respecteront unanimement la juste subordination que prescrivent les lois de leur pays, et qu'ils ne compromettront, par aucun acte d'une aveugle indiscrétion, ni leur bonheur présent, ni leur prospérité future, et qu'ils ne permettront pas que ces intérêts permanents soient compromis ;

" tPexhorte donc très solennellement, par les présentes, de ravis et consentement du conseil exécutif do sa Majesté, tous les sujets de sa Majesté de cette province à s'unir pour maintenir la paix et le bon ordre, à discontinuer la publication de tous écrits d'une tendance irritante ou séditieuse, je les exhorte à éviter toutes assemblées d'un caractère dangereux ou équivoque, et j'enjoins par ces présentes, et j'ordonne strictement à tous les magistrats, dans l'étendue de la province, à tous les officiers de milice, officiers do paix, et autres bons sujets de sa Majesté, de «'opposer aux projets insidieux dont il est parlé dans cette proclamation, de faire leurs efforts pour les frustrer, et de préserver, par leur loyale coopération, la vigueur et l'inviolabilité des lois dont dépendent leur religion et leur félicité future."

La proclamation d'un gouverneur qui avait eu besoin de l'avis et consentement de son conseil exécutif, pour exprimer sa confiance et son espoir et exhorter à ne pas faire ce qu'il était tenu d'empêcher, ne devait pas avoir un grand effet sur des gens imbus de l'idée fixe d'aller jusqu'au bout, " arrive que pourra," et puis, il avait laissé établir à Montréal un gouvernement qui prétendait pouvoir conduire ses affaires,

sans que celui de Qnébec eût le droit de s'en mêler^ ou dy mettre obstacle, c'était la " Convention," ou le "Comité central et permanent." Ce comité n*eùt rien de plus pressé que de prendre la proclamation en considération, ni de plus aisé que de résoudre:

^* Que toutes tentatives, de la part des autorités en cette province, soit par Temploi de la force, soit par celui d'injonctions officielles, de proclamations, ou autrement, pour prohiber de semblables assemblées, ou détourner de s'y rendre, sont inconstitutionnelles, et une infraction des droits et privilèges du peuple de cette province ;

" Qae si la proclamation est promulguée dans la

rue, pour détourner le peuple de s'assembler publiquement, et de se prononcer sur Taggression sérieuse dont leurs " droits et libertés " sont menacés par le parlement britannique, une telle démarche supposerait chez Vexécutif de cette province de plus amples pouvoirs que ne lui en accordent la constitution, les statuts ou le droit public, et qu'elle énonce des doctrines incompatibles avec les libertés, et dangereuses à la sécurité de la vie et à la propriété,* et absurde, dans toutes ses parties, d'allégués erronnés que ne devrait jamais permettre le chef de quelque gouvememsnt que ce soit ;

" Que c'est une accusation mal fondée et calomnieuse contre les assemblées publiques qui ont lieu, que de dire qu'elles ont pour objet la résistance à l'autorité légale;

" Que les principes et la doctrine, que les devoirs sont réciproques entre les gouvernans et les gouvernés, que les devoirs de ceux-ci cessent d'être obliga-

* n paraîtrait qae la tête avait absoloment toamée au comité central et permanent, ou au rédacteur de cette résolution.

432 HISTOIBE

toires, lorsque coux-là par le renversement do la constitution, violent le contrat primitif entre le roi et le peuple, sont au contraire, des principes bons et salutaires,.... > A' après lesquels ont agi dès 1689 les peuples

et le parlement britannique,. doctrines qvCunpair

du royaume et les conseillers de V exécutif provincial ne doivent pas ignorer ;

" Que les chambres du parlement du Eoyaume-Uni ont violé et se proposent de violer les justes droits et privilèges des sujets de sa Majesté en cette province, qui avaient été reconnus solennellement et garantis par les dispositions formelles et expresses de Vacte^ dédaratoire de la 18ème année de Geo. III, et par l'acte de la 31ème Geo. III, chap. 31."

Le comité central et permanent ayant ainsi fait la leçon au gouvernement du Bas-Canada et à celui de la Grande-Bretagne, et par affirmations et négations pures et simples, muni les agitateurs contre toute crainte et tout scrupule, les assemblées agitatrices, etc., continuèrent comme auparavant, et à la tâche d'imiter, et s'il était possible, de surpasser leurs devanciers, elles eurent à ajouter celle d'invectiver contre la proclamation.

On ne put pourtant pas se donner ce plaisir, au comté d'Yamaska, le 18 juin, parceque la rédaction des résolutions y avait précédé l'apparition de la proclamation. On y résolut :

" Que cette déclaration (de la teneur qu'il ne sera plus au pouvoir de la chambre d'apsembléo do rendre le gouvernement impossible,) est Vinjure la plus offensante que l'on puisse faire à un peuple libre, et que cette violation de notre constitution est attentatoire à la liberté du peuple, et tend à détruire son existence politique par le renversement prochain des his, culte langage, nusurs,^^ etc

" Que le rejet du MU des écoles, et le refus de la complétion du canal de Chambly, sont, entre autres, dos preuves d'une conspiration traîtreusement <mrdie d'avance pour que Targent n'échappât point à Yempiètement prémédité des ministres et du parlement anglais, qui, tout en reconnaissant Tinconduite de la plupart des officiers, se sont tellement apitoyés sur leur situation, qu'ils se sont donnés pour justifiables de les payer d'un argent quHls usurpent en violation de la foi solennellement JURÉE À LA FAOE DU MONDE par leS

statuts de la 18ème et de la 31ème Geo. III.

" Que le peuple anglais ne continuera à sympathiser avec nous comme l'ont déjà fait généreusement les artisans de Londres, qu'autant que nous serons véritablement animés d'une noble résistance à cette vio-

lation flagrante parce qu'il n'est aucun habitant

de la Grande-Bretagne, s'il est vertueux^ qui pût souffrir un instant cette injustice j sans ex^oBor jusqu'à la dernière goutte de son sang pour s'en venger, et conserver intoct le droit de se taxer soi-même ;

*^ Que la violation do la constitution des Canadas, et le peu de scrupule des -ministres de manquer à la foi jurée j portent un coup mortel à la loyauté du peuple de cette province envers un gouvernement coupable d'un attentat aussi grave à ses droits les plus sacrés f et que ce gouvernement ne doit plus être re* connu que comme un gouvernement de force et doppression, et qu'il est vis-à-vis de nous ce qu'il était vis-à-vis des anciennes colonies;

" Qu'en attendant le jour marqué par la Providence pour éclairer le triomphe de nos libertés, nous devons nous y préparer."

Ces résolutions, qui l'emportent peut-être, par la grossière impertinence et l'audacieux esprit de révol-

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te, sur celles de Saint-Ours et de Saint-Marc, étaient bien dignes du forcené imposé au comté d*Yamaska, mais elles contrastaient singulièrement avec l'état respectable, le comportement paisible et la socialibité de ceux qui furent donnés comme les ayant "proposées *' ou " secondées."

Le même jour au comté de Berthier, la harangue do M. Papinoau fût dirigée en partie contre la proclamation. On y fit résoudre en particulier :

" Que les représentans de cette province, quant aux matières de revenus, et à leur appropriation, en ont le contrôle exclusif aussi absolu que Pont les communes sur celui de la Grande-Bretagne, sans quoi, il ne nous resterait rien que nous pourrions appeler nôtre : les fruits de notre labeur et de notre industi-ie ne seraient pas notre propriétéy mais nous n*en aurions qu'une jouissance précaire et avilissante, révocable à la volonté du parlement britannique

*'Que nous ralliant inséparablement à la majorité do nos concitoyens, qui, dans les comtés de Richelieu, Yerchères, etc., ont manifesté de nobles sentiraens, nous approuvons leur démarche, et prions nos concitoyens des autres comtés de n'en pas faire moins,^^

Les derniers venus dans l'agitation se chargeaient ordinairement, de peur de n'en pas dire ou faire assez de toutes les extravagances et délinquences de leurs devanciers ; ici, pour la première fois, croyons-nous, on demande des imitateurs. Mais si les agitateurs avaient résolu d'aller leur train, malgré la proclamation du gouverneur, son Excellence résolut, do son côté, de donner suite à son œuvre, ou d'y ajouter un supplément ; et les gazettes de la fin de juin publièrent l'ordre général de milice suivant, daté du 21 : " Les officiers de milice commandant les bataillons

feront lire la proclamation datée du 25, à la tête de chaque compagnie du bataillon sous leur commandement, le 29, à la revue annuelle.

"Dans le cas où la proclamation ne leur parviendrait pas à temps pour être lue le 29, elle devra être lue le dimanche suivant, après sa réception, à la porte de l'église, après le service divin "

Cet ordre général ne fût pas mieux vu que ne l'avait été la proclamation, par les " hommes libres et indépendants," du district, et particulièrement de la ville do Montréal, " déterminés,'* à narguer et braver tout, " advienne que pourra," car ces derniers résolurent de s'assembler anti^coercitivement, le jour même que la proclamation devait être lue, ayant décidé préalablement, et proclamé par le canal de La Minerve et. du Vindicator, que les officiers de milice n'étaient pas tenus d'obéir à Tordre général les concernant, et qu'ils ne le devaient pas faire.*

La convocation de cette assemblée avait été signée par l'hon. D. B. Yiger et par M. Papineau; mais ni l'un ni l'autre ne s'y trouvèrent, le premier, apparemment, parce qu'il s'était rappelé qu'il était conseiller législatif, et le dernier, parce qu'il avait été invité à aller faire un discours à Saint-Thomas, en bas de Québec, la chose étant trop pressée, en apparence, pour être remise à un autre temps. On y résolut, (en substance :)

* " Comme ce document n'est qu'un véritale chiffon, les officiers de milice ne sont nullement tenus de se cofi/onner à cette injoncture,

en ce qu'elle n* a rapport qu'à des matières civiles Les officiers

supérieurs ne sont sujets qu'à de certaines formalités militaires, et s^ils se respectent, ils doivent repousser tout ce qui est étranger à leurs fonctions. Il en est ainsi pour les officiers subalternes. Si cependant, on croyait devoir Ure la proclamation, on ferait bien de lire comme antidote, les résolutions au comité central et permanent J\ — La Minerve,

" Que l'adoption des résolutions, etc., détruit notre confiance dans le parlement britannique ;

" Que le parlement britannique, en passant une de ces résolutions pour s'emparer des revenus de cette province, s*cst rendu coupable d'une violation outrageante de nos droits les mieux reconnus;

" Que, pour rétablissement solide et la préservation de nos libertés, nous ne devons compter que sur nousmêineSi sur notre propre énergie, et sur la sympathie de nos voisins d'Amérique ;

** Que cette assemblée réprouve la conduite du comte de Gosford"

Ce n'est pas assez de ces assemblées de villes et de comtés : déjà, dans grand nombre de paroisses des environs de Montréal, il avait été établi, ou il s'établissait des ** comités et sous-comilés de surveillance," pour correspondre avec le comité central et permanent, et les procédés de ces comités et sous-comités étaient publiés régulièrement, et comme officiellement par La Minerve et le Vindicator,

Mais il ne faut pas que les petites réunions do paroisses nous fassent oublier la grande assemblée qui eût lieu à Saint-Thomas (où M. Papineau était rendu, accompagné de MM. Lafbntaine et Qirouard,) le 29 juin, ** pour les comtés de l'Islet et de Bellechasse," où l'on voulut imiter colles du district de Montréal, et où l'on n'eût point été à Tordre du jour, si l'on n'y avait pas affiché le même esprit de rébellion, ou de réhistauco à l'autorité impériale, surtout en présence de M. Papiiieau, qui avait été reçu dans l'endroit comme on avait coutume de recevoir les gouverneurs de provinces et les généraux d'armée, par une salve de 21 coups de canon.

Après la harangue, on résolut, ou plutôt il avait été résolu par le rédacteur des résolutions :

Dû CANADA. 437

" Que les résolutions aux fins d'autoriser à sazsï'r

dans la caisse publique l'argent provenant des labeurs du peuple, pour payer des serviteurs publics, dont le plus grand nombre a démérité du pays, est un attentat et une violation des droits et privilèges constitutionnels du peuple de cette province.

" Que le peuple de ce pays ne voit dans cette démarche qu'un exemple scandaleux, que rien ne. peut justifier, qui ne peut produire que le despotisme pur

et la tyrannie; que le peuple de ce pays serait marqué du sceau de la dégradation et serait esclave, s'il se soumettait à être taxé, et son argent arraché, par la vio lence, de la caisse publique, pour être distribué à des serviteurs pervers sans la sanction de représentans, auxquels seul appartient le droit d'en faire la distribution*

'• Que le peuple de cette Province ne peut considérer les résolutions, etc., q\j\q^ prétendues lois dont elles seront la base, que comme une rupture du contrat social entre la mère-patrie et ce paj^s, en le privant de toute garantie de liberté et de bon gouvernement, le remplaçant par celui de la force, sous le prétexta tyrannique d'une nécessité dont mi n'était pas juge, et qn'un pareil ordre de choses ne peut durer (qu'autant de temps qu'un peuple qu'on veut courber, ne peut le

renversera.

Comme nous venons de le dire, le Vindicator et La Minerve publièrent de par ordre, tous ces étranges procédés. Si les autres journaux les copièrent, en tout ou en partie, ce n'était que pour les tourner en ridicule, ou en faire remarquer l'extravagance et la culpabilité. L'article suivant de VAmi du Peuple du 1er juillet 1837, nous-a paru offrir un échantillon de la manière dont étaient combattus les principaux promoteurs d'une agitation factieuse dont les peuples de

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TEurope n'offrent pas d'exemples dans les temps modernes.

" On demandera à quoi nos prétendus patriotes, et leur chef surtout, croient aboutir avec leur agitation et leurs résolutions de toutes sortes, absurdes, mensonge reSjimmorales, séditieuses et sentant la rébellion. Croient-ils par là venir à bout d'effrayer l'Angleterre, d'opérer une révolution dans la province, et de s'y emparer de tous les pouvoirs? Non, certes, et la preuve en est qu'ils se vantent de travailler, par vengeance et par dépit, à détruire le revenu public. A voir leurs démarches, à entendre leurs discours, on serait porté à croire qu'ils participent de la nature des démons, se plaisant dans le désordre, le malaise et la misère publique, et faisant le mal pour l'amour du mal.

'' Mais il est un autre motif à leur conduite : débouté» de toutes leurs demandes absurdes ; frustrés dans leur attente de pouvoir se partager, ou distribuer à leurs amis tous les revenus do l'état, de pouvoir proscrire, ou tyranniser quiconque ne leur plairait pas ; condamnés dans tout ce qu'ils ont fait ou voulu faire, au désespoir d'avoir été reconnus et donnés pour ce qu'ils étaient, furieux de voir s'accomplir toutes les prédictions de leurs adversaires, d'être accusés ajuste titré, de tous les maux et de tous les désordres qui affligent le pays, ils s'efforcent de faire prendre le change à la population Eéussiront-ils dans ce dessein ? Peutêtre, s'ils ne sont ni réprimés, ni contredits. Quelques renseignemens interceptés, quelques mots échappés à divers habitans de la campagne, démontrent que toutes les intrigues de nos patriotes, toutes leurs menées, tous leurs appels aux passions haineuses, toutes leurs excitations à la sédition et à la révolte, ne per-

cent pas dans leurs harangues et leurs résolutions, quelques furibondes qu'elles puissent être. Il n'est pas de calomnies qu'ils n'inventent conti e le gouvernement de la colonie et celui de laméti'opole, et qu'ils ne s'efforcent de faire croire aux honnêtes, mais îgnorans et crédules habilans de nos campagnes. Ceux qui les croient sur parole ne peuvent pas trouver beaucoup de mal à ce qu'ils font, et pourraient être, à la fin, entraînés à les seconder, et cela même semble rendre nos révolutionnaires doublement coupables, puisque, non contens de se compromettre eux-mêmes, ils cherchent à compromettre avec eux toute la population d'origine française. Mais qu'il se trouve dans chaque localité où ils voudront porter l'agitation et le désordre, des hommes assez courageux pour leur résister en face, les démasquer, et éclairer la population agricole et industrielle, sur le véritable état des choses et sur ses vrais intérêts, ils seront bientôt réduits à eux-mêmes, et l'on verra combien leur nombre était petit. Mais pour que ces hommes fermes et courageux se montrent, il faut qu'ils puissent compter sur l'appui des lois, et le concours des autorités. Si ce qu'on nous rapporte est bien fondé, des citoj^ens honnêtes, paisibles et loyaux ont été menacés d'une manière terrible, et même maltraités dans leurs personnes ou dans leurs propriétés, par do soi-disant patriotes, par la raison qu'ils ne partageaient pas leur rage révolutionnaire, ou ne voulaient pas participer à leurs actes de sédition ou de rébellion, et cescitoj^ens n'ont pas encorOsôisé porter plainte, ou demander justice de ces attentats."

Outre les deux journaux français de Montréal, (VAmi du Peuple et le Populaire,) les patriotes avaient alors de rudes adversaires dans le Moming

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Ûourrier qui avait le bon esprit de séparer d*eux la masse du peuple, le Herald et la Gazette, qui n'avaient pas toujours cet esprit là; le Mercury, le Morning Herald, la gazette anglaise et la gazette française de Québec, qui, suivant La Minerve, " ne voyait que des saturnales dans les assemblées populaires," et même, parfois, le Canadien, qui "dénonçait comme criminels les sentimens qu'il avait lui-même exhalés si récomment, quand il soutenait que les mesures proposées par lord Eusse) 1 rompaient la.contrat social, et ne laissait plus d'autre ressort que la force au gouvernement," et qui déplut tellement aux patriotes de Québec de la jeune et de la basse classe, qui n'entendaient ou ne voulaient rien entendre à ces raisonnemens, qu'ils résolurent d'avoir un journal de leur goût et l'on vit paraître le Libéral^ qui parla les deux langues du pays, et s'efforça de surpasser le Vindicator et La Minerve, qui, depuis quelque temps, avait le faible secours du Township Bef armer, publié à Stan bridge.

Si les patriotes ne comptaient que deux ou trois journaux dans la province pour soutenir leurs opinions et approuver leurs démarches, ils avaient, au moins annuellement, un autre engin à leur disposition : c'était la célébration de la Saint Jean-Baptiste, fête devenue toute politique. Si la fête avait été jus" qu'alors patriotique par les toasts, ou santés, dans le sens radical, ou purement démocratique, dont le festin d'usage était accompagné ; ces santés lui durent donner, cette année, un ton en harmonie avec la nature de l'agitation ; bien qu'il y en eût toujours qui pouvaient mériter l'approbation de tous les partis. Quelquefois aussi, la présence d'hommes respectables et respectés mettait un frein à la fougue révolutionnaire, et l'empêchait au moins d'aflScher la rébellion

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et ^Immoralité, si elle ne pouvait pas la dépouiller entièrement de tout esprit de parti, ou d'une trop forte teinte de démocratie pure. Nous avons du plaisir à mentionner, comme exemple, la fête de Verchères, où l'hon. F. X, Malhiot présida, et où furent présents tous les notables du lieu. Voici l'ordre des santés :

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