‹ Histoire de Canada, sous la domination françaiseChapitre 17 sur 20 · HI8T0tR · texte numérisé non relu

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mineures, et de tâcher de concentrer Ténergie, les talens et le patriotisme qui se trouvent dans la province, en un seul et même eflfort, pour détourner les calamités d'une discorde intérieure, résultat inévitable de semblables tentatives, et pour placer la province dans une position à pouvoir atteindre les avantages qui, par la faveur de la divine Providence, se trouvent si facilement à sa portée."

Pour revenir à la chambre d'assemblée, la conduite désespérée qu'elle tint, en cette occasion, n'étonna point ceux qui savaient que les hommes que la politique de parti, ou un désir désordonné de dominer a exaltés et mis hors du sens rassi, ne reviennent point sur leur paâ, quelque faux ou dangereux qu'ils aient été, et qu'une idée une fois logée fixement dans leur esprit n'en peut être chassée que par un choc violent, par une catastrophe inattendue sinon toujours épouvantable. Cette conduite avait été pi'évue par plusieurs do nos écrivains publics, quoique l'acte d'abdication qu'elle impliquait fût sans antécédens dans les annales des peuples. On avait vu des corj^s législatif^ renoncer à leurs pouvoirs, où les remettre en d'autres mains, par des motifs plus ou moins louables ou patriotiques ; mais il était réservé à notre chambre d'assemblée d'ofirir au monde l'exemple unique d'une démission volontaire, d'un suicide politique, médité et accompli dans le désespoir et le dépit de ne pouvoir pas venir à bout de son dessein d'établir dans le pays, à la place de la constitution dont elle tenait son existence, une démocratie pure,* ou une tyranîe populaire. Néanmoins, en se suicidant la chambre d'assemblée ne faisait que prévenir l'interdiction où les autorités britanniques n'auraient pas manqué de la mettre, après la réception de sa dernière adresse ; non pour se ven-

ger des înjares gratuites qu'elle leur prodiguait, ou des défis hautains qu'elle leur faisait, mais pour mettre à sa place quelque rouage, au moyen duquel le gouvernement pût marcher. Plusieurs regrettaient, dans rintérêt de la tranquillité et du bonheur du peuple, que l'interdiction n'eût pas eu lieu' aussitôt après l'adoption des 92 résolutions, d'autant plus que, depuis cette époque, elle n'avait fait que fatiguer, tourmenter toutes les autorités constituées et la population généralement, arrêtant tout, troublant tout, et ne laissant voir en perspective que le désordre, l'anarchie ou le despotisme; non que tel fût son intention ou sa volonté, mais parce que, selon la nature et le cours ordinaire des choses, la marche dans laquelle elle s'était laissée entraîner ne pouvait aboutir que là. Cet entraînement déplorable, avec l'influence pernicieuse qu'il devait avoir immanquablement sur une partie de la population, était,* peut-être, ce qui affligeait le plus les vrais amis de leur pays, et faisait trembler ceux qui prévoyaient et redoutaient les dépordres d'une commotion populaire et les calamités inséparables de sa répression. Nul homme raisonnable, nul philanthrope surtout, ne pouvait désirer le succès d'une insurrection, dans l'état de fermentation où étaient les esprits^ et à la vue du déchaînement des passions haineuses et violentes ; nul homme instruit, ou exempt de préventions aveugles, ne pouvait croire un tel succès possible, et nul vrai patriote ne pouvait envisager, sans une profonde anxiété, les maux physiques et moraux qui seraient la suite d'une tentative aussi insensée que coupable, et vers laquelle tout parut tendre, dans une partie du district de Montréal, après le retour des membres de l'assemblée. C'était une perspective fondée sur de bien tristes apparences que

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celle qui faisait dire, quelque temps auparavant, à un de nos écrivains : ^* Je tremble, quand je pense aux malheurs effroyables qui fondraient sur notre patrie, si le peuple venait à écouter les cris forcenés de Tagitatîon, du mouvement. Et où voulez- vous aller ? Où voulez-vous mener vos concitoyens ? Dans un précipice qui engloutira nos libertés et notre bonheur pour toujours. Vous nous recommandez de lire l'histoire des Etats-Unis : y a-t-il la moindre analogie entre la position et les ressources de ces colonies et les nôtres ? En sommes-nous rendus au point où le malheur et l'excès de souffrances doivent pousser au désespoir?. T a-t-il assez d'espoir de réussir pour compenser la crainte des maux qu'entraînerait un revers? D'ailleurs, malgré toute la bravoure de notre nation, qui osera répondre qu'il surgira un Washington du milieu de nos orateurs ? Si nous avons besoin de secours, de quel côté un autre Lafayette 'abordera-t-il avec ses bataillons ? Cessez d'attiser un incendie qui vous consumerait infailliblement."

Peut-être, néanmoins, était-ce prématurément qu'un de nos journalistes disait, le 18 août, jour de l'ouverture du parlement provincial :

"Le véritable bienfait que les citoyens doivent attendre d'un gouvernement paternel est la suppres. sion des doctrines qui peuvent pervertir le peuple ; et c'est ce bienfait que nous réclamons avec instance, parceque nous prévoyons que l'usage de la force, aujourd'hui, serait moins fatale à nos concitoyens qu'elle ne le deviendra plus tard. Il n'y aurait^maintenant qu'un chef et quelques adhérons à punir: dans quelques mois, il peut y avoir à sacrifier des centaines d'hommes, qui, malheureusement, auront été séduits, entraînés ou précipités dans une démonstration hostile.

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Sî un malheur aussi déplorable pouvait arriver, les victimes pourraient Timputer à Tinaction du pouvoir." Le gouverneur n'aurait pas pu convenablement rencontrer la chambre d'assemblée en parlement, si son orateur ou quelques-uns de ses membres avaient été emprisonnés, ou sous accusation de trahison, etc. ; mais la clôture de la session changeait Tétat des choses, et le même journaliste put dire pertinemment, le 28 août, à propos de la manière dont lord Gosford termine sa réponse à l'adresse de l'assemblée : " Cette déclaration sera reçue avec satisfaction par tous les amis de l'ordre, et si les effets suivent les paroles, il est encore à espérer que la paix pourra régner sur cette province. Le temps de l'indulgence est passé, celui de la plus stricte rigueur est arrivé. Il faut frapper les chefs de l'agitation, qui ne vont pas manquer de recommencer à tourmenter nos habitans : il faut panir les journaux incendiaires qui pervertissent l'esprit public, par la propagation des mensonges les plus odieux contre l'administration et contre les amis de Tordre."

En effet, loin qu'il y eût encore lieu de chercher à concilier la majorité de la chambre d'assemblée, aux dépens de la tranquillité du pays et de la moralité de ses habitans, il s'agissait de maintenir cette tranquillité et de préserver cette moralité, ou, pour mieux dire, peut-être, Vinnocence de la population, en attendant qu'une nouvelle constitution eût remplacé celle que l'assemblée avait répudiée et mise '< au néant." Quant à la répudiation de la constitution, " quel remède," demande un autre journaliste, '< appliquera maintenant le gouvernement impérial, dont l'autorité législative est suprême dans cette province ? L'assemblée, ou les

meneurs de la majorité semblent l'avoir eux-mêmes

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indiqué, en abdiquant les pouvoirs qui leur avaient été conférés par l'acte du parlement britannique auquel l'assemblée doit son existence, et en-^sant au gouvernement britannique, dans leurs réunions récentes, ' qu'ils se regardent comme absous de leur allégeance, et ne se soumettent qu'à un gouvernement de force.' Tel parait être le gouvernement de leur propre choix, et sous lequel seul ils semblent se juger dignes de vivre. Quant à nous, nous dirons que, puisque la majorité de l'assemblée a renoncé aux privilèges conférés à ce corps, le gouvernement britannique est tenu de donner au pays un gouvernement local, non pas seulement de force, mais de justice envers toutes les classes de ses sujets, et nous ne craignons point qu'il en soit donné un autre par un gouvernement constitué comme celui de l'Angleterre. Les bienfaits que devraient procurer une législature éclairée, guidée par un esprit de justice envers tous les habitans, et animée du seul désir de procurer le bien-être et le bonheur du peuple, se trouvaient tous à la portée de notre législature locale, avant que l'assemblée eût répudié la constitution par laquelle elle existait. Le gouvernement britannique a offert, à plusieurs reprises, à l'assemblée sa coopération pour tous ces objets ; mais l'assemblée a autant de fois, refusé ou négligé de s'en prévaloir, pour de misérables considérations personnelles et distinctions nationales, et sa conduite a été approuvée par la majorité des électeurs ! Cependant, ceux qui ont désapprouvé sa conduite ne devraient pas être plus longtoms privés de bienfaits si essentiels, et qu'ils ont droit d'attendre du gouvernement britannique ; étant bien résolus, de leur côté, de remplir tous leurs devoirs envers ce gouvernement, il est juste que, du sien, il les fasse jouir de.tous leurs droits."

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Cô qui suit, quoique publié plus tard» peut trouver ici sa place.

*^ Jusqu'ici; on ne s'est que trop attaché à des disr eussions oiseuses, et souvent envenimées par Pesprit de parti, sur des objets qui n'étaient sûrement pas la cause du malaise politique sous lequel gémissait le pays.

'^ Les hommes qui ont guidé le parti réformiste se sont, depuis quelques années, grandement abusés sur leur mission ; ils ont perdu de vue les améliorations qu'il était en leur pouvoir d'opérer, pour ne s'attacher qu'à l'introduction de théories douteuses, et dont la mise en pratique pouvait entraîner les plus graves ineonvéniens. Une fois les bornes dépassées, il leur a été impossible de s'arrêter, et leurs exigeances toujours croissantes les ont enfin précipités dans l'égarement."

Ne pouvant dépouiller les habitans de la province de tous leurs droits, même en abdiquant les siens, la majorité de l'assemblée avait voulu se donner au moins le plaisir de priver les habitans des townships de l'est de l'avantage d'avoir un district et une cour de judicature. La Gazette de Sherbrooke signale à la reconnaissance de ces habitans, M. 6ugy et les membres qui s'étaient joints à lui pour leur conserver cet avantage, c'est-à-dire, MM, Baker^ £owman, Clapham, Colby, De Bleury, Larue, McCraken, Monut, Moore, Munn, Power, Staart, Wells et Wood, et, à leur réprobation, MM. Knight et Toomy, qui s'étaient joints à la majorité pour les en priver.

Le gouverneur ne laissa pas d'agir^ encore une fois au moins, comme s'il eût cru que la même législature pourrait encore être réunie. Vers la mi-octobre, c'està-dire, à une époque où notre état de société appro-

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chaiid*une anarchie complète, on voit lord 6osford, effectuant la mesure de VaméUoration du conseil législatif, (concerté entre lui et le ministre des colonies,) en augmentant ce corps de plusieurs nouveaux membres, savoir: MM. J. B. B. Hxbtel de Rouville, A. M. DE Salaberrt, John Malcolm Feabeb, Amable DiONNB, E. W. Haewood, J. D. Laoboix, John Pan g- A

MAN, A. C. C. Sabrevois de Bleuet. Quelques autres messieurs avaient été désignés au secrétaire colonial, mais la part active qu'ils avaient prise à l'agitation avait fait changer d'avis à leur égard. Dans le même temps, MM. P. Debartzch, F. A. Quesnel, George Pemberton, Louis Panet, et Wm. Sheppabd furent faits membres du conseil exécutif; et MM. Charles Bouoheb be Montizambebt et Jean Langevin, furent nommés assistants secrétaires civils.

Ces derniers actes administratifs, de lord Gosford. semblent former une séparation bien marquée entre l'Histoire générale du Canada sous la Domination Anglaise, et V Histoire des Troubles du Canada, Nous ne pouvons pourtant pas terminer ce volume avant d'avoir considéré Vétat du pays, mais un peu autrement que ne le faisait la chambre d'assemblée, sans appel nominal, mais ayant sous les yeux des documens authentiques, dépêches, proclamations, résolutions, articles de gazettes, etc.

Pour commencer par les premières, eh remontant un peu plus haut :

Le 11 avril 1837, lord Gosford écrit à lord Glenelg, " quHl ne voit aucun risque de commotions sérieuses, en conséquence des résolutions du parlement britannique^ et que, quant à une résistance armée, il ne voit aucune raison de la craindre,^*

Le 6 mai, le même écrit au même, qu'il n'enverra

pus sa lettre à sir CoUin Campbell, ne voyant pour lors aucune nécessité â! augmenter les forces de la province'^

Le 13 juin, lord Glenelg répond à lordGosford : "Je désire sincèrement qu'il n'arrive rien pour tromper l'espoir que vous vous êtes formé de la continuation de la paix et du bon ordre dans la province."

Le 10 du même mois, lord Qosford écrit à lord Glenelg : "Je ne puis vous cacher qu'en conséquence des assemblées qui ont eu lieu, et de celles qui doivent avoir lieu prochainement, dans différentes parties de la province, je suis dans la persuasion qu'un système d'organisation, sous l'influence de M. Papineau, commence à s'opérer. Le principal but de M. Papineau, paraît être d'avoir une expression publique d'indignation contre les mesures des ministres, d'exciter à des sentimens hostiles contre le gouvernement, et de former une convention pour renverser les autorités établies, et de mettre ainsi à exécution des plans définitifs. Dans cette conviction, je suis prêt à adopter des mesures promptes pour arrêter le mal dans son principe, et j'ai l'intention d'émaner une proclamation pour mettre le peuple en garde contre les fausses

représentations J'ai toujours raison de croire que

la masse des canadiens est loyale et satisfaite."

Le 4 juillet : " Pour que vous ne soyez pas induit en erreur sur ce qui se passe ici, par les publications de La Minerve et du VindUcatory je crois devoir vous écrire que M. Papineau et ses partisans ont été très actifs à assister aux assemblées qui ont eu lieu, dans la vue d'exciter le peuple, principalement contre les résolu, tiens de lord John Bussell, et aussi pour disséminer des doctrines illégales et séditieuses. Ces gazettes pourraient vous faire croire que les efforts de M. Papineau ont été couronnés d'un grand succès; ma'«

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d'après tous les rapports qai m'ont été faits, je sais porté à croire que les détails contenus dans ces journaux sont beaucoup exagérés. Le pays est tranquille quoiqu'il soit certain que M. Papineau et son parti ont des émissaires en plusieurs endroits pour propager leurs doctrines. Mais je ne vois aucune raison de craindre quoique ce soit de sérieux,**

Le 11 juillet. " M. Papineau a parcouru dernièrement plusieurs parties du district de Québec, pour

y faire de l'agitation, mais sans succès Je vous ai

déjà dit que c'est dans le comté des Deux-Montagnes, que ce sont montrées la plus grande excitation et la plus grande violence, on y a même été jusqu'à attaquer les propriétés et tirer des armes à feu dans les maisons de quelques sujets loyaux, parce qu'ils avaient refusé de grossir les rangs, ou de concourir dans les

opinions de leurs adversaires politiques J'ai fait

émaner une proclamation, offrant une récompense pour Tarrestatien des coupables, et j'ai envoyé le procureur-général à Montréal, avec instruction d'adopter des mesures comptes et vigoureuses pour maintenir les lois et amener à justice ceux qui les ont violées. Ces mesures, et l'arrivée du 83ème régiment, produiront, fen suis certain, d'heureux résultats, et ramèneront la tranquillité dans toute la province, et je puis conclure cette dépêche en réitérant l'expression de ma conviction qu'aucun trouble sérieux n* arrivera.'^

Le 25 juillet, lord Gosford informe loi-d . Glenelg, qu'il vient de recevoir une lettre du procureur-général qui lui apprend que le comté des Deux-Montagnes avait été tranquille, jusqu'au moment où M. Papineau y fit une assemblée ; " qu'il n'y a pas do doute que les discours violents et inflammatoires qui furent prononcés à cette assemblée, et les fausses représentations

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