RÉACTION. — SENTIIIENTALISIIE. — DROIT PUBLIC
Mais faut-il accuser ces philosophes d'avoir conjuré le renversement de toutes les lois politiques et religieuses ? Cela serait peu conciliableavec la philanthropie, avec les grands sentiments qui se mêlaient à toute la littérature de ce temps, aux romans comme à l'histoire, à la poésie comme à là jurisprudence. Noua savons bien que celui qui répand de la fausse monnaie n'est pas aussi coupable que celui qui l'a fabriquée. Helvétius, en proclamant Tamour de soi , n'a pas dit de préférer son propre avantage à celui de tous; il se persuadait, nous l'admettons, que cet amour rendait vertueux. Cependant, si l'on enlève ce vernis d*humanité qui éblouit, on aperçoit chez les philosophes la crainte de rencontrer la vérité. Le mépris de la race humaine perce chez quelques-uns; chez d'autres , l'immoralité s*étale, Rousseau disait qu'une fois le besoin venant à cesser pour les enfants , tous les liens qui les attachaient à leurs parents sont rompus; et il jetait ses bâtards dans un hospice. Linguet, dans la Théorie lies lois, voudrait introduire de nouveau l'esclavage domestique. Maupertuis proposait de livrer les oondamnésaux chirurgiens, afin qu'ils surprissent dans le cerveau
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eneore mant le mécanisme de la pensée. Il y a un roman où tous les sentiments naturels sont foulés aux pieds, au point d'appnwfer Panthropophagie. Plusieurs nient le mien et le tien; un antre dit que personne, s'iln'était retenu par la honte, n'hésiterait entre la mort d'un fils et la perte de sa fortune ■. Le médecin la Blettrie proclamait que le vulgaire seul distinguait le eorpsde l'âme; mais que le philosophe devait s'en rire, cultiver la férité oonmie sage , répandre l'erreur comme citoyen , étudier rhomroe pour le tromper. Cet homme , dont le mérite con- Mta à être plus effronté que les autres et à ne voiler aucunes eoD^uences , ne serait pas même nommé , . s'il ne fallait reeoarirà lui pour trouver les conclusions que les maîtres avaient pris tm de dissimuler. Vj4rt de jouir, les Discours sur le banhem', VHomme machine, le Traifé de l'àme, nient toute eoosdenoe, et poussent au vice, au crime même, toutes les fois qo*(Mi y a intérêt. Selon lui , Thomme est une horloge mue par les passions; ses vertus et ses vices sont le résultat de son orpoisation. L'homme est une plante qui se meut; le climat d la digestion font de lui un héros ou un bélttre ; les bêtes te perfectionneront et deviendront des hommes , dès qu'un génie viendra leur donner la parole. La Mettrie mourut à Berlin d'indig^on , et le roi Frédéric n'eut pas honte de prononcer »n âoge.
Mais ce qui serre le coeur, c'est que ces philosophes renvernieot le monde sans être convaincus. Diderot se plaisait à la procession du saint sacrement ; il aimait ses enfants d'une af- ^Bction 'tendre et naïve; il les élevait religieusement, admirait les beautés de la nature, et répétait souvent ces paroles de son vwsx père : « Mon fils, c'est un bon oreiller que la raison; osais 11 léte repose encore mieux sur celui de la religion et des lois* » Il parlait avec enthousiasme de Dieu; et lorsqu'on s'en ^nait , il répondait : « Je vous parle selon mon inspiration P^te. Je pois bien être athée à la ville, mais non à la cam-
' ■ Dites-moi s'il y a un père qui, sans la honte qui le retient , i'aiait Bnen perdre son enfant qne sa fortune et Faisance de la vie ? » (Dnoor.)
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pagne ; et, comme celui dont parle Mootesquieii , je suis athée ou déiste par semestre. » Voltaire répétait aossi : « La booDe
ou la mauvaise santé fait notre philosophie Oh! le bon temps
que ce siècle de fer ! » s*écriait-il ; et quand d' Alembert lui prophétisait le triomphe de leurs doctrines : « Oh ! alors, lui répondait*il, ce sera un beau tapage. »
Ainsi Ton détruisait pour des opinions mobiles ou railleuses les certitudes les plus consolantes 9 on enlevait aux souffrances humaines Tespéranee d'une autre vie, pour ne laisser que le martyre dans celle-ci, tout en se- proposant le plaisir pour unique but '.
L'Angleterre, qui avait donné l'impulsion, la recevait à son tour; et des esprits très-distingués, les historiens surtout , furent égarés par ces préoccupations. En Russie, la même influence se fit sentir, non sur les peuples , mais sur les gouvernants. En Italie , les entraves apportées à la pensée empêchaient le mal de s'étendre; mais ce fut, en même temps , un obstacle à ce qu'il s'élevât des voix puissantes pour s'y opposer : aussi, à l'exception de Gerdil (car c'est à peine si l'on peut citer Spedalierî, qui lui-même aurait tant besoin d'être réfuté), ne vit-on point entrer en lice de champions de la vérité dans le pays où elle a son
* Robespierre disait des encyclopédistes , à Tépoqiie où la guilloline moissonnait cliaque jour cent cinquante victimes , où il follait creuser un canal pour Técoulenient du sang destiné à produire l'égalité philantbroptqneroent prèchée : « Cette secte resta toujours , en fiiit de politique , au-dessous des droits du peuple; en fait de morale, elle alla bien plus loin que la destruction des préjugés religieux. Ses coryphées déclamaient parfois contre le despotisme , et Hs étalent passionnés pour les despotes. Ils faisaient tour à tour des livres contre la cour, et des dédicaces aux rois, des discours pour les courtisans > des madrigaux pour les courtisanes; altiers dans leurs discours, Ils rampaient dans les antichambres. Cette secte proclama avec un grand zèle Popioîon du matérialisme, qui prévalut parmi les grands et les beaux esprits; on lui doit en partie celte espèce de philosophie pratique qui » réduisant i'égoisme en système , reganle la société comme une guerre d'astuce, la réussite comme la règle du Juste et de injuste, la proMté comme une affaire de goût ou de politesse, le monde comme le patrimoine de. fripons rusés. >» ( is floréal an II. )
DROIT PUBLTC. S3
sifge sacré. La sérieuse Allemagne n'y aperçut que le complémeot de la réforme religieuse : en conséquence, les Journaux se Jiiireot à disséquer eette doctrine et à la. props^r, de telle sorte quelle parvint à pénétrer dans les masses.
Le scepticisme railleur se répandit en Allemagne ; on y voyail les bustes de Voltaire et de Rousseau dans les cabinets des électems eerlésiastiques et des dianoinesà seise quartiers. \Yieland, arec son incrédulité moqueuse et son épicuréisme plaeide, y de^ vint Fauteur i la mode. Lessing ne voyait dans les différentes religions qu'un progrès de Te^rit bomain, etpendiait vers Spi- BQsa. Nicolaî et beaucoup d^autres prodaraaient rirréligion el le goât français.
Les Jihiminés, société secrète fondée par Wei&haupt, se Amnaient pour but d'anéantir toate supériorité ecdésiasiique et politique, et de rendre Tbomme à Tégalité primitive, à laquelle il avait été enlevé par la religion et par les gouvernements. Wûriiaupl fit tant de prosélytes dans toutes les conditions, qu'il s'ttfia : O kommeM, que ne peui-on vous faire accroire f
Quelques éerivaios firent la guerre aux philosophes , et se firent les champions de la religion à l*aide du seul raiscmnement. Ainsi le Génois Bonnet, dans la Pulingénésie phUosophique^ prt da naturalisme et de la statue de Condillac pour s'élever^ psr induction, jusqu'au monde tranSceDdenlal. Des maux et des désordres de cette vie , il conclut à un monde supérieiu*. l^e Suédois Linné parle de la Dirinité avec un respect qui alors élât du courage ; et dans ses travaux il saisit toutes les occasions it mettre en relief les œuvres admirables de Dieu. Le médecin suisse Haller s'inspire aussi du sentiment de la Divinité. Reimar prouve, dans les f^éritét fondamentales de la religion nO' hrtlle, mises à la portée du peuple, que Dieu existe , attendu VTû faut nécessairement admettre que rbommeet lesanimaax forent créés par une intelligence supérieure, et parce que la
natnre inanimée tend constamment h un but général. Le juif
allemand Mendelssohn établit riinmortalité de Tâme dans son
Phédony et Texistence de Dieu dans ses Heures malinalex.
Lamberti, Haman, Jaoobi combattent tous le matérialisme;
^OTa\is considère la nature comme une révélation des harmonies