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divines, une sympathie entre l'homme et toute la création. Kaiit prétend affermir et diriger la science , et la mettre en accord avec le bienf général, en ce qui touche à la connaissance transcendentale, la vie, et Thomme. Quoiqu'il protestât de son respect pour l'expérience et la foi, il dévia de la vérité. KIopstock sut, dans sa Messiade, s'inspirer de l'Évangile; Jean Mùller, dans l'histoire, reconnaissait la main de Dieu, et admirait l'œuvre civilisatrice des pontifes romains.
Cependant le besoin de croire à la morale , à la vertu , à ce que les matérialistes appelaient des illusions , se faisait sentir, même à plus d'un d'entre ceux qui s'enivraient des idées nouvelles ; c'est ce qui flt que la réaction de Jean- Jacques Rousseau produisit tant d'effet. Il révéla lui-même dans ses Confessiofu ses vices et ses faiblesses : se prenant lui-même pour type moral de l'humanité , il entreprend la justiûcation systématique des plus tristes égarements. 11 a beau se peindre envieux, égoïste, orgueilleux , nous sommes portés à croire bon celui qui déclame contre les méchants >.
Rousseau commença à écrire selon le goût du temps, que Diderot lui avait enseigné. Il soutint, pour son début, cette thèse , que le progrès de' la nature intellectuelle corrompt les mœurs. C'est l'œuvre d'une âme indignée de l'outrercuidance des gens de lettres , du despotisme des académies , du dédain qui l'accueillit lorsqu'il était copiste ou apprenti horloger, lorsqu'il arrivait à Paris avec deux découvertes, l'une pour voler dans l'air, l'autre pour copier la musique avec plus de facilité. Il y Oagelie les écrits immoraux et obscènes, non moins que les ouvrages impies ; mais , en maudissant les lettres , H maudit le siècle, comme si les torts du siècle provenaient de la culture de l'esprit. Dans l'Origine de rinégalité parmi les hommes^ il fit la guerre à toutes les institutions sociales, et cria au siècle
' C'est ce qu^il déclare avec emphase dès son-début : « Que la troml>ette du jugement dernier sonne quand elle voudra... Être éternel , rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu^ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu^ils rougissent de mes misères... et puis qu'un seul te dise , s'il l'obC : Je fus meilleur que cet homme-là ! »
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enivré de sa propre perfection : « Un sauvage, un Caraïbe qui écrase Ja tête de ses en&nts pour les rendre imbéciles, est plus sage et plus heureux que tous. » Il n'entend pas seulement di- Torcer avec la société , mais encore avec Fintelligence. C'est le délire orgueilleux d^une sensibilité irritée : il prend pour la ciîflisation de l'humanité la corruption de la France ; il s'indigne contre les richesses qu'il ne possède pas, et n'oublie plus une injure une fois qu'il l'a reçue. A ce sujet. Voltaire lui adressait dâ félicitations ironiques : En vous lisant, disait-il, il prend eiaie de marcher à quatre pattes.
Reconnaissant néanmoins qu'il ne suffisait pas de démolir, le philosophe de Genève répudia le sensualisme , et s'efforça de substituer à l'esprit raisonneur le sentiment religieux. Au Ëeude répîcurisme égoïste de son temps , il voulut corriger la morale et changer l'ordre politique, simplifier la vie domestique , raffiner l'éducation ; il revêtit la philosophie de ce qu'on lui enlevait , c'est-à-dire d'éloquence et de sentiment , ce qui lui gagna les femmes et ceux qui abhorraient l'athéisme. Rousseau a très-peu de théories ; mais il les répète sous cent formes diverses , et leur donne ainsi de la force : esprit faux , aoné de connaissances incomplètes, il a moins de science que les encyclopédistes, et sa profondeur n'est que dans les mots. Son style, attrayant par le ton impérieux et par les axiomes tranchants , Uttme àremphaseet à la recherche. Vrai parfois, il n'est jamais ûnple, et laisse apercevoir que l'expression ne natt pas en nérae temps que la pensée. — Dans un temps où s'abandonner à son cœur passait pour une faiblesse, où les romans n'étaient ïwnplis que des égarements sensuels, la Nouvelle Hélc/lse dut produire un effet immense. Il y peignit la nature morale, substitua Fétude du cœur à l'intrigue à la mode, et préluda aux romans^ntimes de notre siècle. A la vérité, l'exemple n'était pas d'an heureux choix : Saint-Preux est un pédant ; Julie dit ce qne les autres ont éprouvé sans le dire; elle analyse ses sentiments, calcule chaque progrès de sa passion, décrit les impressions qu'elle excite et celles qu'elle ressent : véritable spiritualisme du libertinage , auquel on ne peut se livrer sans enlever à U femme' le charme divin de la pudeur , Tignorance tfelle-
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inêaie, son abandon involontaire, en un mot, ce qui fait sa puissance et sa grâce.
Au milieu de vérités qu'il gâte, Rousseau représente le mouvement du peuple vers l'avenir. Peut-être vit-il seul qu'une grande catastroplie était imminente, et qu'il n'était possible d'en prévenir les effets qu'en revenant à l'ancien culte , en sauvant la morale du naufrage où périssait le dogme.
^Tel est fe but de son Emile ; telle est la pensée du Contrat social.
Le vide des doctrines philosophiques apparut toutes les fois qu'elles furent appliquées aux faits, et que l'on voulut fournir, à l'aide d'abstractions, une morale aux individus ou aux nations. Les rapports internationaux avaient été réglés au moyen âge par un droit supérieur ; mais lorsqu*il fut tombé, il fallut cliercher d'autres bases; et l'on inventa des systèmes tantôt vains, tantôt funestes , tous déduits du sujet , mais non de la vérité étemelle , et où l'on prenait la société non pour moyen ^ mais pour (in.
L*époque qui suivit le traité de Westphalie peut être désignée comooe le point de départ du droit international : en tête des écrivains qui en ont traité , on voit Fénelon , et à sa suite Puffendorf , Leibniz, Spinosa, Zonck, Jenckins, Selden, Samuel Elachel , qui proposèrent des systèmes dans le but de maintenir l'équilibre entre les puissances.
Avec le traité d'Utrecht comment la seconde époque , où le droit des gens, fondé par Grotius sur les exemples anciens, devint rationnel, ou, comme on disait alors, philosophique, et se confondit avec le droit naturel. Ceux qui avaient dans le droit romain la même foi que les théologiens dans la Bible, y adaptèrent de leur mieux les idées de perfectibilité humaine «t d'association universelle.
De même que Grotius , Puffendorf et Barbeyrac, le Genevois Burlamaclii (1694-1748) sortit du giron de la religion réformée, pour compléter cette juri'sprudence de la république humaine. Dans son traité Du droit politique et des gens, ainsi que dans lesJ^incipes du droit naturel, qui furent publiés après sa mort, il résume en langue vulgaire , refond et expose clairement les
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dœtrinesdé ses trois prédécesseurs. Protestant, ii fait toujours derifer le bonheur de rhomme de la loi positive, et non de la mérité éternelle ; et il' pose pour rèjçle , non pas la volonté générale , mais eelle de chaque individu.
S on seul homme refuse son consentement à une loi acceptée partout le genre humain , iln*y est pas obligé. Dans Vimpossibilité d'obtenu* cette unanimité de tous les contractants , les ÎDstitiitions humaines ne doivent jamais être réformées, toute inooration est illégitime , quelque nécessaire qu*elle soit ; tandis (pi*il n'est pas d'iniquité ni d'usurpation qui ne puisse se légitimer par quelque convention tacite.
Grtte origine humaine efface le droit divin , mais elle supprime aussi le droit populaire ; il n'y a plus de liberté nécessaire que la liberté tndividuene : de là cette admiration générale , dans le dix-huitième siècle « pour la constitution anglaise.
Pendant que f école de Puffendorf considérait la science du droit international comme une branche de la philosophie morale, c'est-à-dire comme le droit naturel des individus appliqué aux coeiétés, aux États , Wolf donna, dans son Jus naturae (1679- 1764), le premier traité systématique du droit isolé de la morale et des autres sciences. Grotius regardait le droit des gens comme ^Institution positive, et fondait Tobllgation sur le consentement général des nations ; Wolf, au contraire, y voit une loi imposée pv la nature aux hommes, comme conséquence nécessaire de leornnlon sociale, et h laquelle aucune nation ne peut refuser «m assentiment. Grotius confond ce droit des gens volontaire avec le droit coutumier ; Wolf soutient que le premier est oblfptoire pour toutes les nations , et que le second ne l'est que |*r reffet du temps et le consentement tacite.
Son ouvrage volumineux , hérissé de formules scientifiques, cit difficile h lire; mais on peut le retrouver dans le Droit des 9^n$, ou Principe de la loi naturelle appliquée à la conduite det nattons et des souverains, par Vattel (1714*1767); ouvrage qoi a réussi, grâce à un style assez clair et à des conclusions libérales. 11 considère I9 droit des gens dans son origine comme le droit naturel appliqué aux nations, mais modifié par la diffénntt qui existe entre les nations et les individus. Une partie